BOY A – 7/10

Réalisé par John Crowley

Boy A

Synopsis : A 24 ans, Jack sort de prison où il a passé toute son adolescence pour un meurtre qu’il a commis lorsqu’il était enfant. Dès sa libération, Terry, assistant social, l’emmène le plus loin possible de ce scandale encore présent dans tous les esprits. Terry lui donne un autre nom, lui trouve un travail, une maison. Dans cette ville d’Angleterre qu’il ne connaît pas, Jack se construit une nouvelle vie à laquelle il tente de se tenir. Mais si l’anonymat est un répit, il est aussi une douloureuse contrainte puisque Jack ne peut révéler à ses nouveaux collègues ou amis, et à la fille dont il tombe amoureux, la vraie nature de son passé. Jusqu’au jour où, par hasard, Jack devient un héros local et que sa photo apparaît à la une des quotidiens…

 
Avis : Boy A contient tout ce qui fait le force du cinéma britannique. Force du sujet, réalisation brute, interprétation exceptionnelle, action ancrée dans un quotidien d’un réalisme confondant. Boy A y ajoute une musique percutante et une narration faite de flash back judicieuse qui ajoute une tension et finalement une émotion dénuée de tout artifice. Le sujet de départ suffit à créer une ambiance teintée de crainte et d’espoir, et pose la question à laquelle le film répondra ou non, a-t-on le droit à une seconde chance lorsqu’on a commis un acte odieux?. Est-elle seulement possible? A travers la réinsertion de ce jeune garçon sous une nouvelle identité, dans une environnement apparemment vierge, le film interroge, sans juger. L’ambiguïté du sujet est puissamment exprimée par les interprètes principaux. Si Peter Mullan est une valeur sûre, parfait en « ange gardien » assistant social, Andrew Garfield, déjà remarqué en élève frondeur de Redford dans Lions et agneaux, est une vrai découverte. Son jeu tout en nuances, traduit la confusion du personnage, son espoir comme ses peurs, mais aussi la lucidité d’un fardeau qu’il s’est imposé et dont il ne pourra jamais vraiment se débarrasser. Sa nouvelle liberté n’en est finalement pas une. Au contraire.
Un film poignant et puissant.

LE CODE A CHANGE – 6,5/10

Synopsis : Un dîner, c’est la dictature de l’apparence : on se fait beau, on rit, on raconte, on frime, on partage souvenirs et projets. Les angoisses sont cachées sous l’humour et les chagrins étouffés par les éclats de rire. Et pour quelques heures, on y croit ! C’est ça le principal…
Si on a le bon code et que l’on respecte les autres, cordialité, hypocrisie, bonne humeur, on risque de passer une bonne soirée… Mais les masques tombent dès le chemin du retour.
 
Avis : Spécialiste du film choral et experte du genre, Danielle Thompson revient, après la Bûche et Fauteuils d’orchestre, avec La code a changé, variation plus sombre sur le couple.
Marivaudage haut de gamme porté par la science du verbe et la parfaite direction d’acteurs de sa réalisatrice, très écrit (et plutôt bien), Le code a changé offre aux acteurs des répliques savoureuses, souvent assassines, et balance entre rires (jaunes) et émotions.
Thomson fait également preuve d’une belle maîtrise formelle. Elle joue sur des aller/retours dans le temps cohérents et efficaces et un talent évident pour filmer les scènes de groupe (notamment à table). L’ensemble du casting est très équilibré, chaque personnage trouve sa place sur l’échiquier et les acteurs sont à la hauteur de la joute verbale à laquelle ils se livrent. Les flingots sont chargés, et personne n’hésite à appuyer sur la gachette… Mention spéciale à Karin Viard, dont les performances prennent de plus en plus d’épaisseur au  fil des films.
Le code a changé navigue ainsi sur un sentiment de léger mal être, de malaise incidieux permanent, sans pour autant sombrer dans le lugubre grâce à une belle énergie faisant cohabiter habilement tendresse, exaspération, désinvolture et fatalisme.

RICKY – 7/10

Ricky
 
Synopsis : Quand Katie, une femme ordinaire, rencontre Paco, un homme ordinaire, quelque chose de magique et de miraculeux se produit : une histoire d’amour. De cette union naîtra un bébé extraordinaire : Ricky.
 
Avis : Drame social fantastique, Ricky déroute et séduit. L’histoire d’un couple ordinaire, deux ouvriers ayant du mal a joindre les deux bouts, qui a un bébé extraordinaire. Ozon se passe de tout artifice, et use d’une arme qu’il maitrise désormais totalement, l’ellipse, pour nous scotcher à cette histoire improbable. Sans rien révéler, il parvient à surprendre alors qu’on pense avoir tout saisi de ses personnages. Et nous laisse libre de toute interprétation.  Et le film nous offre deux jolies découvertes. La jeune Mélusine Mayance, parfaite et très juste (Les enfants-acteurs crédibles en France n’étant pas légions, c’est toujours une bonne surprise). Et Alexandra Lamy, qui tient ce rôle, pourtant difficile, d’un bout à l’autre. Il aurait pourtant été facile de sombrer dans le ridicule. Mais elle fait preuve d’une réelle sincérité et d’une grande maîtrise des sentiments qu’elle exprime. Je dois avouer que j’étais sceptique. Je suis convaincu. 
Enfin, c’est agréable de voir un réalisateur reconnu se démarquer de ce qu’il a pu faire jusque là, prendre des risques. Ce n’est pas toujours réussi (cf Angel), mais quand ça l’est, ça vaut le coup.
 
 
 

CE QUE PENSENT LES HOMMES – 5/10

Réalisé par Ken Kwapis
Avec Ben Affleck, Jennifer Aniston, Drew Barrymore, Scarlett Johansson
Ce que pensent les hommes
 
Synopsis : Ce que pensent les hommes est une comédie romantique qui dresse un portrait provocateur de l’incompréhension entre hommes et femmes. Tandis qu’un groupe de jeunes femmes brillantes, originales et extrêmement déterminées s’efforcent de déchiffrer le langage amoureux, elles nous entraînent dans une  quête éperdue du grand amour…
Une chose reste certaine : s’il ne vous appelle pas, s’il ne couche pas avec vous, s’il est marié à quelqu’un d’autre ou s’il couche avec une autre… il y a de grandes chances qu’il ne s’intéresse pas à vous !
 
Avis : Une comédie romantique chorale finalement très platounette, malgré un casting alléchant. Elles sont belles, ils sont beaux, mais il ne se passe pas grand chose a part des ersatz d’histoires maintes fois rebatues… Quelques répliques bien senties font sortir trop rarement le film de sa torpeur. Mais l’ensemble reste un enchaînement de lieux communs. A multiplier les intrigues, à la croiser maladroitement, le réalisateur perd le fil et ses spectateurs. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

L’ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON – 7/10

Réalisé par David Fincher

L'Etrange histoire de Benjamin Button

Synopsis : "Curieux destin que le mien…" Ainsi commence l’étrange histoire de Benjamin Button, cet homme qui naquit à 80 ans et vécut sa vie à l’envers, sans pouvoir arrêter le cours du temps. Situé à La Nouvelle-Orléans et adapté d’une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, le film suit ses tribulations de 1918 à nos jours. L’étrange histoire de Benjamin Button : l’histoire d’un homme hors du commun. Ses rencontres et ses découvertes, ses amours, ses joies et ses drames. Et ce qui survivra toujours à l’emprise du temps…
 
Avis : L’étrange histoire de Benjamin Button est un très beau conte, (très) joliment conté, au souffle romanesque assez rare. Le surdoué Fincher se sert de la dimension tragique et merveilleuse d’une fresque foisonnante pour raconter sur 80 ans une histoire d’amour finalement pas si atypique que ça. Deux êtres se découvrent, se cherchent, se retrouvent à instant de leur vie où leur histoire peut enfin se réaliser, parenthèse de bonheur entre deux longs tunnels de frustration, puis se séparent, ne pouvant plus « exister » ensemble. Comme souvent… Que l’accomplissement de leur amour soit possible parce qu’à un moment, ils ont chacun l’âge de leurs artères  (elle a vieilli de 40 ans, lui rajeuni du même âge) est anecdotique. Fincher filme surtout les attentes, la douleur ou les bonheurs éphémères de l’histoire d’une (de deux) vie(s). Et il l’enrobe d’un halo fantastique auquel il prête sa virtuosité visuelle, son sens de l’image et de la photo, ainsi que de trouvailles de mise en scène souvent drôles ou émouvantes. Visuellement brillant, porté par un scénario audacieux et qui finit par nous émouvoir (Fincher nous saisit à l’instant où on ne s’y attend pas – ou plus) et remarquablement interprété, Benjamin Button a tout du chef-d’œuvre instantané.
Ce serait donc le film presque parfait s’il ne souffrait pas de la distance imposée par une voix off froide et pesante manquant sensiblement d’allant, mais aussi des aller/retour plombants dans un présent où Daisy se meurt (Un effet qui marchait mieux dans Titanic par exemple).
Ces artifices alourdissent légèrement un ensemble pourtant scintillant, dans lequel on se fonde avec un plaisir non feint. On en oublie vite les prouesses technologiques (et quelles prouesses) pour se laisser porter par l’intimité d’une histoire d’amour hors du temps.
Le cinéma est aussi (surtout) un formidable moyen de raconter des histoires. Il aurait été dommage qu’il passe à côté de l’étrange destin de Benjamin Button….

MORSE – 6,5/10

Réalisé par Tomas Alfredson
Morse
 

Synopsis : Oskar est un adolescent fragile et marginal, totalement livré à lui-même et martyrisé par les garçons de sa classe. Pour tromper son ennui, il se réfugie au fond de la cour enneigée de son immeuble, et imagine des scènes de vengeance. Quand Eli s’installe avec son père sur le même pallier que lui, Oskar trouve enfin quelqu’un avec qui se lier d’amitié. Ne sortant que la nuit, et en t-shirt malgré le froid glacial, la jeune fille ne manque pas de l’intriguer… et son arrivée dans cette banlieue de Stockolm coïncide avec une série de morts sanglantes et de disparitions mystérieuses.
Il n’en faut pas plus à Oskar pour comprendre : Eli est un vampire. Leur complicité n’en pâtira pas, au contraire…

 
Avis : Morse est un film de vampires, oui. Qui se passe dans la Suède du début des année 80, aussi. C’est une histoire d’amour pré-adolescente, surtout. Mais on est à des années-lumières des productions gothiques et hyperstylisées sur les buveurs de sang (ne vous attendez pas à voir Twilight donc).
Le fantastique est ici au service d’une histoire sombre, psychologique, minimaliste, chronique d’une histoire d’amour impossible. Subtilement traité, avec ce qu’il faut de perversité et de tension, Morse prend le temps d’installer cette relation insolite, enrobée dans les grands espaces cotonneux et glacés suédois. Le réalisateur s’attarde sur les regards des acteurs et saisit chaque sentiments, capte les envies, les peurs, les colères par des longs gros plans. On ne sait trop rien du passé de ces deux enfants, on assiste juste à leur histoire fugitive.
Le parti pris assez contemplatif conduit à quelques longueurs, mais la brutalité et la poésie de ce conte morbide est à ce prix.

THE WESTLER – 6,5/10

 
Synospsis : Dans les années 1980, Randy "The Ram" ("Le Bélier") Robinson était une star du catch professionnel, mais il est peu à peu redescendu de son Olympe. Pendant un match sans envergure, il endure une crise cardiaque ; un médecin lui explique qu’un autre combat lui serait fatal. Il décide alors de se ranger définitivement, prend un petit boulot dans la restauration, s’installe avec une strip-teaseuse vieillissante et tente de se lier avec le fils de cette dernière. Mais la perspective d’un dernier affrontement avec son plus grand adversaire, l’Ayatollah, se présente à lui.
 
Avis : Aronofsky nous avait habitués à des mises en scène sophistiquées et brillantes (je suis un grand défenseur de The Fountain). Avec The Westler, il change radicalement de style. Une réalisation épurée, suit au plus près son personnage principal, ancien catcheur ravagé par les coups, les années, les excès et un égo surdimensionné qui l’a éloigné de ses proches. Caméra à l’épaule, Aronofsky filme cette tentative désespérée d’une rédemption, d’un dernier espoir. Au fil de concours minables qui lui permettent de subsister, on découvre par petites touches la misère matérielle et affective dans laquelle Randy s’est installé. Et les ravages qu’il a fait subir à son corps meurtri, au bord de l’implosion. Mickey Rourke  apporte tout le poids de sa propre histoire au personnage, lui donnant une épaisseur insoupçonnable, qui s’exprime dans sa relation aux personnages féminins (sa fille qu’il a longtemps délaissée, une strip-teaseuse qu’il tente de conquérir). Ses nombreux prix d’interprétation obtenus (ou à venir) ne sont pas volés. Et on se prend au jeu de The Westler, de ce portrait brutal, étayé de scènes de catch intenses et d’une musique 80’s bien vue. Au final The Westler ne paie pas de mine mais est foutrement efficace.