Cinéma | LES ENFANTS DES AUTRES – 13/20 | REVOIR PARIS – 14/20

Hasard du calendrier, deux films avec Virginie Efira sont à l’affiche simultanément, l’occasion pour elle de faire une nouvelle fois la démonstration de son talent immense et protéiforme. Son intelligence de jeu, la finesse de ses interprétations et surtout sa capacité de réinvention sont d’autant plus flagrantes quand on regarde deux des ses films coup sur coup. Malgré son omniprésence sur les écrans, on n’ a jamais assez de Efira.

Les Enfants des Autres
De Rebecca Zlotowski
Avec Virginie Efira, Roschdy Zem, Chiara Mastroianni
Chronique : Les Enfants des Autres s’intéresse à la figure de la belle-mère, figure que le cinéma avait jusqu’ici tendance à négliger voir à caricaturer. Efira y est tour à tour pétillante et bouleversante. La réalisatrice saisit avec délicatesse l’inconfort et les frustrations de ce statut bancal, met en lumière le déséquilibre parfois douloureux d’une dynamique à deux quand l’un a un enfant et l’autre non. Efira capture toutes les nuances de cette femme qui cherche sa place dans son propre couple tout en gardant un œil ouvert sur le cadran de son horloge biologique.
L’évidence et l’alchimie du couple qu’elle forme avec Roschdy Zem joue beaucoup dans la véracité du récit, on y croit. Les Enfants des Autres se déroule comme une sorte de thriller romantique (il est d’ailleurs découpé en chapitre), on se demande si et comment le couple va pouvoir surmonter les épreuves qu’il traverse. Hormis une musique un poil envahissante, une réalisation dépouillée et fluide permet de prendre toute la mesure de ce beau drame romantique.

Revoir Paris
De Alice Winocour
Avec Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin
Chronique : Dans Revoir Paris, l’actrice belge est toute en fragilité. Mia, son personnage, tente de se reconstruire après avoir été victime d’un attentat. Bien qu’elle s’en soit sortie sans lourdes blessures physiques, elle souffre d’un traumatisme psychologique profond. Elle ne se rappelle plus de rien.
Lorsqu’elle repasse devant le lieu du drame, commence pour elle un nécessaire travail de mémoire et de résilience.
Ce qui frappe le plus dans Revoir Paris, c’est à quel point le récit sonne vrai, en grande partie grâce à la pudeur de son écriture mais aussi à la représentation très juste des groupes de soutien des victimes. Alice Winocour choisit d’adopter leur point de vue, laissant les attaques et les agresseurs hors champ, pour mieux se concentrer sur le processus de réparation et paver le chemin vers la reconstruction. C’est l’espoir plus que la haine ou le ressentiment qui guide Revoir Paris. La réalisatrice a recours à de subtiles idées de mise en scène comme les apparitions des victimes pour appuyer le trauma, mais toujours discrètement, comme un murmure.
Le film est d’ailleurs tant sur la retenue tout du long, que l’on est saisi par une puissante décharge émotionnelle lorsqu’il finit par dévoiler des sentiments, même simples. Intense.

Séries | SUR ORDRE DE DIEU – 16/20 | SANDMAN S01 – 14/20 | MES PREMIÈRES FOIS S03 – 14/20

SUR ORDRE DE DIEU (Mini-série Disney+) – 16/20

Au cœur des années 80, un meurtre sordide touche une famille très influente de la communauté mormone. L’enquête menée par l’un de ses membres va peu à peu révéler l’existence d’un mouvement fondamentaliste aux préceptes extrêmes, qui réinterprète les écritures originelles pour réhabiliter des doctrines les plus controversées comme la polygamie.
Le très pieux détective, interprété magistralement par Andrew Garfield, va devoir creuser et déterrer des secrets parmi les plus sombres de son église et ne pas vaciller au regard des dérives de certains de ses membres, Son duo avec son collègue amérindien fonctionne particulièrement et sert de révélateur.
La série prend son temps, entre flash backs mettant en lumière la victime (Daisy Edgar Jones, révélation de ces dernières années) et confrontations. L’intrigue minutieusement adaptée du roman éponyme par Dustin Lance Black (Harvey Milk, When we Rise…) captive et horrifie. Bien que menée par deux hommes sur des hommes, l’enquête est vu à travers le prisme des femmes, de leur droit à disposer de leur corps, du libre arbitre. Avec en fond la question des dangers de la primauté de préceptes religieux sur le droit commun. Puissant.

