THE RAID 2 – 14,5/20

The Raid 2Réalisé par Gareth Evans
Avec Iko Uwais, Julie Estelle, Yayan Ruhian

Synopsis : Après un combat sans merci pour s’extirper d’un immeuble rempli de criminels et de fous furieux, laissant derrière lui des monceaux de cadavres de policiers et de dangereux truands, Rama, jeune flic de Jakarta, pensait retrouver une vie normale, avec sa femme et son tout jeune fils…. Mais il se trompait. On lui impose en effet une nouvelle mission : Rama devra infiltrer le syndicat du crime, où coexistent dans une sorte de statu quo mafia indonésienne et yakusas. Sous l’identité de « Yuda », un tueur sans pitié, il se laisse jeter en prison afin d’y gagner la confiance d’Uco, le fils d’un magnat du crime indonésien – son ticket d’entrée pour intégrer l’organisation. Sur fond de guerre des gangs, il risquera sa vie dans un dangereux jeu de rôle destiné à porter un coup fatal à l’empire du crime.

Avis : Ultra-sophistication et ultra-stylisation de l’ultra-violence, The Raid 2 repousse les limites du film de baston à tel point qu’il en réinventerait presque le genre. Le sang gicle, les membres craquent, les lames transpercent et les bâtons frappent, tout est prétexte à un enchaînement brutal et effréné de scènes de combat à couper le souffle et à faire tourner la tête. La virtuosité avec laquelle Gareth Evans déplace sa caméra au milieu des coups qui pleuvent à verse est assez étourdissante. S’il ne vaut mieux pas être épileptique, on se demande souvent comment il arrive à filmer certaines scènes, à enchaîner les plans avec cette vitesse alors que les corps sont quand à eux lancés dans des chorégraphies sanglantes et macabres d’une terrible intensité.
Alors que le propos de The Raid 1 était assez simpliste (il faut atteindre le haut d’une tour), ce nouvelle opus se veut plus complexe sur le fond en mettant en scène une histoire d’infiltration policière et une trame mafieuse aux accents Shakespeariens. Le scénario réussit à rester audible tout le long du film, ce qui n’est pas un mince exploit dans la mesure où, ne nous y trompons pas, sa principale ambition est d’offrir une surenchère de combats frénétiques.
Mission parfaitement réussie. On en prend plein les yeux et les oreilles (le doux son d’un os qu’on broie…) et on assiste à certains morceaux dantesques, comme une mutinerie dans la boue, une poursuite en bagnole comme on en a rarement vue ou encore un ballet létale au milieu d’une cuisine (forcément bien équipée).
Heureusement Evans sait aussi manier l’ironie et le second degré pour nous permettre de souffler de temps en temps.
The Raid 2 se pose donc en modèle de film de baston, iconisant au passage son acteur principal Iko Uwais, qui confirme son statut de nouvelle star des arts martiaux modernes.
Ce film est une tuerie, dans tous les sens du terme….

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BOYHOOD – 15/20

BoyhoodRéalisé par Richard Linklater
Avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke

Synopsis : Chaque année, durant 12 ans, le réalisateur Richard Linklater a réuni les mêmes comédiens pour un film unique sur la famille et le temps qui passe. On y suit le jeune Mason de l’âge de six ans jusqu’ à sa majorité, vivant avec sa sœur et sa mère, séparée de son père. Les déménagements, les amis, les rentrées des classes, les premiers émois, les petits riens et les grandes décisions qui rythment sa jeunesse et le préparent à devenir adulte…

