Séries | PROUD – 16,5/20 | HOUSE OF THE DRAGON S3 – 16/20 | HALF MAN – 11/20

PROUD (HBO) – 16,5/20 : On comprend assez vite pourquoi le jury de Series Mania a récompensé cette série polonaise de deux de ses plus prestigieux prix (Grand Prix international et meilleur acteur). Au-delà de la force de son sujet, Proud est le portrait subtil, nuancé et remarquablement bien construit d’un jeune homme queer confronté à un changement de vie radical, qu’il peut choisir d’embrasser ou non.
C’est l’histoire de Filip, un petit con brûlant la vie par les deux bouts, qui se prend un mur en pleine figure avec la mort de sa sœur, qui élevait seule sa fille encore bébé. Le père de l’enfant ne l’ayant jamais reconnue, Filip décide de l’adopter plutôt que de la confier à une famille d’accueil. Il va très vite se heurter à ses propres limites et à l’homophobie crasse encore très présente dans le pays (on a souvent les poings qui se crispent et le cœur noué).
La réalisation est fluide, vivante, et se permet même quelques effets narratifs accrocheurs (l’épisode 6). La série est forcément politique, mais jamais militante. Elle sait se faire tendre, émouvante, sans jamais être dans le déni de la dureté de la réalité.
Filip gagne en profondeur au fil des épisodes et s’impose comme l’un des personnages gays les plus intéressants vus récemment à la télévision. Son évolution est cohérente, touchante, jamais idéalisée. Ils se font de plus en plus rares à l’écran, il est primordial de les chérir et de les protéger.

HOUSE OF THE DRAGON S3 (HBO) – 16/20 : Cette nouvelle saison démarre de manière dantesque, par la bataille épique et dévastatrice qu’annonçait le final de la saison 2. Si tous les épisodes ne sont évidemment pas aussi spectaculaires, la production value reste impressionnante, en particulier lorsque les dragons apparaissent, avec un vrai glow up par rapport à Game of Thrones.
Il n’y a pas vraiment de creux dans l’intrigue, la série a toujours quelque chose à raconter. Et son ADN est respecté : aucun personnage n’est vraiment certain d’être encore vivant dans l’épisode suivant, quel qu’il soit. Les combats sont brutaux et intenses, la mise en scène toujours très graphique. La quête du Trône de Fer et la guerre fratricide entre les héritiers Targaryen pour la couronne des Sept Royaumes est passionnante, mais étrangement et heureusement assez facile à suivre. Les alliances et les stratégies entre les maisons se mettent assez naturellement en place. Du très grand spectacle, dominé par la performance magistale d’Emma d’Arcy. L’évolution de Rhaenyra, reine contestée, de plus en plus paranoïaque et au jugement altéré par le pouvoir, est fascinante.
Tout est en place pour une dernière saison qui s’annonce mémorable. Il va simplement falloir s’armer de patience : elle n’est pas attendue avant 2028.

HALF MAN (HBO) – 11/20 : Après le phénomène Mon Petit Renne, Richard Gadd signe une nouvelle série tout aussi malaisante. Il raconte la relation toxique entre Niall, jeune homme réservé et timide, et Ruben, personnage brutal et colérique, forcés de cohabiter à l’adolescence. Half Man est construit en flash-back, le mariage de Niall servant de fil rouge pour remonter le temps, de leur adolescence à ces noces auxquelles Ruben n’est visiblement pas le bienvenu. La série est très sombre, l’ambiance glauque, l’atmosphère pesante. Il n’y a pas une once de lumière ou d’espoir qui en émane. Cela pourrait fonctionner si on ne se posait pas constamment la question de la crédibilité de l’histoire. Le personnage de Ruben est trop excessif, violent, c’est un fou furieux. On comprend donc mal l’emprise, pourquoi Niall ne fuit pas, mais insiste et s’enferme dans cette relation (hormis qu’il n’y aurait pas de série sinon…). Trop de réactions n’ont pas de sens, celles de Niall, mais pas que (les petites amies, la justice…). Et les révélations du dernier épisode ne convainquent pas. Half Man est une série d’atmosphère qui explore de manière radicale la masculinité toxique, et c’est perturbant à souhait, mais Gadd pousse les curseurs beaucoup trop loin, au prix de la crédibilité de son histoire.

