JUPITER ASCENDING – 13/20

Jupiter : Le destin de l'UniversRéalisé par Andy Wachowski, Lana Wachowski
Avec Channing Tatum, Mila Kunis, Sean Bean

Synopsis : Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n’est que lorsque Caine, ancien chasseur militaire génétiquement modifié, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du cosmos…

Avis : Space Opera massif et baroque, d’une profusion visuelle inouïe, Jupiter Ascending se démarque des blockbusters actuels par la naïveté et la sincérité avec laquelle les Wachowski abordent leur œuvre. Point de second degré ni de cynisme, mais la volonté simple et évidente de raconter une jolie histoire, un conte naïf et enfantin. Jupiter Ascending n’est ni plus ni moins qu’une histoire d’amour enveloppée d’un ruban de technologie sidérant.
Car le film fait preuve d’une ambition formelle débordante. Souvent excessive, à la limite du mauvais goût dans son esthétisme SF kitsh, la fable futuriste en met plein la vue à travers des scènes ébouriffantes et comme toujours innovantes. Un passage se déroulant entre les immeubles de Chicago se révèle particulièrement bluffant et vertigineux, jouant comme jamais de la pesanteur pour créer un effet de réalisme assez saisissant.
L’univers créé par les Wachowski est suffisamment cohérent pour qu’on se laisse séduire et emporter, jouant sur l’idée que nous ne sommes pas seuls en ce monde. L’hypothèse que nous ne soyons qu’une matière première pour créer un élixir de jouvence est dramatiquement intéressante et si le potentiel mythologique de la famille régnante n’est qu’effleuré (œdipe, regicide, inceste… tout est à peu près suggéré) il ouvre suffisamment de portes pour faire avancer l’histoire.
Mais on aura compris que si le monde que nous présentent Lana et Andy W est sans limite et ouvre de multiples pistes narratives à explorer, il est surtout propice à proposer des envolées spectaculaires que peu de superproduction peuvent se vanter de procurer.
Jupiter Ascending reste un divertissement débordant et foisonnant, qui vaut surtout par ses excès assumés et moins par la portée d’un quelconque message (qu’il aurait été difficile de faire passer par le jeu Mila Kunis, dont le charisme frôle le néant).
Mais contrairement à beaucoup de blockbusters actuels qui ne visent que la planche à billets et délestent leur propos de toute forme d’émotions en appliquant des formules toutes faites (généralement avec des gros monstres), le cinéma des Wachowski se nourrit d’une certaine nostalgie pour insuffler leur modernité et leur vision furieusement pop à des œuvres singulières.
Ça n’a au final rien de mémorable, mais c’est assez euphorisant sur l’instant. C’est déjà ça.

FOXCATCHER – 14,5/20

FoxcatcherRéalisé par Bennett Miller Avec Channing Tatum, Steve Carell, Mark Ruffalo

Synopsis : Inspiré d’une histoire vraie, Foxcatcher raconte l’histoire tragique et fascinante de la relation improbable entre un milliardaire excentrique et deux champions de lutte.

Avis : Benett Millet s’empare avec Foxcatcher d’un fait divers sinistre pour délivrer une puissante et dérangeante peinture de personnages borderline, une valse malsaine et mortifère menée par des hommes engoncés dans leurs névroses. Une histoire d’emprise psychologique, de manipulation perverse, un thriller mental minimaliste capturé par une mise en scène glacée magistrale (Prix Cannois, une évidence), Foxcatcher fascine par la précision redoutable avec laquelle il dépeint les rapports baisés qui lient les trois protagonistes. Jouant sur les ellipses, fuyant toute extravagance, le réalisateur aligne des plans qui émerveillent ou terrifient avec une virtuosité qui ne se perd jamais dans l’ostentatoire, capte des regards qui suggèrent plus qu’ils n’imposent. N’hésitant pas à allonger les scènes, misant habilement sur les silences ou le bruit (ou son absence), Miller installe progressivement ce climat anxiogène, met en place son petit théâtre macabre dont le dénouement pourtant connu reste profondément choquant.

Parce que le gros travail au préalable du réalisateur sur ses personnages dérangés nous conduit doucement à ce point d’orgue dramatique. Pas comme dans un fauteuil cependant, Foxcatcher est à l’image du trio, pas forcément aimable. Leurs motivations troubles distillent un malaise constant, les dialogues sont chiches, les visages fermés. Si bien qu’on devine plus que l’on nous présente la complexité et les déséquilibres psychotiques des personnages, et principalement de John du Pont, héritier mégalo et narcissique que l’ambition et les frustrations conduisent à exercer une emprise pernicieuse sur Mark, à la fois psychologique et financière. Ses raisons ne sont pas explicitement dévoilées, mais si on ne peut nier une dimension sexuelle, on perçoit surtout un œdipe dévastateur chez de Pont, une volonté jusqu’au boutiste de prouver à sa mère qu’il n’est pas le raté qu’elle voit en lui. Le dégoût de soit comme justification à l’horreur.