Avis : Un projet dingue et insensé à l’approche artistique expérimentale peut donc donner naissance à un vrai film de cinéma, riche et solide. En faisant s’écouler son histoire sur une décennie et en choisissant de tourner en temps réel avec les mêmes acteurs, Linklater va encore plus loin que sa trilogie Before (Sunset, Sunrise, Midnight), introspection d’un couple sur trente ans, déjà foncièrement novatrice.
Si Boyhood est une indéniable réussite, c’est que le réalisateur ne se laisse jamais dépasser par son concept et à toujours en tête de suivre un fil directeur fort mais simple, celui de présenter la chronique d’une famille américaine et de capturer ce temps qui passe, qui bouleverse et transforme les vies au gré des événements et des épreuves qui le jalonnent. Le réalisateur saisit ces moments avec une intelligence remarquable et un sens du montage quasi miraculeux. Il parvient en effet à atteindre une fluidité narrative assez inespérée, malgré les évidentes ellipses, et ne perd jamais de vue que le socle de son récit est l’évolution de ses personnages, leurs interactions, le parcours des uns par rapport aux autres. A ce titre, il aura aussi fallu à Linklater une bonne dose de chance en plus de son talent, qui réside essentiellement dans le choix de son casting initial, formidable de bout en bout, chacun donnant à son personnage une constance et une cohérence bluffante dans le temps. Si Ethan Hawke et Patricia Arquette étaient déjà des acteurs confirmés, le pari que constituait le choix des deux enfants est admirablement réussi. Le jeune Ellar Coltrane, sur qui le projet repose en grande partie, traduit avec beaucoup de précision et de justesse le passage de l’enfance à l’âge adulte de Mason Junior, lui donnant concrètement corps et le rendant particulièrement attachant.
Pouvant compter sur des acteurs investis, le réalisateur construit une fresque tendre et subtile, sans oublier le côté ludique et pop du concept en captant l’ère du temps de chaque époque (la guerre en Irak, Britney Spears, Dragon Ball, Obama…). Mais il ne perd jamais de vue qu’il raconte une histoire, qu’il fait évoluer des personnages et reste constamment concentrer sur le quotidien de cette famille étalée sur 10 ans, plaçant son spectateur en empathie avec elle sans jamais en faire un voyeur.
Au-delà de son concept fou et à l’ambition monstre, Boyhood atteint une certaine vérité et conserve une humilité remarquable. S’il aurait gagné à être encore plus condensé (le dernier quart d’heure n’est pas nécessaire), on assiste malgré tout à une épopée intime unique et saisissante.

Marquant, sans l’ombre d’un doute.

SOUS LES JUPES DES FILLES – 9/20

Sous les jupes des fillesRéalisé par Audrey Dana
Avec Isabelle Adjani, Alice Belaïdi, Laetitia Casta

Synopsis : Paris. 28 premiers jours du printemps. 11 femmes.
Mères de famille, femmes d’affaires, copines, maîtresses ou épouses…
Toutes représentent une facette de la femme d’aujourd’hui : Complexes, joyeuses, complexées, explosives, insolentes, surprenantes… Bref, un être paradoxal, totalement déboussolé, définitivement vivant, FEMMES tout simplement !

Avis : Exagérément provocateur, Sous les jupes se complait dans une vulgarité assumée mais rarement de très bon goût pour maquer un scénario décousu et une réalisation terriblement plate et au manque d’idée consternant.
La profusion de personnages féminins caricaturaux et leurs vies sentimentales contrariées aura sans doute agit comme un inhibiteur sur Audrey Dana. En résulte un film bancal, décousu, se reposant trop souvent sur une improvisation de ses stars mal maîtrisée par une réalisatrice visiblement dépassée (terrible scène chorale de soirée alcoolisée où elles sont presque toutes réunies).
Tout n’est pourtant pas à jeter. Dans les jupes offre certain numéros savoureux qui émergent miraculeusement, grâce à la qualité d’interprétation globalement de très bon niveau. On adore en particulier Laetitia Casta et Julie Ferrier, expressives et au talent comique évident. Il faut reconnaitre que l’on rit aussi.
Mais cela ne suffit pas à sauver le tout, grossier et poussif, à l’évidence trop ambitieux. Sans doute Dana aurait du passer plus de temps à peaufiner son scénario et son montage plutôt qu’à construire son casting. Dans le genre, Les Gazelles était autrement plus subtil mais surtout furieusement plus moderne….

