LES FRÈRES SISTERS – 15/20

Les Frères Sisters : AfficheDe Jacques Audiard
Avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed

Chronique : Avec sa réputation de plus américain des réalisateurs français, il fallait bien que Jacques Audiard finisse par exporter son cinéma en terre hollywoodienne. Mais il le fait avec une épatante intégrité et sans vendre son âme, tant son Sisters Brother est fidèle à l’essence de son cinéma.
Naviguant dans un environnement très identifié et peu amène, ses personnages sont toujours le cœur d’un récit qui se nourrit de la profondeur des relations qu’ils tissent entre eux.
Que Audiard s’attache à raconter une histoire se déroulant durant la conquête de l’ouest découle d’une certaine logique tant il est question dans son cinéma de trouver sa place sur un territoire changeant, de survivre dans un environnement hostile.
Cependant, on est assez loin du Western Spaghetti et de Sergio Leone, Les Frères Sister se présente plus comme un road movie rude et intime qui s’attarderait sur les âmes plus que sur les armes (qui vrombissent tout de même bien comme il faut)
Encore une fois, impossible d’être déçu par la mise en scène du réalisateur qui par de superbes plans imposent un Far West fantasmé dans des décors splendides (les extérieurs du film ont été filmé en Espagne). Son sens de la narration est comme toujours inattaquable, toujours aussi précis, son montage aussi fluide. Comme pour chacun de ses longs-métrages, on en sort en se disant qu’il n’y a rien à jeter, ni rien à ajouter.
Il circonscrit ici cette histoire de traque et de mercenaires assez basique à une histoire d’hommes et de fraternité. Avec en toile de fond, la naissance d’une nation pleine de promesses qui sont autant de pièges, il dirige un attelage d’acteurs surprenant et hétéroclite, questionnant la virilité (comme souvent dans son œuvre), mais ici sous différents angles. Le quatuor est magistral et compense des dialogues par moments moyennement inspirés. La relation entre les deux frères, paradoxale, aussi forte dans leur complicité qu’intense dans leurs incompréhensions est magnifique. Joaquin Phoenix est évidemment parfait, il parvient à apporter de la sobriété à l’excentricité de Charlie. L’association avec John C. Reilly est de prime abord surprenante, mais ce dernier est époustouflant en Eli Sisters, tueur de sang-froid lorsqu’il s’agit de remplir sa mission ou de protéger son frère, mais boule d’humanité quand il s’occupe de son cheval blessé ou se remémore des temps plus doux. En contre-poids de ce couple fraternel, le duo qu’ils pourchassent est tout aussi passionnant. Parce que ce sont deux grands acteurs (Jack Gyllenhaal, Rid Ahmeh), parce que leur jeu plus sophistiqué contraste avec d’une part la rudesse des frères Sisters, et d’autre part la dureté de la conquête de l’ouest, parce que l’ambiguïté de la relation se construit doucement et se poursuit jusqu’à un final sobre mais déchirant.
Le choix de ces quatre acteurs n’est pas anodin dans la réussite de Audiard, qui délivre un anti-western habité, mêlant âpreté et douceur inattendue.
Un début américain très convaincant pour le réalisateur français, qui évolue sans pour autant renier son cinéma humaniste.

Synopsis : Charlie et Eli Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d’innocents… Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer. C’est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Eli, lui, ne rêve que d’une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ?

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LE POULAIN – 13/20

Le Poulain : AfficheDe Mathieu Sapin
Avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen

Chronique : Balançant timidement entre satire politique et comédie légère, Le Poulain ne fait pas preuve d’une grande ambition au niveau de ses enjeux, mais tient suffisamment la route pour être à la fois intriguant et plaisant. Certes, le film de Mathieu Sapin n’a ni la rigueur d’un Exercice de l’Etat, ni la noirceur d’un Baron Noir, mais il reste assez piquant pour éclairer partiellement et malicieusement sur les us et coutumes de nos gouvernants. Le Poulain est amusant à défaut d’être percutant, un aperçu assez superficiel, plus ludique que féroce, du landerneau politique français.
Mais c’est surtout le couple Alexandra Lamy / Finnegan Oldefield qui s’avère le principal atout du film. Le jeune acteur séduit par son naturel et son culot, et Alexandra Lamy prouve d’année en année qu’elle peut décidemment tout jouer. En endossant le costume d’une directrice de communication ambitieuse et sans scrupule, un rôle assez éloigné des personnages plus positifs qu’elle a l’habitude d’interpréter, elle met définitivement de côté la Chouchou qui lui a longtemps collé à la peau.
Le cinéma français se découvre une nouvelle fiancée, qu’il avait pourtant depuis longtemps sous les yeux.