SANDMAN S01 (Netflix) – 14/20

Tiré d’un comic longtemps jugé inadaptable, même par son auteur, Sandman est un défi ambitieux autant que périlleux pour Netflix. Mais c’est une réussite. Le périple de Dream pour sauver le royaume des rêves se drape d’une imagerie Heroic Fantazy dark efficace et visuellement très aboutie. Le teint blafard et la voix grave du anti-héros incarné par Tom Surridge donne le ton de la série. Si on imagine la narration simplifiée par rapport au comic, elle reste suffisamment dense pour ne pas l’édulcorer. Les personnages sont bien dessinés et participent souvent à des histoires qu’on peut penser indépendantes mais qui finissent par se rejoindre et former un monde cohérent et assez enthousiasmant. On espère qu’elle aura rencontré un succès suffisant pour que Netfilx commande une saison 2.

MES PREMIERES FOIS S03 (Netflix) – 14/20

La série feel-good la plus efficace de Netflix, drôle et décomplexée. On adore Devi, on adore la voix-off de McEnroe. On en redemande.

Cinéma | LEILA ET SES FRÈRES – 14,5/20

De Saeed Roustaee
Avec Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Payman Maadi

Chronique : Après le très impressionnant thriller La Loi de Téhéran, Saeed Roustaee filme une fresque familiale rageuse dans la capitale iranienne. Quatre frères un peu pieds nickelés subissent de plein fouet la crise économique de leur pays et sont poussés par leur sœur Leila à se prendre en main et monter leur propre business, et tant pis si ce doit être au détriment de la fierté mal placée de leurs parents.
La mise en scène est tout aussi virtuose et ample que dans son précédent film, le réalisateur enchainant plans admirablement découpés et confrontations aux dialogues tranchants. S’appuyant sur sa technique remarquable, il fait monter la tension au cœur de la famille que les différences de point de vue d’une fratrie qui doit jongler entre honneur, paraître et réalité économique exacerbent. Il livre ainsi quelques scènes mémorables dont un mariage venant couronner le nouveau parrain digne de De Palma ou Coppola et un dénouement puissant.
Roustaee parvient également à croquer magistralement des personnages forts et hauts en couleur, à commencer par les quatre frères bien sûr, solidement écrits, très différents et en même temps complémentaires, mais surtout ce patriarche aux airs de vieux papy dépassé et prêt à tout, malgré son corps vacillant, pour obtenir la reconnaissance que sa famille lui a refusé toute sa vie en le dénigrant constamment, Saeed Poursamimi est époustouflant. Et enfin Leila, dont chaque expression trahit la frustration d’une ambition impossible à assouvir et la volonté d’exister sans avoir voix au chapitre. Chacun constitue une pièce de cette famille au bord de l’explosion, à l’image de son pays, meurtri par la misère, gangréné par la corruption et sclérosé par son conservatisme et le patriarcat.
Dans la lignée du très réussi La Loi de Téhéran, Saeed Roustaee livre un drame familial et social ambitieux, dense et cohérent. Seul bémol, les 2h39 ne se justifiaient sans doute pas.

Synopsis : Leila a dédié toute sa vie à ses parents et ses quatre frères. Très touchée par une crise économique sans précédent, la famille croule sous les dettes et se déchire au fur et à mesure de leurs désillusions personnelles. Afin de les sortir de cette situation, Leila élabore un plan : acheter une boutique pour lancer une affaire avec ses frères. Chacun y met toutes ses économies, mais il leur manque un dernier soutien financier. Au même moment et à la surprise de tous, leur père Esmail promet une importante somme d’argent à sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain, la plus haute distinction de la tradition persane. Peu à peu, les actions de chacun de ses membres entraînent la famille au bord de l’implosion, alors que la santé du patriarche se détériore.

