CAFE DE FLORE- 12,5/20

Café de FloreRéalisé par Jean-Marc Vallée

Avec Vanessa Paradis, Kevin Parent, Hélène Florent

Synopsis : Il n’est pas facile de dire adieu à ceux qu’on aime ; pour y parvenir, il faut parfois toute une vie – ou deux. Entre le Paris des années 1960 et le Montréal d’aujourd’hui se déploie une vaste histoire d’amour à la fois sombre et lumineuse, troublante et malgré tout pleine d’espoir. Café de Flore raconte les destins croisés de Jacqueline une jeune parisienne mère d’un enfant unique, d’Antoine un DJ montréalais ainsi que des femmes qui l’entourent. Ce qui les relie : l’amour, troublant, maladroit, imparfait et inachevé… humain.

Avis : Après CRAZY, un de mes films favoris, j’attendais ce Café de Flore avec une certaine impatience. Alors non, le nouveau film de Jean-Marc Vallée n’a pas grand chose à voir avec le premier film du réalisateur, si ce n’est une audace formelle indéniable. En imbriquant plutôt judicieusement deux histoires qui n’ont apparemment rien à voir, séparées à la fois dans le temps et l’espace, Vallée suscite une réelle curiosité. D’autant plus qu’il fait preuve d’un style atypique tout personnel qui peut cependant dérouter et même agacer. Musique electro omniprésente (véritable fil rouge du film), ralentis, montage nerveux, successions  de plans courts, aller-retours entre les deux histoires, flash mystérieux comme autant d’indices pour appréhender cette structure complexe … Si le dénouement est un poil décevant et un peu fumeux, l’histoire portée par Vanessa Paradis jouit d’une belle intensité. L’actrice incarne avec force et passion cette mère protectrice et possessive à l’excès et confirme la belle tournure que sa carrière est en train de prendre. Le second pan de l’histoire, au Canada, est plus confus, et on se demande longtemps où le réalisateur veut en venir.

L’ensemble est finalement assez bancal et manque de cohésion pour tenir totalement la route, mais dégage une vraie singularité qui vaut le coup d’être découverte.

SHERLOCK HOLMES 2 : JEU D’OMBRES – 11/20

Sherlock Holmes 2 : Jeu d'ombresRéalisé par Guy Ritchie

Avec Robert Downey Jr., Jude Law, Noomi Rapace

Synopsis : Sherlock Holmes a toujours été réputé pour être l’homme à l’esprit le plus affûté de son époque. Jusqu’au jour où le redoutable professeur James Moriarty, criminel d’une puissance intellectuelle comparable à celle du célèbre détective, fait son entrée en scène… Il a même sans doute un net avantage sur Holmes car il met non seulement son intelligence au service de noirs desseins, mais il est totalement dépourvu de sens moral. Partout dans le monde, la presse s’enflamme : on apprend ainsi qu’en Inde un magnat du coton est ruiné par un scandale, ou qu’en Chine un trafiquant d’opium est décédé, en apparence, d’une overdose, ou encore que des attentats se sont produits à Strasbourg et à Vienne et qu’aux Etats-Unis, un baron de l’acier vient de mourir… Personne ne voit le lien entre ces événements qui semblent sans rapport, hormis le grand Sherlock Holmes qui y discerne la même volonté maléfique de semer la mort et la destruction. Et ces crimes portent tous la marque du sinistre Moriarty. Tandis que leur enquête les mène en France, en Allemagne et en Suisse, Holmes et Watson prennent de plus en plus de risques. Mais Moriarty a systématiquement un coup d’avance et semble tout près d’atteindre son objectif. S’il y parvient, non seulement sa fortune et son pouvoir seront sans limite, mais le cours de l’Histoire pourrait bien en être changé à jamais…