Synopsis : Arnaud Jaurès, 25 ans, novice en politique, intègre par un concours de circonstances l’équipe de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. Il devient l’assistant de Agnès Karadzic, directrice de la communication, une femme de pouvoir et d’expérience qui l’attire et le fascine.
Sans l’épargner, elle l’initie aux tactiques de campagne, et à ses côtés il observe les coups de théâtre et les rivalités au sein de l’équipe, abandonnant peu à peu sa naïveté pour gravir les échelons, jusqu’à un poste très stratégique.

PREMIÈRE ANNÉE – 14/20

Première année : AfficheDe Thomas Lilti
Avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Michel Lerousseau

Chronique : Après Hippocrate (brillant) et Médecin de campagne (pas vu) Thomas Lilty clôt sa trilogie médicale par une plongée très réaliste dans la dévastatrice première année de médecine.
A travers le quotidien maladivement studieux et répétitif de deux étudiants, l’un tentant le concours pour la première fois, l’autre en étant à sa troisième tentative, il immerge le spectateur au cœur d’un système éducatif qu’il décrit (assez justement) comme élitiste et ravageur. L’important n’est pas tant ce qu’on apprend, mais comment on l’apprend pour finir parmi les meilleurs.
Première Année en dit long sur les effets pervers de la réussite à tout prix, du bachotage à l’excès et de la compétition exacerbée entre les candidats. Mais malgré un emballage assez clinique, Thomas Lilty parvient à introduire dans son récit pas mal d’humour et même un peu d’émotion. Il joue pleinement du contraste entre l’aspect documentaire de son métrage (cours magistraux, amphis bruyants, témoignages d’élèves) et l’intime (comment les deux amis traversent en tant que jeunes adultes cette année où toute vie privée est mise entre parenthèse).
Première Année est assez prévisible (c’est sa limite), mais parfaitement exécuté, porté par un duo d’acteurs convaincant et complémentaire. Outre leur évidente complicité, Vincent Lacoste et William Lebghil apportent à leur personnage empathie et relief, et parviennent à parfaitement rendre à l’écran l’appréhension qu’un concours comme celui-ci peut provoquer, l’abnégation et les sacrifices plus ou moins douloureux qu’il implique, qu’on soit un grand angoissé comme Antoine ou doté de facilités comme Benjamin. Avec cette épée de Damocles en permanence au-dessus de la tête, le risque de voir ses efforts d’un an réduits à néant en une journée.
Première Année n’oublie pas au passage d’avoir un œil critique sur ce cursus universitaire si singulier, si violent et potentiellement injuste, qui exacerbe les rivalités même parmi les groupes les plus soudés. Dans son pan le plus personnel, il questionne également avec acuité sur les notions de vocation et de déterminisme, familial notamment.
Pertinent, éclairant et touchant.

Synopsis : Antoine entame sa première année de médecine pour la troisième fois. Benjamin arrive directement du lycée, mais il réalise rapidement que cette année ne sera pas une promenade de santé. Dans un environnement compétitif violent, avec des journées de cours ardues et des nuits dédiées aux révisions plutôt qu’à la fête, les deux étudiants devront s’acharner et trouver un juste équilibre entre les épreuves d’aujourd’hui et les espérances de demain.

SAUVAGE – 14,5/20

Sauvage : AfficheDe Camille Vidal-Naquet
Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Nicolas Dibla


Chronique :La prostitution masculine est assez peu abordée au cinéma, du moins rarement en tant que sujet central de l’œuvre. Sauvage le fait de manière frontale, crue, directe. Mais paradoxalement, sans voyeurisme ni aucune complaisance. Sans jugement non plus. Dans un style quasi-documentaire, son réalisateur prend comme angle narratif le parcours de Léo, sa condition, son quotidien et son état psychologique fluctuant.
Le personnage en tant que tel est remarquablement bien construit, très juste et fin dans son approche. Sa motivation première est de survivre un jour de plus, ses visées sont purement court-termistes. Contrairement à d’autres prostitués, il ne cherche pas coûte que coute à s’en sortir. Que pourrait-il faire d’autre que tapiner et fumer du crack ? C’est en tout cas ce qu’il répond innocemment quand une médecin lui demande quelles décisions il compte prendre pour aller mieux. Cet état d’esprit, son hermétisme à tout espoir d’un avenir meilleur fait qu’on est constamment à se demander ce qui va bien pouvoir lui arriver, à guetter et espérer une prise conscience ou redouter l’excès de trop. On s’attache à sa trajectoire hésitante, aiguillés par quelques rares indices sur son bagage familial et son éducation, sans qu’il n’y ait jamais rien d’explicite. Car Sauvage dresse également un portrait brutal de la misère, de l’extrême précarité et du déclassement social. Sans moyen ni attache, s’offrant au premier venu, malade et dépendant, l’histoire de Léo accumule les repoussoirs qui pourrait facilement faire vriller le film vers le glauque et le morbide, mais Sauvage s’en éloigne très vite grâce au ton volontairement distant et elliptique du film et surtout à l’incarnation animale et lumineuse, parfois désarmante de Felix Maritaux, magnétique.
Le film tire aussi bien sa force de sa puissance documentaire que de la portée romanesque du destin de Léo, héros baladé et résigné mais paradoxalement en quête permanente de tendresse.
Pour un premier film, Sauvage fait preuve d’une grande maitrise et d’une puissance narrative admirablement contenue.
Sauvage e(s)t fragile.

