SEUL SUR MARS – 14,5/20

Seul sur MarsRéalisé par Ridley Scott
Avec Matt Damon, Jessica Chastain, Kristen Wiig

Avis : Admirablement divertissant et solidement construit, Seul sur Mars épate dans sa capacité à entrainer le spectateur dans une aventure spatiale à la fois très simple (il faut sauver le soldat Watney) et teintée d’un optimisme qui se fait rare dans les blockbusters américain. On est loin de l’ésotérisme scientifique d’Interstellar ou de la sombre psychologie de Gravity (tous deux excellents dans leur genre cela dit). Après une foultitude de ratages, Ridley Scott revient aux basiques avec une histoire centrée sur un héros dont la survie ne passera que par sa capacité à créer l’impossible, c’est à dire des conditions de vie sur Mars. Si le film semble très bien documenté, le réalisateur nous épargne les discours complexes pour se concentrer sur le destin de Mark et l’expérience humaine qu’il va vivre. Il l’aborde avec légèreté, accordant une grande place à l’humour et à la farouche volonté de Mark de quitter cette planète coûte que coûte. Le rythme est donc enlevé, parfois cadencé par une musique disco qui pourrait sembler inappropriée mais qui se fond finalement parfaitement dans l’identité de Seul sur Mars. Sans verbiage inutile, Scott va droit au but, bien soutenu par l’impeccable prestation de Matt Damon, qu’on n’avait pas vu aussi charismatique depuis un moment. Mais la réussite de Seul sur Mars réside aussi dans le parfait équilibre entre trois lieux, trois équipes qui vont devoir tenter de communiquer à des milliers de kilomètres de distance. Car si Mark est seul sur Mars, Matt Damon n’est pas seul à l’écran et ce qui se passe à la Nasa ou dans le vaisseau qui retourne sur terre après l’avoir laissé pour mort est tout aussi essentiel à l’intrigue et vecteur de tension. Or Scott parvient à maintenir ce rythme soutenu en passant d’un lieu à l’autre, épaulé par un casting prestigieux loin de faire de la figuration.
Seul sur Mars est un film d’aventure simple mais dense, teinté d’un optimisme réjouissant sans pour autant négliger l’émotion et célébrant une sorte d’héroïsme à l’ancienne qu’il est bon voir de nouveau à l’écran. Et last but not least fortement dépaysant, offrant des images splendides de ce que pourrait-être la planète rouge. Un parfait feel good space movie.

Synopsis : Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.

L’HOMME IRRATIONNEL – 14/20

L'Homme irrationnelRéalisé par Woody Allen
Avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey

Avis : Il est comment le cru Woody cette année ? Hé ben pas mal du tout.
Délaissant un style frénétique qui pollue souvent ses films, le réalisateur New-Yorkais prend le temps de mettre en place une intrigue joliment politiquement incorrect. Savoureusement écrit, son Homme Irrationnel joue subtilement avec la morale que ce soit dans la naissance d’une romance légèrement dérangée ou bien lorsqu’il se voit affublé d’une amusante touche de thriller. Avec beaucoup d’esprit, il utilise malicieusement les théories philosophiques enseignées par son personnage principal, les détourne, les retourne pour imposer un humour sarcastique et une ironie mordante. En laissant se déplacer les curseurs de ce qui est moralement acceptable au gré de l’évolution psychologique de ses personnages, il crée une indécision qui sert indéniablement l’intrigue et lui donne un quelque chose d’instable, maintenant le spectateur en alerte (en plus de le faire sourire)
Allen a de surcroît trouvé en Emma Stone une muse qui se hisserait presque à la hauteur de Scarlett Johansson (je dis presque, son magnétisme sexuel dans Match Point étant difficilement égalable). Le couple qu’elle forme avec le souvent parfait Joachim Phoenix (quand il ne s’auto-parodie pas) donne parfaitement corps à cette ambiguïté morale qui est moteur de L’Homme Irrationnel. Et quand Allen offre de succulents dialogues à des acteurs brillants, on a généralement le droit à un bon cru. La recette fonctionne très bien cette année.

Synopsis : Professeur de philosophie, Abe Lucas est un homme dévasté sur le plan affectif, qui a perdu toute joie de vivre. Peu après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame deux liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue en manque de compagnie qui compte sur lui pour lui faire oublier son mariage désastreux. Ensuite, avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie. C’est alors que le hasard le plus total bouscule le destin de nos personnages

SICARIO – 17/20

SicarioRéalisé par Denis Villeneuve
Avec Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin

Avis : Sicario vous saute à la gorge dès son introduction et ne vous lâche plus pendant les deux heures que dure cette furieuse plongée dans l’enfer des cartels. Une immersion haletante, irrespirable, où une violence sourde vous saisit parfois sans crier gare. La maîtrise avec laquelle Denis Villeneuve maintient en permanence son spectateur dans l’attente de ce qui va survenir après les claques qu’il reçoit à intervalle régulier est impressionnante et témoigne d’une œuvre totale. Totale parce que chaque élément constitutif de Sicario est une réussite, de son scénario nerveux et concis, à sa photographie d’un esthétisme terrassant en passant par l’excellence de son interprétation et de la mise en scène. Mais si Sicario frappe aussi fort, c’est aussi que le réalisateur canadien ne perd jamais le fil de son récit, il s’y tient constamment sans aucune digression superflue. Il embrasse son sujet avec puissance, exposant la réalité crasse des cartels de la drogue, faite de règlements de comptes sans sommation, de corruption à tous les niveaux dans un état de non droit où prévalent l’argent et les armes. Il ne s’interdit pas au passage de jeter un regard acerbe sur le rôle joué par les Etats-Unis et leur résignation face à ce marasme inextricable qui les poussent à choisir la peste plutôt que le cholera…
L’écriture maline et intelligente fait du personnage féminin le point d’entrée dans l’histoire. On découvre Sicario à travers le regard hébété de Kate et on en comprend les enjeux et les rouages complexes lorsqu’elle-même saisit en quoi cette mission hors protocole consiste réellement et quelles intentions se cachent derrière les motivations de ses protagonistes. Car Sicario est aussi un grand film de personnages, riches et complexes, dont l’affrontement est en soi un des éléments majeurs de sa réussite. Kate a conscience qu’elle est utilisée, sans savoir à quelle fin, et va voir toutes ses certitudes morales être mises à mal par ce voyage au cœur de l’horreur. Emily Blunt, évidente révélation du film, est épatante de justesse, se débâtant entre une détermination farouche à accomplir sa mission et les doutes légitimes sur son objectif véritable. D’autant plus qu’elle doit s’associer à des personnages troubles, au discours mouvant et clairement peu enclins à divulguer leurs intentions réelles. Josh Brolin est parfait de cynisme et cabotine juste ce qu’il faut en agent du gouvernement un poil à la marge. Mais c’est surtout le duo que forme Blunt avec Benicio Del Toro qui emporte l’adhésion, l’acteur excellant à jouer l’ambiguïté de son personnage et use de tout son charisme animal pour créer comme souvent un sentiment d’attraction/répulsion assez troublant.
Enfin, comment ne pas évoquer la maestria de la mise en scène de Villeneuve qui porte le film à des hauteurs peu fréquente ces temps-ci. Il prouve qu’on peut encore délivrer de bonnes grosses claques avec une caméra et enchaine les gros morceaux de cinoche qui scotchent au siège et impriment longuement la rétine. Au hasard l’assaut d’une maison-charnier, un embouteillage à la frontière mexicaine, un raid dans un tunnel en plein désert ou encore un dîner qui ne va se terminer exactement comme ses convives le pensaient. Autant de moments hautement cinématographiques qu’une réalisation inspirée, ample et sèche rend difficilement oubliables. Et quand, plus qu’une histoire, des images vous restent en mémoire longtemps après les avoir vues, c’est qu’on est en présence d’un grand film, non ? Au-delà de ce constat évident, Sicario a trop de qualités pour ne pas en être un, de grand film.

Synopsis : La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

THE WALK – 11 PUIS 16/20

The Walk – Rêver Plus HautRéalisé par Robert Zemeckis
Avec Joseph Gordon-Levitt, Ben Kingsley, Charlotte Le Bon