Avis : Sherlock Holmes 2 laisse un peu la même impression mitigée que le premier. Un divertissement enlevé, pétaradant, plutôt amusant et plaisant, mais manquant cruellement de subtilité, d’ingéniosité, de rebondissements et de mystère, un comble pour une enquête inspiré du héros créé par Sir Conan Doyle. On est toujours à des années lumière du mythique «élémentaire, mon cher Watson». Dépoussiéré un classique est une entreprise très louable, mais à condition d’en conserver la substantielle moelle… Alors oui, ça pète de tous les côtés, les scènes d’action et de baston sont inventives et très efficaces, la reconstitution de Londres et Paris de la fin du 19ème sont splendides, mais ça finit par lasser, et on attend la fin avec une certaine impatience. D’autant plus que l’intrigue est plus que faiblarde, ne laissant aucune place aux jeux de dupes, de déduction ou aux twists scénaristiques . L’espace est entièrement occupé par le couple Holmes/Watson, qui montre une belle alchimie, même si les clins d’yeux crypto-gays très, trop appuyés, finissent eux aussi par flirter avec le grand-guignol Mais la plus grosse déception (liée évidemment à la pauvreté du scénario) est la fadeur du personnage de Moriarty, ennemi juré de Holmes, sensé être un génie du crime machiavélique sans scrupule qui fait le mal autant par jeu que par appât du gain. Richie le réduit à l’obscur chefaillon d’une organisation criminelle dont on peine à comprendre les aspirations, sans relief, à peine manipulateur. Il avait pourtant en Jared Harris (Mad Men), un interprète de première classe… Et on sait combien la réussite d’un film peut tenir à la réussite du méchant… Sherlock Holmes se résume donc à un film d’action boursouflé et explosif, porté par le cabotinage d’un couple d’acteurs s’entendant comme larrons en foire.  Ce n’est pas si mal, vous me direz… Mais pour ceux qui espérait un scénario astucieux et déroutant, il faudra repasser…

THE DESCENDANTS – 11,5/20

Réalisé par Alexander Payne
Avec George Clooney, Shailene Woodley, Amara Miller

The Descendants

Synopsis : A Hawaii, la vie d’une famille bascule. Parce que sa femme vient d’être hospitalisée suite à un accident de bateau, Matt King tente maladroitement de se rapprocher de ses deux filles, Scottie, une gamine de dix ans vive et précoce, et Alexandra, une adolescente rebelle de dix-sept ans. Il se demande aussi s’il doit vendre les terres familiales, les dernières plages tropicales vierges des îles, héritées de ses ancêtres hawaiiens. Quand Alexandra lui révèle que sa mère avait une liaison, le monde de Matt vacille. Avec ses deux filles, il part à la recherche de l’amant de sa femme. Durant une semaine essentielle, au fil de rencontres tour à tour drôles, perturbantes et révélatrices, il va finalement prendre conscience que sa principale préoccupation est de reconstruire sa vie et sa famille…

Avis : Avec la chronique douce amère de ce père dépassé par l’accident et le coma de sa femme, Payne tente de mettre en place une petite musique un peu décalée, un peu lancinante, qui entourerait des personnages qui se cherchent et finissent par se trouver.
Cela fonctionnait à merveille dans Sideways, et cette histoire d’amitié virile dans les vignobles américains, mais c’est nettement plus laborieux ici.
La faute sans doute à un sujet plus grave, plus lourd, qui laisse moins de place à une désinvolture forcément moins crédible.
La faute aussi à cette espèce de faux rythme insufflé par une musique hawaïenne qui devient vite insupportable.
La voLonté d’éviter le pathos et la surenchère est très louable, mais à prendre trop de distance avec son sujet, le film finit par laisser indifférent alors qu’il aurait du nous bouleverser.
Une jolie découverte ceci dit. La jeune actrice qui incarne la fille aînée tient la dragée haute à un Clooney sobre, subtil et impeccable de bout en bout.