Cinéma | DE LA COMÉDIE FRANÇAISE – 16/20

De Martin Darondeau, Bertrand Usclat
Avec Pauline Clément, Laurent Stocker, Julien Frison

Chronique : Plongée truculente et trépidante dans les coulisses « du Français » un jour de première, De La Comédie Française est une courte parenthèse cinématographique (1h15) drôle et joyeuse, une petite bulle de fraîcheur en cet été caniculaire.
Remarquablement bien réalisée, notamment lors de quelques plans séquences bien sentis, la comédie repose sur une mise en scène menée tambour battant, vive et ingénieuse, et un rythme qui ne faiblit jamais, sans pour autant épuiser le spectateur. C’est frénétique, certes, mais pas hystérique, les réalisateurs Bertrand Usclat et Martin Darondeau s’appuyant sur un montage au cordeau pour parfaitement orchestrer le chaos.
Dialogues incisifs, personnages parfaitement croqués et immédiatement identifiables, comique de répétition bien exploité, on retrouve la patte de Darondeau et Usclat, auteurs de la pastille humoristique Broute qui détournait les clichés de notre époque et moquait ses travers avec élégance (en étant parfois en dessous de la réalité !).
Au-delà de la pure comédie, De La Comédie Française célèbre aussi l’esprit collectif qui anime la troupe et transcende les individualités. Quels que soient les conditions, les avaries rencontrées, les problèmes personnels de chacun, la pièce doit aller au bout, on n’annule pas au Français. Chaque minute du film crie son amour du théâtre et du spectacle vivant. Il peut pour cela compter sur des comédiens issus de la Maison de Molière créée il y a plus de quatre siècles. Ils ne jouent pas leur propre rôle, mais sans doute ceux de comédiens ou de techniciens qu’ils ont côtoyés. L’homogénéité et l’excellence des performances sautent aux yeux, leur complicité est évidente. Ils s’amusent autant qu’ils font honneur à la qualité d’écriture du scénario. On peut citer Marina Hands, Laurent Stocker, Julien Frison, Adeline D’Hermy ou les participations remarquées de Guillaume Gallienne et Benjamin Lavernhe, mais c’est Pauline Clément qui marque véritablement les esprits. Dans le costume de cette metteuse en scène à l’apparente fragilité, débordée par les catastrophes qui s’abattent sur son Macbeth à quelques heures de l’ouverture du rideau, elle crève l’écran et prend son autonomie après avoir longtemps été la sidekick d’Usclat. César worthy.
À sa manière, De La Comédie Française dévoile un peu des secrets de l’institution tout en la désacralisant malicieusement. Un irrésistible bonbon qui vous laissera le sourire aux lèvres.

Synopsis : Dans 3 heures, Nina dévoile sa première mise en scène à la Comédie-Française. Mais dans l’agitation des dernières répétitions, rien ne se passe comme prévu : retards, coups de stress, problèmes techniques et problèmes d’égo secouent la troupe. Pourtant, Nina n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout car s’il y a bien une règle d’or à la Comédie-Française, c’est qu’on n’annule pas. Commence alors une course contre la montre pour sauver la représentation.

Séries | WIDOW’S BAY – 15/20 | THE BEAR S5 – 14/20 | FROM S4 – 14,5/20

WIDOW’S BAY (AppleTV+) – 15/20 : Widow’s Bay est une excellente surprise, brillant autant par la qualité de sa production que par le mélange de genres détonnant qu’elle nous offre. Comédie, thriller, film d’épouvante et de fantômes, Widow’s Bay navigue habilement entre ces différents registres.
On y découvre un humour noir irrésistible, incarné par l’excellent Matthew Rhys (The Americans, The Beast in Me), et sublimé par le personnage aussi horripilant que touchant de Patricia (Kate O’Flynn).
Il y a un petit côté Shining décalé dans Widow’s bay, c’est parfois complètement absurde, mais ça marche.
Une série grotesque et terrifiante. C’est un grand oui.

THE BEAR S5 (Disney+) – 14/20 : En renouvelant peu ses enjeux, la série a, au fil des années, progressivement perdu de son intérêt.
Cette ultime saison tourne sérieusement en rond dans ses premiers épisodes, tout juste électrisée par un orage démentiel aux airs de catastrophe divine (mais le chaos étant la marque de fabrique de The Bear, on n’est pas vraiment dépaysé). Heureusement, lorsqu’il s’agit, à mi-parcours, de dresser les tables et de servir les clients dans des conditions dantesques, The Bear nous rattrape par le colback puis délivre son moment signature, l’épisode frénétique et virtuose qui vous cloue le bec (bizarrement absent de la saison 4), signant peut-être l’un des meilleurs de la série, aussi intense qu’émouvant. Le final qui suit, plus nostalgique, fait la part belle aux comédiens, leur offrant une jolie sortie méritée.