Synopsis : L’exploit unique et anthologique accompli par Philippe Petit en haut des tours du World Trade Center en 1974 est celui d’un homme porté par un rêve fou et par une conviction inébranlable. Cette idée que la performance est un art en soit le poussera à dépasser les limites de l’entendement jusqu’à cette traversée irréelle sur un fil entre les tours jumelle. Une histoire vraie, avec suffisamment d’héroïsme, d’humain et de dépassement de soi pour inspirer Robert Zemeckis. A la fois fabuleux storyteller et chantre des innovations technologiques (le premier film en motion capture, c’est lui), le projet de The Walk ne pouvait que le fasciner. Et susciter chez le spectateur une curiosité virant au trépignement au fur et à mesure que les bandes annonces toutes aussi spectaculaires les unes que les autres se succédaient.
Si cette histoire d’un fou était déjà racontée dans le formidable documentaire oscarisé Le Funambule (mais uniquement illustré par des photos, point de vidéo), le film de Zemeckis en est la version romancée, mouvante, très fidèles aux faits mais glamourisée par une image travaillée qui installe le film dans des 60/70’s un peu fantasmées.
Devant la caméra toujours espiègle de Zemeckis (même les sujets les plus sérieux et bouleversant ne doivent pas forcément se prendre au sérieux, Forest Gump en est la preuve la plus éclatante), Philippe Petit sautille, virevolte, s’amuse, s’enthousiasme, s’énerve, obsédé par l’accomplissement de son « coup ». Son dessein se met progressivement en place. Après la phase d’apprentissage, The Walk prend les allures d’un film de casse énergique et rythmé, présenté dans un style cartoonesque à la limite du burlesque. Sans doute trop. Emporté par une frénésie contagieuse, le film pêche par excès et laisse toute émotion de côté au point d’affaiblir paradoxalement la portée réaliste de l’exploit (alors que tout est vrai).
Mais la première partie de The Walk souffre surtout de la décision effroyable de faire parler Joseph Gordon Levitt en français. Malgré son évidente bonne volonté, le résultat est catastrophique. Sans doute pour compenser son horrible accent, l’acteur en fait des tonnes ce qui ne conduit qu’à aggraver le sentiment de gêne dans certaines scènes (très embarrassante visite chez le dentiste par exemple). C’est terrible à dire, mais on en sort du film à plusieurs moments. Et comme les autres acteurs ne remontent pas particulièrement le niveau de jeu global… On regrettera donc amèrement cette décision peu judicieuse de prendre un acteur anglais pour jouer un français qui plombe lourdement une bonne partie du film.
Mais ce n’est finalement pas ce qu’on est venu voir, et dès qu’il se retrouve sur les tours… The Walk prend alors une dimension tout autre lorsqu’arrive enfin la promesse offerte par le film.
Une ballade, sur un fil, entre les Twin Towers, un sentiment d’inédit, une sensation vertigineuse comme on n’en a encore jamais vécu dans une salle de cinéma. Le témoignage d’un geste hors du commun, désintéressé, un « crime artistique » doublé d’un hommage aux tours disparues et à ce qu’elles représentent. Durant 30 minutes, notre souffle retenu accompagne chaque geste de Petit, notre cœur se soulève lorsque qu’il regarde là-bas, en bas. On est littéralement ébahis. Et Zemeckis de faire preuve d’une maitrise insolente, jouant sur l’impressionnant et tétanisant effet de vide sans perdre son sens du récit, insufflant ce qu’il faut d’humour avec l’arrivée des policiers sur les toits des tours et de drama avec les fameux trois derniers pas..
Pour ces moments-là, on excuse assez largement les petites faiblesses et gros défauts qui nous y ont amené. Le voyage en valait infiniment la peine.

Avis : Biopic sur le funambule français Philippe Petit, célèbre pour avoir joint en 1974 les deux tours du World Trade Center sur un fil, suspendu au-dessus du vide.

MARYLAND – 8/20

MarylandRéalisé par Alice Winocour
Avec Matthias Schoenaerts, Diane Kruger

Avis : Maryland se pose d’emblée en thriller halluciné en braquant sa caméra sur son personnage principal, un soldat trimbalant un lourd stress post-traumatique au retour du front. Vincent ne quitte pas une seconde l’écran, la réalisatrice jouant à fond sur ses troubles psychiques pour accentuer le sentiment de malaise et renforcer l’ambiguïté entre réel et hallucination, danger et délire parano.
L’idée aurait été bonne si elle nous avait été présentée avec un peu plus de finesse. Malgré un charisme évident, Matthias Schoenaerts n’a pas grand-chose à défendre et recycle ses personnages bourrus à la violence contenue. Le problème ici est qu’à part le cliché du soldat revenant du combat, on n’apprend pas grand-chose d’autre sur lui. L’absence d’épaisseur est encore plus marquée pour le personnage de Diane Kruger, qui doit se contenter de faire joli dans le décor.
La réalisatrice semble s’être perdue dans sa volonté de créer un objet compact, immédiat et sans fioriture. A force de jouer d’ellipses et de suggestions, de vouloir en dire le moins possible, on prend le risque de perdre son spectateur et c’est exactement ce qui se passe avec Maryland.
Des personnages sans background, grossièrement définis par deux ou trois traits de caractère à la limite de la caricature et une intrigue nébuleuse et trop floue jouant uniquement sur des allusions rendent le film de Alice Winocour malaisé à suivre, si bien que l’intérêt finit par rapidement s’estomper. En fait on s’en moque un peu de ce qui se passe dans cette baraque…
Maryland tourne à vide malgré les tentatives de mise en scène pour créer un climat instable et angoissant, caméra à l’épaule, musique anxiogène, mais les effets sont si peu subtils qu’ils ne font que sur-appuyer un propos pourtant peu lisible. Cette tension artificiellement amplifiée ne cache pas le manque de fond de Maryland, le peu de relief des personnages et la vacuité de l’intrigue. C’est au final ronflant, et on se demande vraiment ce que la réalisatrice a bien voulu nous dire ou nous montrer à part le fait qu’elle savait utiliser une caméra (ce qui est le cas).
Dommage, parce que l’idée de ce survival minimaliste en huis clos aurait pu s’avérer intéressante si elle avait été traitée avec un peu plus de modestie et bénéficié d’un travail plus abouti sur le scénario.

Synopsis : De retour du combat, Vincent, victime de troubles de stress post-traumatique, est chargé d’assurer la sécurité de Jessie, la femme d’un riche homme d’affaires libanais, dans sa propriété « Maryland ».
Tandis qu’il éprouve une étrange fascination pour la femme qu’il doit protéger, Vincent est sujet à des angoisses et des hallucinations. Malgré le calme apparent qui règne sur « Maryland », Vincent perçoit une menace extérieure…