L’AMOUR DURE TROIS ANS – 13/20

L'Amour dure trois ansRéalisé par Frédéric Beigbeder Avec Louise Bourgoin, Gaspard Proust, Joey Starr

Synopsis : Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que 3 ans. Il a même écrit un pamphlet pour le démontrer mais sa rencontre avec Alice va renverser toutes ses certitudes.

Avis : Chacun appréciera le titre du film (et donc du livre dont il est adapté) à l’aune de sa propre expérience, toujours est-il que Beigbeder prend habilement comme point de départ une donnée universelle et largement partagée. Les hommes et les femmes s’aiment. Plus ou moins bien, plus ou moins longtemps, mais pour chacun l’amour est un, si ce n’est le moteur qui aiguille une vie. Et l’écrivain en joue parfaitement. On aurait pu, connaissant le bonhomme, craindre un pensum intello bobo prétentieux,  hé bien pas du tout. Les bons mots et les traits d’esprit foisonnent sans donner l’impression de vouloir la ramener. Étonnant d’humilité jusque dans la mise en scène qui utilise avec parcimonie les effets hype indé (texte en surimpression, flash back nerveux, montage en accéléré), L’amour dure 3 ans reste concentré sur ce qui est finalement une jolie comédie romantique. Le choix des acteurs est également judicieux, en premier lieu Gaspard Proust en alter ego du réalisateur, mais en moins agaçant. Il laisse de côté le dandisme hautain de l’animal social pour un dilettantisme rêveur légèrement ahuri mais du coup plus attendrissant. En face, Louise Bourgoin fonce, aguiche, crie, pleure, bref en fait des tonnes, mais avec un naturel et une mutinerie désarmante qui en font une des actrices actuelles les plus intéressantes à suivre. Si le film devient un poil répétitif au fil des scènes et ne peut éviter quelques maladresses lorsqu’il s’agit de passer au romantisme et à l’émotion pure, il n’en demeure pas moins très sympathique. Et puis, un film avec Bernard Menez, c’est quelque part déjà fondamentalement touchant…

J. EDGAR – 12/20

J. EdgarRéalisé par Clint Eastwood
Avec Leonardo DiCaprio, Naomi Watts, Armie Hammer

Synopsis : Le film explore la vie publique et privée de l’une des figures les plus puissantes, les plus controversées et les plus énigmatiques du 20e siècle, J. Edgar Hoover. Incarnation du maintien de la loi en Amérique pendant près de cinquante ans, J. Edgar Hoover était à la fois craint et admiré, honni et révéré. Mais, derrière les portes fermées, il cachait des secrets qui auraient pu ruiner son image, sa carrière et sa vie.

Avis : Bénéficiant du classicisme classieux de Eastwood, J. Edgar se présente comme une fresque dense et élégante couvrant toute une vaste époque de l’histoire américaine contemporaine. L’image est magnifique, appuyée dans les flashbacks par une très belle lumière saturée rétro, l’interprétation sans fausse note, le récit dans l’ensemble assez limpide, la réalisation d’une parfaite maîtrise.
Le problème, à mon sens le même que pour Aviator de Scorsese, c’est que les biopics qui ont l’ambition de raconter un personnage de son enfance à son crépuscule ont tant de choses à dire qu’ils finissent par ne plus dire grand-chose. L’abus d’ellipses dilue la complexité du personnage et on devine un homme fascinant plus qu’on ne le découvre.
Autre conséquence, le film pâtit d’un déficit émotionnel, sentiment renforcé par l’évidente réticence de Eastwood à traiter de front la vie privée de Hoover et sa relation ambigüe avec Tolson. Du coup, il semble hésiter en permanence entre se concentrer sur le pan personnel ou professionnel de son héros.
Et comme pour ses derniers films, avec plus (Gran Torino) ou moins (Au-delà) de réussite, Clint accorde une large place à la réflexion sur la vieillesse et la mort, l’accomplissement et l’héritage d’une vie. Le souci cette fois-ci, c’est qu’on voit donc beaucoup les acteurs grimés en vieillards, et qu’on ne peut pas dire que l’effet soit une franche réussite…
En définitive, on aurait voulu ce J. Edgar plus épique, plus audacieux. On reste sur notre faim.
Clint commencerait-il à faire son âge ? Gardons nous de tout jugement trop hâtif… parce que ça ne nous empêche pas de piaffer d’impatience de le voir diriger Beyoncé dans le remake de « Une étoile est néé »….

TAKE SHELTER – 13/20

Take ShelterRéalisé par Jeff Nichols
Avec Michael Shannon (II), Jessica Chastain, Tova Stewart

Synopsis : Curtis LaForche mène une vie paisible avec sa femme et sa fille quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d’une tornade l’obsède. Des visions apocalyptiques envahissent peu à peu son esprit. Son comportement inexplicable fragilise son couple et provoque l’incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l’habite…

Avis : Film paranoïaque, ou plutôt sur la paranoïa, Take Shelter prend son temps pour décrire comment son héros sombre peu à peu dans un délire schizophrène. Peut-être un peu trop d’ailleurs, la première partie du film est un peu longuette… mais là où Take Shelter est remarquablement bien foutu, c’est dans la manière dont Curtis fait face à sa propre maladie, sa peur de s’y perdre complètement, son combat pour l’empêcher de prendre le dessus (si tant est qu’il soit malade…)
Pas d’hystérie, pas de folie outrancière, juste ce bonhomme en proie à ses visions d’apocalypse et qui ne peut s’empêcher d’y voir un funeste présage.
On ressent chez lui l’affrontement intérieur entre sa volonté d’épargner sa famille et sa conviction que ces visions sont prémonitoires, et qu’il doit donc protéger les siens malgré eux.
Michael Shannon livre une interprétation tout en subtilité et en retenu, et élargit un peu plus sa palette d’acteur spécialiste des personnages schizo et borderline. Il impressionne d’autant plus qu’il abandonne totalement les excentricités de Bug, Noces Rebelles ou Runaways (il ne me semble pas l’avoir jamais vu dans un rôle d’homme équilibré), pour incarner sobrement le désarroi de ce père de famille perdu entre imaginaire et réalité. En face de lui, Jessica Chastain fait plus que donner le change, campant sa femme avec grâce et dignité, impuissante et interdite face au mal qui gagne son mari.
Take Shelter finira par flirter avec le fantastique. Assez logique finalement, le genre, hautement métaphorique, traduisant la plupart du temps les peurs et les angoisses paranoïaques d’une époque.

LOUISE WIMMER – 13,5/20

Louise WimmerRéalisé par Cyril Mennegun Avec Corinne Masiero, Jérôme Kircher, Anne Benoit

Synopsis : Après une séparation douloureuse, Louise Wimmer a laissé sa vie d’avant loin derrière elle. A la veille de ses cinquante ans, elle vit dans sa voiture et a pour seul but de trouver un appartement et de repartir de zéro. Armée de sa voiture et de la voix de Nina Simone, elle veut tout faire pour reconquérir sa vie.

Avis : Drame social âpre et pas très attrayant de prime abord, Louise Wimmer vaut plus que ça. En un peu moins de 1h30, on est plongé dans le quotidien de Louise, tombée progressivement dans le désœuvrement après avoir quitté son mari, postulant vainement pour un logement social, et habitant d’ici là dans sa voiture, qui symbolise son dernier ancrage dans la société. Malgré le cercle vicieux de la misère, elle tente par tous les moyens de conserver sa dignité, se bat, garde la tête haute. Ce personnage est incarné avec force et conviction par Corinne Masiero, une révélation. Elle est de tous les plans, la caméra la frôle sans temps mort, l’apprivoise (ou est-ce l’inverse), parfois de manière brutale et sans complaisance. Une héroïne de cinéma grandeur nature.