Synopsis : Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort

WHITNEY – 14/20

Whitney : AfficheDe Kevin Macdonald
Avec Whitney Houston

Chronique : A l’image de l’excellent Amy (film documentaire sur Amy Winehouse donc), Whitney se situe très loin de l’hagiographie et explore les zones les plus sombres de l’artiste, de la femme, de la mère, pour tenter de comprendre et d’expliquer ce qu’on imagine vite comme une inéluctable descente aux enfers. Sans concession mais avec empathie et une certaine tendresse, le réalisateur Kevin Macdonald mène une enquête fouillée et s’appuie sur de nombreux témoignages au sein de sa famille ou de son entourage professionnel.
Le montage, puissant et intelligent, fait alterner confessions de proches, vidéos intimes de la diva et images d’archives rendant compte du climat politique aux Etats-Unis à chaque étape importante de sa carrière. Le film permet ainsi de mesurer l’impact que Whitney Houston a pu avoir dans son pays, mais met aussi en exergue une relation ambiguë avec la communauté afro-américaine dont elle est issue. Des émeutes raciales qui ont profondément marquées son enfance aux huées du public du Soul Train awards en 89 qui lui reprochait de s’éloigner de ses racines, l’artiste a parfois eu du mal à assumer son statut d’icône, de pop star noire issue du ghetto, refusant un rôle de porte-étendard.
Le film met également en lumière ses addictions, ses démons qu’elle a longtemps refusé de combattre, la drogue et l’alcool, encouragée dans sa consommation dès son adolescence par ses frères puis plus tard par son mari, le rappeur Bobby Brown. Whitney met également longuement l’accent sur les dérèglements de ce mariage, entre passion, fuite, auto-dépendance et jalousie, sans pour autant lever totalement le voile sur sa relation avec son assistante Robyn Crawford, et sa bisexualité qui fait peu de doute.
Mac Donald n’omet pas non plus le rôle de l’argent dans le destin tragique de la chanteuse, comme il corrompt les relations les plus fortes, comme il biaise le regard des autres. Si elle est rattrapée par ces démons et sombre lentement, c’est aussi parce que personne dans son entourage n’a su ou pu la sauver, elle refusant la seule main tendue désintéressée, celle de Robyn. Il est assez clairement sous-entendu que personne ne souhaitait vraiment que la machine à cash ne se mette en pause…
Tout ça, on le savait peu ou prou. Mais c’est une révélation inattendue, une faille intime qui s’avère être la clef de son mal-être. Lorsque Kevin Macdonald parvient à obtenir un témoignage qui évoque les attouchements auxquelles Whitney aurait été exposée enfant, les pièces du puzzle se mettent enfin en place. Et d’apporter un nouvel éclairage sur le portrait d’une petite fille apeurée et aveuglée par les flashs et les spotlights, une artiste surdouée qui ne se sera jamais trouvée en tant que femme, qui n’aura jamais pu être une mère pour sa fille, au destin tout aussi fracassé, occupée à être ou à détruire ce que les autres voulaient qu’elle soit.
Edifiant et d’une infinie tristesse.

Synopsis : Elle a vendu 200 millions d’albums.
Elle détient le record du plus grand nombre de numéros 1 consécutifs.
Sa chanson « I Will Always Love You » est le single le plus vendu par une chanteuse.
Derrière les records, les rumeurs, les scandales, les secrets et la gloire, voici la vraie Whitney.