DRAGONS 2 – 15/20

Dragons 2Réalisé par Dean DeBlois
Avec Jay Baruchel, Cate Blanchett, Gerard Butler

Synopsis : Tandis qu’Astrid, Rustik et le reste de la bande se défient durant des courses sportives de dragons devenues populaires sur l’île, notre duo désormais inséparable parcourt les cieux, à la découverte de territoires inconnus et de nouveaux mondes. Au cours de l’une de leurs aventures, ils découvrent une grotte secrète qui abrite des centaines de dragons sauvages, dont le mystérieux Dragon Rider. Les deux amis se retrouvent alors au centre d’une lutte visant à maintenir la paix. Harold et Krokmou vont se battre pour défendre leurs valeurs et préserver le destin des hommes et des dragons.

Avis : Dragons avait marqué un virage important dans l’évolution de Dreamworks Animation. Le studio se détournait enfin de l’humour potache, épuisant et un peu vain de ses premiers succès (Shrek, Madagascar) pour afficher une nouvelle forme d’ambition narrative assumée et venir jouer clairement dans la cour des génies de Pixar. Dragons 2 marquera le moment où ils y sont parvenus. Sans copier la firme à la lampe, qui reste sans rival pour trouver l’alchimie entre un concept fort et des émotions brutes, Dan De Blois livre un film d’aventure magistral à la virtuosité technique et artistique sidérante, mais surtout au cœur gros comme ça.
Fresque sociétale (comment les Vikings et les dragons ont appris à vivre ensemble, la place du chef dans un clan) et familiale (la communication entre un père et son fils, l’absence de la mère) plus profonde qu’il n’y paraît, la saga Dragons dans son deuxième acte se concentre sur les rites du passage à l’âge adulte, sorte d’écho à la propre évolution du studio. Le ton se fait plus sombre, plus complexe. Il est temps pour Harold (magnifique personnage) de faire des choix et d’affronter son destin. Construit sur ces enjeux forts, mais classiques, DeBlois développe un scénario plein d’audace, dense et furieusement moderne, qui n’hésite pas à sortir du chemin balisé du film familial. En découle des moments de pur drama, intenses et sincères, vierge de tout cynisme, magnifiés par une mise en scène d’une élégance folle.
Les ballets aériens sont d’une fluidité saisissante, mais plus que la performance technique, c’est cette capacité à y ajouter à chaque fois une dose d’authenticité, de fondamentalement touchant, qui impressionne. Que ce soit l’éclatante complicité d’Harold et Krokmou dans leur première envolée, l’ampleur des combats, la vivante animation qui agite la grotte aux dragons, la plupart des scènes est parcourue d’un supplément d’âme assez miraculeux. En point d’orgue, l’apparition Miyasakienne de la mère, moment de grâce renversant de beauté et d’intensité.
Rarement (jamais ?) un film d’animation n’aura retranscrit avec autant de justesse les sentiments humains sur des visages virtuels. L’émotion transmise par ces regards animés a quelque chose de fascinant et de souvent désarmant. L’envoûtante musique originale aux sonorités celtes de John Powell et les chansons de Jonsi (Sigur Ros) finissent de sublimer la mise en scène de Dean DeBlois.
Si Dragons 2 n’oublie pas d’être drôle, grâce notamment aux personnages secondaires et à une intelligente utilisation de l’arrière plan, il se fait au final d’une étonnante gravité, quitte à dérouter son spectateur qui se surprendra à essuyer une petite larme qu’il n’avait pas vu venir. La poésie à la fois burlesque et déchirante qui en émane est d’autant plus frappante qu’elle est inattendue.
On fermera donc très volontiers les yeux sur quelques moments de flottements dans le récit pour apprécier pleinement la nouvelle et très belle maturité acquise par Dreamworks animation.

Dragons 2 est un pur émerveillement, à la fois dépaysant et audacieux, tout en se parant d’une ampleur dramatique rare pour un divertissement grand public. Visuellement parfaitement abouti, techniquement irréprochable, sa principale qualité réside cependant principalement dans le fait qu’il touche au cœur.
Touché, oui… Vraiment, c’est formidable Dragons 2.