FROM S4 (Paramount+) – 14,5/20 : From confirme qu’elle est redoutablement bien construite. Quelles que soient les réserves sur la qualité des dialogues, le jeu parfois outrancier de ses acteurs et les effets de mise en scène occasionnellement ridicules, elle nous tient en haleine par je ne sais quel sortilège.
Le scénario de cette avant-dernière saison trouve un bel équilibre entre offrir une résolution, même partielle, à d’anciens mystères et en introduire de nouveaux. Il présente par ailleurs un bad guy absolument détestable, donc génial.
La mythologie de Fromville s’épaissit d’un côté tout en s’éclaircissant de l’autre, cette quatrième saison s’achevant sur de nombreuses situations laissées en suspens. Mais on sent que la fin est proche et qu’on devrait enfin avoir les réponses à nos questions. L’attente risque en revanche d’être longue jusqu’à cette cinquième et dernière saison.

Cinéma | L’ODYSSÉE – 16/20

De Christopher Nolan
Avec Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway

Chronique : Christopher Nolan est toujours parvenu à faire en sorte que sa vision, son imaginaire, s’imposent au matériel dont il s’empare, aussi complexe soit-il. De Memento à Oppenheimer, en passant par Insomnia, Interstellar, Dunkerque ou Inception, il résulte de la plupart des projets Nolaniens une œuvre unique, puissante et mémorable.
En se frottant à L’Odyssée d’Homère, le réalisateur anglais prend le risque de froisser à la fois les spécialistes de l’œuvre elle-même et les historiens de la Grèce antique, tout en titillant une frange réactionnaire et anonyme sur les réseaux sociaux (ça n’a pas manqué).
Loin d’être intimidé, il prend le sujet à bras-le-corps et y insuffle son style opératique, la rigueur de son écriture, tout en restant fidèle au récit légendaire et en s’aventurant sur un terrain de jeu inédit. Grâce à un imparable sens de la narration, Nolan livre une fresque grandiose, un péplum massif et monumental.
Il déroule un récit construit tel un patchwork temporel, faisant constamment des bonds dans l’espace et le temps sans que jamais la compréhension de l’intrigue ne soit mise à mal. Il le doit à l’extraordinaire fluidité de sa mise en scène et à la malice de son montage, brillant et d’une grande intelligence.
On suit avec une attention égale le quasi huis-clos montrant la ronde des prétendants gravitant autour de Pénélope et menaçant Télémaque à Ithaque, 20 ans après le départ d’Ulysse, le long périple forcément épique du héros pour rejoindre son royaume après avoir conquis Troie, sa « captivité » auprès de Calypso à la fin de celui-ci, et la bataille de Troie, elle -même découpée en plusieurs segments. Nolan parvient même à intégrer un petit twist à son scénario (on ne se refait pas) une fois que toutes ces temporalités se seront croisées et rejointes dans un final brutal.
Ce découpage est particulièrement ingénieux car au-delà du fait qu’il ne nous perd ni ne nous ennuie jamais, il met autant en valeur les performances des comédiens en leur permettant de creuser leurs personnages, que l’ampleur de l’imposante direction artistique de Nolan. Le choix créatif de privilégier les décors naturels aux fonds verts contribue largement à l’adhésion du spectateur, mais le réalisateur embrasse aussi pleinement la part fantastique du récit mythologique, une première pour lui, flirtant même avec l’horreur dans l’effrayante scène du Cyclope. Toutes ces escales et les épreuves qu’il y affronte (les géants, Circé – meilleure scène du film, les sirènes, Charybde et Scylla, les Enfers….) sont traitées avec une part de mysticisme (qui peut parfois se travestir en divin) tout en gardant une fort ancrage au réel. Le lyrisme de la mise en scène est appuyé par la bande son vrombissante et entêtante de Ludwig Göransson.
En revêtant la tenue d’Ulysse, Matt Damon endosse sans doute le rôle d’une vie. Le comédien traduit admirablement le sens du sacrifice (le sien et celui de ses hommes), mais plus important encore, le poids de la culpabilité, malgré son devoir accompli (une idée que l’on retrouve régulièrement dans la filmographie de Nolan). On le voit s’abîmer, se tasser, porter sa légende en fardeau.
Pas « heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage », donc… car L’Odyssée est surtout un film de guerre, ou plutôt un film sur les conséquences de la guerre, mortifères, même pour ceux qui triomphent, charriant son lot de traumas sur des générations. Le reste du casting est bien mieux qu’une juxtaposition de stars, chacun incarnant avec conviction et talent son personnage. Anne Hathaway, en Pénélope déterminée et stratège dans l’attente du retour de son époux, a une place au moins aussi importante que le Ulysse de Damon, Tom Holland, tout en sobriété et en gravité, démontre qu’il est un excellent acteur à ceux qui ne l’ont vu que dans Spider-Man (regardez The Crowded Room ou Le Diable, Tout le temps) et Pattison excelle en salopard conspirateur et pleutre (sa carrière prend vraiment une jolie tournure depuis qu’il a arrêté de vouloir être séduisant). Dans des rôles secondaires, John Bernthal, Charlize Theron, Lupita Nyong’o, Zendaya, Samantha Norton ou encore John Leguizamo font valoir leur charisme et apportent leur écot à cet imposant ensemble.
Les seuls reproches qu’on pourrait faire à L’Odyssée sont un léger manque d’émotion, elle n’émerge que dans le dernier tiers, et une sagesse, voire une pudeur excessive lorsqu’il s’agit de faire interagir ses personnages. Si elle s’entend sur ses films conceptuels, cette retenue sied moins à L’Odyssée où le rapport au corps est essentiel et où la dimension charnelle de l’histoire peut difficilement être ignorée.
Ces rares écueils ne sauraient néanmoins remettre en cause l’énorme morceau de cinéma qu’est L’Odyssée.
S’il ne détrône pas Inception, Dark Knight et Memento de mon panthéon Nolan, il se trouve en bonne place à côté d’Interstellar et de Tenet.
En ajoutant une nouvelle œuvre majeure à sa filmographie, et pas la moins risquée, le réalisateur anglais continue ainsi d’écrire sa propre mythologie.