GUY – 15/20

Guy : AfficheDe Alex Lutz
Avec Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot

Chronique : Guy Jamet n’existe pas. C’est important de le préciser en préambule, car le docu-fiction réalisé par Alex Lutz nous fait très vite oublier cette évidence, tant son Guy Jamet sonne « vrai ».
Conceptuellement, le film est une grande réussite. Lutz utilise les codes du documentaire avec habileté, jongle entre fausses images d’archive (bluffantes de réalisme) et confessions du vieux chanteur face caméra, il saisit des moments d’intimité dans sa maison du sud de la France et crée des instants de convivialité pleine d’authenticité avec sa troupe sur les routes de sa tournée.
Le rythme est excellent, le montage également, bien meilleur que de nombreux « vrais » documentaires.
On y croit aussi parce que c’est lui, Alex Lutz, définitivement le roi du travestissement. De la même façon qu’il disparaît totalement derrière le maquillage de Catherine sur Canal, on l’oublie totalement en Guy Jamet. Ses mimiques, son phrasé, son regard, son évolution physique au fil des (fausses) années qui passent, il est crédible en tout.
Mais Guy raconte autre chose qu’un concept réussi et va plus loin qu’un simple grimage. Alex Lutz se trouve être aussi un excellent auteur et livre un formidable portrait. Celui d’un père qui s’ignore et d’un fils qui le cherche. Le portait fantasmé d’un artiste vieillissant qui a laissé derrière lui ses plus belles années, qui encaisse les coups du temps qui passe mais qui entretient la flamme comme il peut.
Guy raconte beaucoup sur la vie cabossée de saltimbanque, de la capricieuse célébrité, du passage de la gloire à une certaine solitude, des excès et addictions qui comblent les manquent. Que ce soit sur la filiation ou la vieillesse, Alex Lutz fait preuve d’une étonnante et remarquable pudeur alors que les sujets prêtaient aisément à l’outrance. Il aurait pu traiter ces traits de caractère avec de gros sabots. Il les effleure avec une grande subtilité, les évoque au détour d’un interview improvisée dans une boîte à hôtesse où d’une balade à cheval, et passe à autre chose.
Le jeune réalisateur semble avoir appris de son premier film (Le talent de mes amis), plein de bonnes intentions mais immodeste et dans lequel rien n’allait, ni l’histoire, ni le rythme, ni le jeu, ni le ton lénifiant et dégoulinant de bons sentiments. Mais tout ce qu’il avait raté alors fonctionne ici.
Il parvient à faire émerger des sentiments sans sentimentalisme, à présenter un personnage haut en couleur sans le caricaturer. Il aurait pu faire de Guy un vieux beau aigri, un connard égoïste. C’est un chanteur populaire, avec les défauts et les vices de son époque, mais qui tente de se faire à la nôtre. Lutz aurait pu être moqueur, mais il aime profondément son personnage, et l’aborde de manière drôle et bienveillante, truculente parfois et même émouvante (Dani fait en ce sens une apparition remarquée)
Car il est touchant ce Guy, légèrement décalé avec le monde actuel mais lucide, se regardant dans le miroir avec un léger sourire doux-amer, mais jamais pathétique.
En créant ce personnage de toute pièce, en l’incarnant si parfaitement, Alex Lutz a sans doute trouvé sa voie en tant que réalisateur. Certes le travestissement aide, mais c’est clairement lui en tant qu’artiste qui parle. Un artiste ayant à cœur de proposer un film délicat et populaire, au sens le plus noble du terme, à l’image de son héros vieillissant. Cette fois-ci, c’est une belle réussite et une très jolie surprise.

Synopsis : Gauthier, un jeune journaliste, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire.

BURNING – 15,5/20

Burning : AfficheDe Lee Chang-Dong
Avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-seo

Chronique : Burning donne d’abord l’impression qu’il ne s’y passe pas grand-chose. Et pourtant… Pourtant on est constamment en alerte, intrigués, par le couple Haemi / Jongsu puis fascinés par l’étrange triangle amoureux qu’ils forment avec le mystérieux Ben. Il semble flotter sur ce trio quelque chose de l’ordre de la menace, mais qu’on aurait du mal à caractériser. Lee Chang Dong va très loin dans la caractérisation des personnages. Il questionne la sexualité et les classes sociales, s’ingénie à mettre en place ces rapports de force méthodiquement, scrupuleusement, patiemment, comme on imbrique les pièces d’un puzzle. La liberté de sa caméra, l’élégance des plans et des mouvements, tout est gracieux dans sa mise en scène. L’allusion et la suggestion enfièvre un récit jamais ennuyeux car jamais totalement éclairé. Progressivement l’atmosphère s’épaissit, le mystère se mue en inquiétude trouble. On est happé, définitivement, et jusqu’au brûlant dénouement qui laissera certaine révélation à l’imagination de chacun. Et c’est très bien ainsi.
Burning est un grand film intime et vénéneux.

Synopsis : Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement. De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît…