ENSEMBLE, C’EST TOUT – 5/10

Un film de Claude Berri,
 
Avec Audrey Tautou, Guillaume Canet, Laurent Stocker
 
Synopsis  : La rencontre de quatre destins croisés qui vont finir par s’apprivoiser, se connaître, s’aimer, vivre sous le même toit.
Camille fait des ménages le soir dans les bureaux et dessine avec grâce à ses heures perdues. Philibert est un jeune aristocrate féru d’histoire, timide, émotif et solitaire, il occupe un grand appartement que possède sa famille. Franck est cuisinier, viril et tendre, il aime infiniment sa grand-mère, Paulette, une vieille dame fragile et drôle.
Leurs doutes, leurs chagrins, c’est ensemble qu’ils vont apprendre à les adoucir, pour avancer, réaliser leurs rêves. Ils vont se découvrir et comprendre qu’ensemble, on est plus fort.
 
Avis: Avec la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, Ensemble, c’est tout enfonce les portes ouvertes et sort l’artillerie lourde (musique insuppotable, situations convenues, blagues éculées) pour au final donner un film qu’on croirait destiné aux dimanche soir de France 3. Tout se termine exactement comme on l’imagine dès les premières minutes. Mais dans cette forêt de clichés, quelques répliques surnagent malgré tout, et on découvre l’excellent Laurent Stocker, qui s’en sort admirablement bien dans le rôle de l’aristocrate bègue désargenté, pourtant hypra-caricatural. J’ai aussi bien aimé Tautou, qui fait progressivement sa mue et élargit son registre.
Mais bon, l’ensemble est d’un pesant…
 
Précision : Je n’ai pas lu le bouquin, la laborieuse lecture de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part m’en ayant dissuadé.

GOLDEN DOOR – 6,5/10

 
Synopsis  Début du XXème siècle. Dans un coin perdu de la campagne sicilienne, vit une famille de paysans qui s’échinent sur le même lopin de terre depuis des générations. Ils mènent une existence en harmonie avec la nature et cohabitent avec les esprits de leurs défunts. La monotonie de leur vie quotidienne est interrompue par des récits du Nouveau Monde, de leurs habitants, et des innombrables richesses de cet Eden…
Salvatore décide de vendre tout ses biens : sa terre, sa maison, son bétail pour partir avec ses enfants et sa mère âgée mener une vie meilleure de l’autre côté de l’océan. Mais pour devenir citoyen du Nouveau Monde, il faut mourir et renaître un peu. Il faut abandonner les traditions séculaires et les vieilles croyances de sa terre, il faut être sain de corps et d’esprit savoir obéir et jurer fidélité si l’on veut franchir "La Porte d’Or"…
 
Avis : Précisons d’emblée que si vous recherchez de l’action, un film trépidant, du suspense et des rebondissements, passez votre tour sur Golden Door. En revanche, si vous appréciez les réalisations léchées, travaillées, des histoires simples et fortes, le nouveau film du réalisteur du très bon Respiro est pour vous. Crialese oeuvre d’ailleurs comme un vrai metteur en scène, virtuose des tableaux en mouvement, plaçant et déplaçant sa caméra pour offrir des scènes de toute beauté, comme cette introduction dans les montagnes italiennes, les déplacements des immigrés à Ellis Island, ou des scènes plus intimistes, découpant les mouvements des corps comme dans un ballet. En jouant sur les couleurs et les lumières, il renforce encore l’esthétisme de son oeuvre. La musiques est quasiment absente au départ, puis vient illustrer les moments oniriques (le rêve américain) et parfois caucasses. Mais outre sa qualité formelle, Golden Door traite sans démagogie et avec justesse le sort des immigrés candidats au débarquement sur le sol américain, et le traitement indigne infligés aux immigrés en quarantaine (de quoi faire un peu réfléchir en cette période électorale en passant…).
Golden Door met un peu de temps à trouver son rythme, mais finit par séduire et convaincre. Du beau cinéma.

PAR EFFRACTION – 7/10

 
Synopsis : Will traverse une période difficile avec Liv, sa compagne. Il vient en plus d’installer son cabinet d’architecte paysagiste dans King’s Cross, un quartier de Londres en pleine réhabilitation. Ses luxueux locaux attirent une bande du coin qui le cambriole à répétition. Excédé, Will finit par suivre l’un des jeunes voleurs jusque chez lui où le jeune homme, Miro, vit avec sa mère, Amira, une réfugiée bosniaque.
Afin d’en apprendre plus sur le gang, Will s’arrange pour sympathiser avec Amira mais rapidement, des sentiments imprévus surgissent… Pour Will, c’est le début d’une plongée au coeur d’un autre univers que le sien, et au plus profond de lui-même.
 
Avis : On a retrouvé l’épur et la réalisation classieuse du réalisateur du Patient Anglais, quelque peu perdues dans les boursouflures de Cold Mountain. Durant deux heures qu’on ne voit pas passer, Minghella croise les destins, crée les rencontres dans un cadre posé comme une évidence, une ambiance immédiatement palpable, d’un malaise léger, mais propice aux petits écarts lourds de conséquences. Ils peuvent changer des vies, les relancer. Si le traitement de la partie sociale, le sort de la famille d’immigrés bosnique à Londres, n’est pas la plus réussie, Minghella excelle dans le traitement des sentiments. Par une réalisation alternant les plans rapides et les poses intenses, l’histoire prend une épaisseur et nous entraîne dans ce jeu de faux semblants où les acteurs se prennent à leur propre jeu. Et l’émotion gagne, petit à petit, subtilement, fleurtant avec le pathos mais n’y sombrant jamais. Les acteurs (Law, Wright Penn et Binoche), so glamour, sont tous excellents, toujours justes, mais aussi parce que filmés avec une pudeur admirable.
Intense et touchant.

CHRONIQUE D’UN SCANDALE – 6/10

 
Synopsis : Enseignante, à la veille de la retraite dans un collège de Londres, Barbara Covett n’a rien d’autre dans sa vie que son travail et un chat. Sa solitude prend fin avec l’arrivée du nouveau professeur d’art, Sheba Hart. La jeune femme se révèle l’amie idéale dont Barbara avait toujours rêvé.
Lorsque Barbara découvre que sa nouvelle amie a une liaison avec un de ses jeunes élèves, leur relation prend un tour plus redoutable. Barbara menace de révéler le scandale à tout le monde, à commencer par le mari de Sheba…
Dans ce jeu trouble et cruel, ce sont les propres secrets et les obsessions de Barbara qui font surface. Entre les deux femmes, commence un affrontement qui va les emmener au bout de leurs faux-semblants et de leurs mensonges…
 
Avis : Ce film très "fait divers" vaut surtout pour la prestation des deux actrices principales. Mais le réalisateur traite les différents thèmes (le détournement de mineur, l’amitié malsaine, quasi psychopathe de le vielle institutrice) avec trop d’emphase (la grosse musique qui énerve juste pour une porte qu’on frappe), et de façon trop superficielle. Le personnnage de la jeune prof n’est par exemple pas très travaillé, s’appuyant plus sur les faits que sur un parcours de mère modèle qui pète un cable, ce qui aurait été à mon sens plus fort. Cependant, l’affrontement entre Judi Dench en vieille fille frustée, intrusante et perverse et Cate Blanchet en colombe adultèrine et dépassée par une passion déraisonnée vaut le coup d’oeil.

LES TEMOINS – 6,5/10

 
Synopsis : Paris, été 1984.
Manu débarque à Paris, où il partage la chambre de sa soeur Julie dans un hôtel modeste. Il fera la connaissance d’Adrien et nouera une amitié chaste et joyeuse avec ce médecin quinquagénaire, qui lui fera découvrir le style de vie de son milieu.
Au cours d’une balade en bateau, Adrien présentera à Manu Sarah et Mehdi, un couple de jeunes mariés qui vient d’avoir son premier enfant.
Une passion amoureuse imprévue et l’irruption de l’épidémie du sida, encore perçue dans les médias et l’imaginaire collectif comme une peste moderne et honteuse vont bouleverser le tranquille agencement de ces destins particuliers. Chacun va devenir acteur et témoin d’un drame contemporain, où ceux qui ne mourront pas ressortiront peut-être plus forts, mais en tout cas pas indemnes.
 
Avis : A l’instar de la formidable mini-série de Mike Nichols, Angels in America, les Témoins rend compte de l’apparition du virus du Sida dans les années 80. Mais contrairement à la série amricaine qui traitait de façon onirique l’apparition de la maladie à New York, Téchiné livre un film sec, tendu et hyper-réaliste. A travers une réalisation nerveuse, la caméra à l’épaule au plus près de ses acteurs, le réalisateur ne prend pas de détour et traite le sujet de façon direct et parfois très crue. Cela fonctionne dans la mesure où il faut quand même quelques bonnes minutes pour s’en remettre, c’est un film dur. Il aurait pu se passer de quelques artifices, comme la voix-off, mais il est très cohérent, porté par un montage toujours très juste et des acteurs habités, de Béart à Bouajila, en passant par Blanc et le jeune Johan Libereau, découvert dans Douches Froides.

ANGEL – 4,5/10

 
Synopsis : Angleterre, 1905. Angel Deverell, jeune écrivain prodige, connaît une ascension fulgurante
et réalise ainsi le rêve de toute jeune fille : succès, gloire et amour. Mais n’est-ce pas trop pour une seule femme ?
 
Avis : Mais qu’est ce qui est passé par le tête de Ozon? Peut-être que je suis passé complétement à côté du sujet, mais j’ai plutôt l’impression que c’est c’est lui qui est passé à côté de son film. Un hommage, une parodie des grands films en costume? une grosse boursouflure au final. Toujours est-il que tout est too much dans ce film. Le kitch des décors et de la mise en scène, les musiques, exaspérantes, le jeu outrancier de l’héroïne. Et surtout cette histoire dont on voit devine les rouages et les dénouements dès les premières scènes , ces dialogues afligeants de niaiseries. Et comme si ça ne suffisait pas, le film n’en finit pas de finir, si bien que le mot fin s’écrit comme un soulagement. Même les idées originales qui auraient pu donner du cachet au film, comme les scènes de lune de miel avec fonds égyptiens incrustés tombent à plats. Vous l’aurez compris, je n’ai pas particulièrement apprécié…

BLOOD DIAMOND – 6,5/10

 
Synopsis : Alors qu’il purge une peine de prison pour ses trafics, Archer rencontre Solomon Vandy, un pêcheur d’origine Mende. Arraché à sa famille et forcé de travailler dans les mines diamantifères, ce dernier a trouvé – et caché – un diamant rose extrêmement rare. Accompagnés de Maddy Bowen, une journaliste idéaliste, les deux hommes s’embarquent pour un dangereux voyage en territoire rebelle pour récupérer le fameux caillou. Un voyage qui pourrait bien sauver la famille de Salomon et donner à Archer la seconde chance qu’il n’espérait plus.
 
Avis : Alors mon sentiment est assez partagé . Blood Diamond est un film courageux, au thème fort, violent, révoltant même. La guerre civile résultant du commerce du diamant dans les pays africain, et plus particulièrement en Sierra Leone est traitée avec une violence inouie et un réalisme percutant. Les conséquences de tels trafics sur les populations, les créations des milices rebelles et la guerre ouverte qu’elles livrent avec les militaires sont saisisantes. On est d’ailleurs mis tout de suite dans le feu de l’action, dès la première scène d’attaque des rebelles sur un village, où des enfants tirent sur d’autres enfants. Le recrutement et l’embrigadement des gamins est d’ailleurs montré sans concession et avec une extrême brutalité. De ce point de vue, le film est un uppercut et atteint sa cible, c’est-à dire heurter les consciences. Par ailleurs, les histoires sont plutôt cohérentes (du moins jusqu’au final, pompeux). Reste que la réalisation est un peu quelconque, ne transcendant pas le film, comme peuvent le faire un Meirelles ou un Soderbergh. On passe à côté d’un grand film, d’autant plus qu’on aurait pu se passer de certaines scènes appuyant abusivement sur le pathos. Et chose encore plus regrettable, les magnifiques paysages africains sont peu mis en valeur. Blood Diamond bénéficie aussi d’un interprétation irréprochable, Di Caprio, de plus en plus dense, confirmant qu’il est un très grand acteur.
En somme, un film au message fort, à l’interprétation brillante, malheureusement légèrement affaibli par une réalisation manquant de personalité et des clichés malvenus.