Synopsis : L’Odyssée est une épopée mythique tournée à travers le monde qui suit le retour d’Ulysse vers Ithaque.

Cinéma | IN WAVES – 13/20

De Phuong Mai Nguyen
Avec Lyna Khoudri, Paul Kircher, Rio Vega

Chronique : In Waves suit la récente (et heureuse) évolution du cinéma d’animation qui vise à s’éloigner de la quête du parfait photoréalisme, pour privilégier l’authenticité d’une identité graphique propre. Une tendance qui s’est imposée avec l’Oscar de Spider-Man: Into the Spider-Verse et qui ne cesse, depuis, de s’affirmer.
Adapté d’un roman graphique aux teintes bichromes bleu sépia, le premier long métrage de Phuong Mai Nguyen opte pour des couleurs pastel beaucoup plus vives et une palette définitivement pop. La réalisatrice revient toutefois à l’esthétique épurée de l’œuvre originale lorsqu’elle retrace, par petites parenthèses d’une élégante sobriété, la naissance du surf à Hawaï. Pour raconter l’histoire d’AJ et Kristen, l’animation se fait en revanche bien plus expressive. Entre gouache et aquarelle, le dessin déborde d’énergie et de couleurs dans une mise en scène riche en effets toujours très créatifs.
Le trait, volontairement simple, met en valeur les visages, les corps, il dessine harmonieusement les mouvements. L’animation parvient surtout à traduire la sensation de glisse et de légèreté que procure le fait de flotter sur l’eau et d’être porté par les vagues.
In Waves est par ailleurs d’une grande richesse picturale, proposant entre deux scènes de skate ou de surf de magnifiques tableaux urbains ou naturalistes, tout en faisant preuve d’une épatante inventivité dans ses transitions lorsqu’il s’agit d’enchaîner deux scènes aux styles différents.
Le récit, en revanche, se montre plus conventionnel, passant d’un teen movie très classique à un mélo tire-larmes appuyant assez peu subtilement sur la tragédie ayant frappé la fiancée de l’auteur du roman. Mais le principal écueil du film réside dans ses dialogues, pas assez travaillés pour faire passer cette histoire de la case de BD à l’écran. Et c’est peut-être une conséquence, le doublage français n’est lui non plus pas au niveau de la qualité visuelle du projet, souvent à côté, plat. Cela ne saurait néanmoins enlever les nombreuses qualités graphiques du projet, qui font de In Waves un très beau film d’animation porté par une remarquable direction artistique.