On ne saurait trop louer la performance mesuré d’un Steve Carell métamorphosé pour incarner ce despote pourri d’orgueil et terrifiant de névroses, mais il serait injuste de ne pas relever celle de Channing Tatum, acteur caméléon audacieux et sous-estimé, qui campe, mâchoire serrée et démarche pataude, ce lutteur massif et simplet pris dans un piège dont il n’arrive pas à s’extraire. Le film est à l’image de ses personnages, peu aimable, pas immédiatement accessible. Le spectateur ne se trouve jamais en empathie avec eux, ce qui rend l’adhésion peu évidente, tout comme les longueurs qui servent néanmoins à les cerner. Foxcatcher est ce qu’on pourrait qualifier de feel bad movie, avec son rythme lancinant et oppressant, et son ambiance étouffante. On est très loin d’un divertissement léger, et peut parfois sortir du récit, ce qui peut constituer sa limite. Ceci dit, sa construction est sa force et il n’aurait pas cette portée sans cette mise en scène exigeante.

Foxcatcher est aussi et surtout un nouveau témoignage des dérives du rêve américain, une nouvelle charge politique qui fait écho au récent A most violent Year. En se regardant dans le miroir, Oncle Sam en prend une nouvelle fois pour son grade.

22 JUMP STREET – 14/20

22 Jump StreetRéalisé par Phil Lord, Christopher Miller
Avec Channing Tatum, Jonah Hill, Peter Stormare

Synopsis : Les deux policiers Schmidt et Jenko, après être retournés au lycée pour mettre à découvert un nouveau réseau de trafiquants, retournent cette fois-ci à la fac pour démanteler un trafic de drogues.

Avis : En prenant le parti d’assumer (et même de revendiquer) le principe et les codes du sequel, Phil Lord et Christopher Miler s’autorisent à s’en amuser et jouent habilement d’un second degré assez irrésistible. Une suite, c’est deux fois plus (de budget, de cachets, d’explosion) pour deux fois moins (d’idées, de recettes) ? Le scénario prend clairement cet angle pour se démarquer avec ironie de son prédécesseur et appuie assez ostensiblement sur les stratégies opportunistes (et rarement payantes) des studios pour rentabiliser leurs licences. Conséquence ? 22 Jump Street évite la plupart des pièges de la suite produite en hâte pour surfer sur un succès surprise. Si la trame est identique, 22 échappe au sentiment de redite grâce à une intrigue resserrée et plus efficace, un montage plus concis, et une écriture d’une drôlerie imparable.
Le duo étant cette fois-ci infiltré à l’Université, le récit joue sur l’imagerie des fraternités, très porteuse, mais ne s’y éternise. Elle va droit au but. L’enquête tient la route, mais c’est bel et bien le couple Jenko/Schmidt y qui occupe tout l’espace.
Si le premier opus ne se cachait pas pour donner une dimension crypto-gay à la relation entre les deux flics, sa suite en fait clairement le principal moteur comique du film. Ça pourrait être pesant, mais ça fonctionne divinement bien, essentiellement grâce à l’énergie de Channing Tatum et Jonah Hill, leur complicité et à l’autodérision dont ils font preuve. L’alchimie entre les deux acteurs est flagrante et électrise l’écran. Ils prennent un plaisir évident (et communicatif) à développer la bromance ultime, passant au crible tout le champ lexical de la relation amoureuse. Savoureux et pas si prévisible que ça, 22 Jump Street est avant tout une remarquable comédie d’action, à l’humour certes régressif, mais terriblement efficace, confirmant au passage l’audace et le sens du rythme de Lord et Miler, déjà coupable de 21 et du formidable Lego, Le film. Leur capacité à marier nostalgie et modernité leur confère un style bien à eux et particulièrement réjouissant

22 Jump Street et son épatant duo ne se prend jamais au sérieux, mais le fait drôlement bien.
Something Cool… définitivement.

EFFETS SECONDAIRES – 12,5/20

Effets secondairesRéalisé par Steven Soderbergh
Avec Rooney Mara, Jude Law, Catherine Zeta-Jones

Synopsis : Jon Banks est un psychiatre ambitieux. Quand une jeune femme, Emilie, le consulte pour dépression, il lui prescrit un nouveau médicament. Lorsque la police trouve Emilie couverte de sang, un couteau à la main, le cadavre de son mari à ses pieds, sans aucun souvenir de ce qui s’est passé, la réputation du docteur Banks est compromise…

Avis : S’il ne révolutionne pas le genre, Effets Secondaires fait cependant très correctement le job. Mis en scène efficacement et élégamment par le pré-retraité stakhanoviste Soderbergh, et soutenu par une musique entêtante qui maintient (parfois artificiellement) un suspense permanent, ce thriller d’ambiance joue parfaitement avec le spectateur, l’emmenant sur des fausses pistes et se parant de faux-semblants (Vous pensiez voir un brûlot sur l’industrie pharmaceutique, vous allez être surpris).
Soderbergh prend le temps d’installer le cadre et les personnages dans une formidable première partie, quitte à un peu bâcler la seconde moitié. Sans trop dévoiler de l’histoire, un des arcs du film axé sur un personnage en particulier se révèle un poil faiblard et tiré par les cheveux, empêchant Effets Secondaires d’être tout à fait convaincant. Soderberg se heurte ici, dans une moindre mesure, au même problème que sur Contagion avec des intrigues trop vite expédiées et des personnages (ici un, donc) survolés, malgré un vrai potentiel.
Reste qu’il parvient à surprendre et à ne jamais ennuyer, ce qui est finalement ce qu’on demande en priorité à un thriller. Et tant pis si le scénario n’est pas forcément à la hauteur des attentes.
On se contentera donc très volontiers de l’art toujours très sûr du réalisateur, de jolis effets récréatifs et de la performance très haut de gamme du duo Rooney Mara/Jude Law.