Synopsis : À Los Angeles, AJ, lycéen discret, rencontre Kristen. Elle est passionnée de surf, lui de skateboard et de dessin. Ils tombent follement amoureux ; un avenir heureux se profile. Mais tout bascule lorsque Kristen tombe malade. Ensemble, ils se lancent dans un combat contre l’adversité, portés par la force de leur amour, leurs amis et leur passion désormais commune pour le surf et l’océan.

Séries | LES QUATRE SAISONS S2 – 15/20 | THE TESTAMENTS – 14,5 | FOR ALL MANKIND S5 – 12/20

LES QUATRE SAISONS S2 (Netflix) – 15/20 : Toujours aussi bien écrite, la série s’appuie sur un joyeux esprit de troupe et une évidente alchimie entre ses comédiens. Cette comédie sur le couple et les années qui passent ne perd rien de son mordant, on rie franchement, elle est peut-être moins cynique, moins acrimonieuse mais plus tendre. La parentalité est au coeurs de l’intrigue de cette saison 2 ou Anne se révèle et devient le personnage le plus intéressant. Hâte de tous les retrouver en saison 3!

THE TESTAMENTS S1 (Disney+) – 14,5/20 : Suite directe de Handsmaid’s Tale se déroulant après la libération de Boston qui concluait la série, The Testaments s’observe du point de vue de Agnes, (anciennement Hanna), la fille de June et Luke enlevée enfant au début de la distopie et confiée à la famille du gouverneur McKenzie. Elle prend principalement place dans cette école de jeunes filles où Agnes, désormais adolescente, se prépare à devenir une épouse en apprenant à s’occuper du foyer et du bien-être de son mari, mais pas à lire ni à écrire.
Moins politique que La Servante Ecarlate, mais toujours éminemment féministe, la série reste très efficace dans sa manière de montrer qu’à force d’endoctrinement, un systême peut effacer l’émancipation des femmes, qui restent des objets de désir (caché) et d’asservissement pour les hommes.
L’iconographie est quant à elle toujours aussi soignée, la mise en scène sophistiquée, habillée par des musiques pop enlevées, ce qui rend l’ensemble très agréable à suivre. The Testaments est forcément moins ample que The Handsmaid’s Tale, mais pas moins fort.

FOR ALL MANKIND S5 (AppleTV+) 12/20 : Comme pour chaque nouvelle saison, For All Mankind débute par un fascinant récapitulatif de ce qui s’est passé après le final de la précédente dans l’uchronie créée en 1969, quand l’URSS doublait les Etats-Unis pour marcher sur la Lune. Nous sommes désormais en 2010, un nouvel ordre mondial prévaut, dicté par les conflits répétés entre la Terre et Mars
où s’opposent l’ISN, menée par la Chine, et l’alliance M6 (USA, Europe, URSS…)
Après la conquête de Mars et de ses ressources, la recherche d’une vie extraterrestre est la nouvelle priorité des groupes spatiaux.
Mais cette saison 5 se concentre principalement sur ce qui se passe sur Happy Valley, la base martienne.
Et paradoxalement, alors que la série était rythmée par le gigantisme de la conquête spatiale, elle se transforme en quasi huis-clos en se focalisant sur la révolte du peuple marsien dans les capsules de la base. Cette histoire de mutinerie est assez rébarbative, répétitive dans son récit et étriquée dans sa mise en scène. Elle détourne par ailleurs les personnages du sujet historique (l’espace), et 40 ans ayant passé depuis la saison1, oles figures qui avaient marqué la série disparaissent peu à peu. Il y a toujours un fil conducteur, un héritage, mais il faut aussi faire son deuil de ce et ceux qui nous avaient conquis.
D’une manière générale, la série perd cette saison son pouvoir d’émerveillement et sa capacité à délivrer des shots d’émotions inattendus. On espère temporairement. Certes, la tension monte sur la fin, mais on a quand même l’étrange impression de regarder une autre série.
Cette saison 5 semble souffrir du syndrome de l’antépénultième saison, quand les scénaristes retiennent leurs effets et reservent leur révélations. Une sixième et dernière saison dont l’intrigue nous conduire en 2020 et rejoindra donc le temps réel.
Espérons que le final sera à la hauteur de l’exceptionnel niveau des trois premières saisons!

Cinéma | LA BATAILLE DE GAULLE : J’ÉCRIS TON NOM – 16/20

De Antonin Baudry
Avec Simon Abkarian, Niels Schneider

Chronique : J’Écris Ton Nom, conclusion du diptyque La Bataille De Gaulle, possède toutes les qualités déjà associées à L’Âge de Fer : un souffle romanesque, une mise en scène ample et grandiose transcendée par une musique opératique, une portée pédagogique indéniable mais néanmoins divertissante et un humour décalé qui a cependant tendance à s’effacer au fur et à mesure que De Gaulle se forge une stature d’homme d’État. Le film gagne par ailleurs en lyrisme alors que le conflit mondial s’intensifie et que la France Libre s’étoffe et s’émancipe.
Le scénario prend quant à lui de plus en plus la forme d’un thriller politique et militaire, construit autour de deux grandes figures incarnant l’héroïsme du combat contre les nazis : le général Leclerc qui mène les troupes en Afrique, incarné avec conviction et une autorité insoupçonnée par Niels Schneider, et Jean Moulin qui organise la Résistance dans la France occupée (parfait Félix Kysyl).
Mais c’est surtout l’intransigeance de De Gaulle qui cadence le récit, son refus de toute compromission, de toute décision qui irait à l’encontre de la souveraineté du peuple français. Elle se matérialise à travers la détestation à peine voilée de Roosevelt à son égard et ses nombreuses tentatives pour l’évincer et le remplacer par un pion acquis à la cause américaine, le général Giraud (Thierry Lhermitte, absolument génial). Déjà très convaincant dans L’Âge de Fer, Simon Abkarian gagne encore en crédibilité et pèse énormément dans la réussite du projet.
En faisant le choix hardi de ne quasiment jamais montrer les Allemands, Antonin Baudry se donne la liberté de traiter des sujets peu ou pas évoqués dans les livres d’histoire ou dans les œuvres consacrées au conflit. Comme dans le précédent volet, on apprend beaucoup de choses assez stupéfiantes en regardant La Bataille De Gaulle, notamment les vues impérialistes des Etats-Unis sur la France. Le film évoque notamment le projet de gouvernement militaire de l’armée des États-Unis en France, dont je n’avais personnellement jamais entendu parler, créé dans le but d’administrer la France, ainsi que les futurs vaincus (Italie, Allemagne et Japon), après leur Libération. Il aurait imposé des préfets américains à la tête des départements français ainsi qu’une toute nouvelle monnaie gérée par les USA.
On suit donc les échanges feutrés mais néanmoins tendus entre Churchill, De Gaulle et Roosevelt qui rebattront l’ordre mondial, tout en suivant la percée héroïque des troupes françaises en Afrique et la résistance admirable des civils dans la France occupée.
Ces trois récits, intrinsèquement liés, finissent par converger lors de la Libération de Paris, en août 1944, passage obligé de tout récit consacré à la Seconde Guerre mondiale. Cette séquence constitue pourtant la partie la moins convaincante du diptyque, sans doute parce que ce qui intéresse avant tout Antonin Baudry, ce n’est pas tant l’arrivée de De Gaulle à Paris, déjà vue et revue, que le chemin qui l’y conduit. Il parvient cependant à y ajouter un peu d’émotion grâce à de poignantes images d’archives.
La Bataille De Gaulle est une magistrale fresque historique, audacieuse dans son récit et spectaculaire dans son exécution. Le parti pris narratif de raconter différemment la Seconde Guerre Mondiale en mettant en lumière des passages méconnus est une totale réussite.
Le diptyque entrera aussi sans doute dans les annales du cinéma français grâce à la stratégie de sortie osée et inédite adoptée par Pathé. En proposant les deux parties en salle à moins d’un mois d’intervalle, la prise de risque était grande pour un si gros budget, d’autant plus que les premiers chiffres de L’Âge de Fer étaient désastreux. Et pourtant, un formidable bouche-à-oreille combiné à l’effet « salles climatisées » pendant la canicule, à la Fête du Cinéma et au soutien du Youtubeur le plus influent du pays (Inoxtag), l’ont conduit à un succès aussi retentissant qu’inespéré. Mais amplement mérité.

Séries | SPIDER-NOIR – 14/20 | IMPERFECT WOMEN – 13,5/20 | EUPHORIA S03 – 12/20

SPIDER-NOIR (Prime Video) – 14/20: Après leur époustouflante déclinaison animée de l’homme-araignée (la trilogie Spider-Verse), Lord et Miller continuent de réinventer la franchise Spider-Man et lui apportent un souffle nouveau et singulier avec la série Spider-Noir, dans laquelle ils filment le super-héros arachnéen comme jamais.
Spider-Noir est autant une série de super-héros qu’un hommage (très) appuyé aux films noirs hollywoodiens.
Esthétiquement très sophistiquée, baignée dans un magnifique noir et blanc ou électrisée par des couleurs saturées (c’est au choix, les deux versions sont disponibles), maligne dans sa manière de faire du neuf avec du vieux (dans tous les sens du terme), Spider-Noir est un très bel objet sériel. Il souffre de quelques longueurs et Nic Cage fait parfois son âge, mais c’est globalement un pari réussi.

IMPERFECT WOMEN (AppleTV+) – 13,5/20 : En castant des actrices parmi les plus expressives du secteur (litote), on imagine bien qu’Imperfect Women ne fera pas dans la finesse. Et on n’est pas déçus : Kerry Washington et Elisabeth Moss en font des caisses, lèvres tremblantes et regards assassins en prime. Le drama est à son maximum, avec une intrigue soapy, parfois too much, mais parfaitement addictive. Le scénario multiplie les fausses pistes jusqu’à un twist un peu forcé, mais qui change la nature de la série et la rend moins prévisible que prévu. Pas des plus subtiles, mais bien incarnée, prenante et bien foutue.

EUPHORIA S3 (HBO) – 12/20 : On est sincèrement content de les retrouver après tout ce temps, vraiment. Mais était-ce nécessaire ? Cette saison 3 n’a plus grand-chose à voir avec la série provocante, mais néanmoins ultra pertinente qu’elle était il y a cinq ans. En quittant le lycée, elle perd son regard acéré sur cette jeunesse paumée et désabusée. Euphoria ne sait plus trop quoi faire de ses personnages, alors elle appuie sur leurs traits de caractère au maximum, quitte à flirter avec la caricature. Le rôle de Cassie était bien plus nuancé qu’il ne l’est ici. Elle passe pour une totale idiote. Mais Sydney Sweeney fait le job, tout comme Jacob Elordi malgré un arc narratif WTF (mais amusant) ou Zendaya, dont la Rue agace à bon escient. Mais globalement, les enjeux sont assez pauvres, dilués dans le grand foutoir d’un scénario naviguant entre différents genres (thriller, drama, film de cartel) et s’achevant sur un final vraiment étrange, à défaut d’être émouvant.
Reste que la réalisation est toujours aussi léchée, capitalisant sur une mise en scène riche, une photographie impeccable et une science du plan virtuose. Mais ça ne suffit plus.

Cinéma | BACKROOMS – 14,5/20

De Kane Parsons
Avec Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve

Chronique : En prenant d’assaut le box-office mondial avec un petit film d’horreur malin au budget riquiqui, Kane Parsons, à l’image de Curry Barker (Obsession), a lancé une petite révolution à Hollywood. Le point commun entre ces deux réalisateurs, outre leur jeune âge – 20 ans pour Parsons, est qu’ils ont fait leurs armes sur Youtube.
Mais là où le scénario d’Obsession était plutôt bas du front, Backrooms repose sur un concept fort, inspiré d’une légende urbaine effrayante, les « espaces liminaux », des endroits extradimensionnels composés de pièces vides, semblables à des bureaux abandonnés, mais aux proportions grotesques et habités par des créatures effrayantes et hostiles.
Parsons s’appuie de surcroît sur une caractérisation précoce de ses personnages principaux, ce qui lui permet d’ancrer Backrooms très tôt émotionnellement. Même si c’est un thriller d’épouvante froid et clinique, on s’intéresse sincèrement à Clark, à sa psychologue Mary et à ce qu’ils traversent (littéralement et métaphoriquement). On suit avec fascination ce directeur de magasin partir à la découverte de ce monde labyrinthique caché dans son sous-sol. C’est diablement efficace et intriguant.
Parsons a réussi à convaincre des comédiens chevronnés de le suivre pour son passage du court au long métrage et du petit au grand écran. Chiwetel Ejifor et Renate Reinsve apportent une caution et une crédibilité immédiates au projet par leur implication, la justesse de leur interprétation et leur faculté à traduire le malaise, la peur et le questionnement jusqu’à l’obsession.
Il est évident qu’il y a déjà un savoir-faire dans la mise en scène, brillante, qui capitalise sur le look and feel du début des années 80 pour donner à Backrooms une couleur et une ambiance singulières et déroutantes. Mais c’est le design de ce monde dissimulé qui impressionne le plus, avec ces couloirs déserts asymétriques, ces murs jaunâtres et ces trouvailles visuelles absurdes, jouant constamment sur la perspective. On pense un peu à Dali, beaucoup à Severance, en plus cringe encore.
L’impression de malaise et d’angoisse est renforcée par une musique qui vrille au fur et à mesure que l’intrigue avance.
Si le jeune auteur n’apporte pas de réponse définitive à l’origine de ce lieu et des créatures qui l’habitent, il donne suffisamment d’indices et de pistes pour que le mystère reste pleinement satisfaisant.
Backrooms est bien la sensation annoncée, et prouve que même en empruntant un chemin non conventionnel, mais de plus en plus prisé (Youtube), on peut offrir une proposition de cinéma forte, originale et marquante artistiquement.

Synopsis : Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles.

Cinéma | DISCLOSURE DAY – 07/20

De Steven Spielberg
Avec Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth

Chronique : 20 ans après La Guerre des Mondes, Disclosure Day marque le retour de Steven Spielberg au film d’aliens. Et c’est peu dire que c’est une déception.
Pas grand-chose ne fonctionne dans ce thriller paranoïaque old school, bavard et inconséquent. Et il ne faut pas longtemps avant de s’apercevoir que quelque chose cloche. Les personnages réagissent rarement de manière crédible aux évènements qu’ils vivent, comme s’ils étaient des pantins s’agitant pour tenter désespérément de donner du corps à une intrigue creuse et bancale. Il faut dire que l’enjeu, la révélation ou non de l’existence d’une vie extraterrestre, est faiblard. C’est surtout un sujet qui a déjà été traité maintes et maintes fois, souvent avec bien plus de sens et d’ampleur émotionnelle. Et d’émerveillement, ce dont Disclosure Day est totalement dépourvu. C’est un peu triste quand on pense aux chefs-d’œuvre SF bouleversants de Spielberg (E.T, Rencontres du troisième type).
Le scénario sur-explique un plot ultra simpliste, comme s’il s’agissait d’un film de plateforme qu’on doit pouvoir suivre tout en regardant TikTok sur son téléphone. Il est basique, multiplie les clichés, sans théorie métaphysique, twist surprenant ni concept novateur : Les extraterrestres nous rendent visites depuis un siècle, une société privée – ce sont les méchants – conserve les images de ces rencontres (toutes oui, aucune ne lui échappe), et d’autres individus veulent les divulguer par l’intermédiaire de deux humains « élus » par les aliens quand ils étaient enfants – ce sont les gentils. Les premiers poursuivent naturellement les seconds pour éviter que le commun des mortels ne sache.
Malgré son côté très premier degré, le script parvient à être confus, comme si des pistes narratives avaient été abandonnées en cours de route. Il multiplie les incohérences et les ellipses (pas vraiment volontaires), tout comme les non-sens scénaristiques. Un exemple, le personnage de Colin Firth a le pouvoir de prendre possession du corps de la personne dont il regarde la photo (ne demandez pas pourquoi, ni comment), mais n’en profite pas quand il pourrait justement facilement récupérer ce qu’il cherche depuis le début. On nous présente des artefacts magiques dont il faut accepter les pouvoirs sans plus d’explication (mais qui s’avèreront bien pratiques pour conclure l’histoire), on nous propose quelques flash-backs absurdes et des révélations qui font pschitt. Et entre temps, papy Steven déroule des scènes d’action poussives d’un autre temps et d’un terrible ennui, appuyées par une musique omniprésente et totalement inappropriée.
Difficile dans ces conditions pour les comédiens de défendre des personnages creux et sans consistance. Emily Blunt, Colin Firth et leurs partenaires font ce qu’ils peuvent pour susciter un semblant d’empathie, en vain.
Spielberg livre un blockbuster tristement terne, dénué de magie et déconnecté de son époque.
Disclosure Day est ringard, tout simplement.
Ironiquement, c’est peut-être dans son tout dernier plan que le film devient enfin intrigant.
Un conseil, contentez vous de la bande-annonce, c’est ce qu’il y a de plus d’excitant dans Disclosure Day.

Synopsis : Si tu découvrais que nous ne sommes pas seuls ? Si on te le montrait, te le prouvait, ça te ferait peur ? Les gens ont droit à la vérité. Elle appartient à sept milliards de personnes. Chaque seconde nous rapproche de l’inévitable… Disclosure Day.