Séries | BETTER CALL SAUL S06 – 18/20 | FOR ALL MANKIND S03 – 17/20 | LOOT S01 – 13/20

BETTER CALL SAUL S06 (Netflix) – 18/20

Un final en apothéose pour Better Call Saul et une conclusion parfaite. Bénéficiant toujours d’une cinématographie à tomber et d’une science du montage fascinante, cette ultime saison embrasse toute la complexité de Jimmy / Saul / Gene, qu’elle explore sur trois temporalités, dont celle concomitante avec Breaking Bad, évoqué pour la première fois.
On est au cœur de la transformation de McGill en Goodman. La série a pris son temps pour y arriver, le chemin a été admirablement pavé pour faire de ce dénouement une évidence.
C’est la fin d’une licence d’une incroyable densité narrative, d’une rigueur artistique rare alliée à une créativité constante. Et deux acteurs étincelants, la série étant autant celle de Bob Odenkirk (Saul) que de Rhea Seehorn (Kim). Better Call Saul a dépassé sa grande sœur Breaking Bad. Qui l’eut cru? Un sans-faute de bout en bout.

FOR ALL MANKIND S03 (AppleTV+) – 17/20

L’une des séries les plus ambitieuse, accrocheuse, audacieuse de ces dernières années revient pour une 3ème saison. Et elle s’avère de plus en plus passionnante alors que l’uchronie rattrape le temps réel. Nous sommes maintenant au milieu des années 90, régies par ordre géopolitique qui n’a évidemment rien à voir avec celui qu’on a «  »vraiment » » connu à cette époque. Ici, la guerre froide fait encore rage et la bataille pour Mars commence.
Au-delà d’une production-value époustouflantes et des images à couper le souffle, For All Mankind continue de développer des personnages amples et complexes à qui elle offre des destins bigger than life. Car à travers l’uchronie, c’est notre monde et notre époque qui sont aussi scrutés.
Si la saison commence doucement, elle vous happe par un twist ou un moment de tension qui vous scotche à votre siège pour ne plus vous lâcher. Vite la suite et les années 2000!

LOOT S01 (AppleTV+) – 13/20

La femme d’un start-upeur milliardaire s’aperçoit de l’infidélité de son mari, divorce et hérite de la moitié de sa fortune… ainsi que d’une organisation humanitaire ! Sa volonté d’abord dilettante d’en prendre la direction va progressivement considérablement modifier sa vision du monde…
Loot joue avec brio sur le décalage social et le choc des cultures. Elle révèle le fabuleux tempo comique de Maya Rudolf, hilarante non-stop. Il fallait lui donner une série, et Loot est parfaite pour elle. A ses côtés, c’est un plaisir de retrouver MJ Rodrigez (Pose) dans une série comique.
Une série qui a du chien et du cœur, un peu à l’image de Ted Lasso, la référence sur AppleTV+

Séries | WESTWORLD S04 -14,5/20 | ONLY MURDERS IN THE BUILDING S02 – 14/20 | SUPER PUMPED – 12/20

WESTWORLD S04 (OCS) – 14,5/20

Une réinvention en forme de renaissance. Alors que les derniers épisodes de la saison 3 avaient déçu et que la série semblait tourner en rond, Westworld parvient à rebooter sa matrice et à se renouveler en profondeur. Et cela tout en gardant l’idée d’une structure temporelle éclatée et en continuant à jouer avec son spectateur en lançant des fausses pistes.
Cette saison 4 s’avère être l’antithèse de la saison 1, son négatif. Et un négatif réussi.
En prenant fréquemment des virages narratifs radicaux, les créateurs Nolan et Joy prennent le risque de nous perdre en route, mais ça vaut le coup de s’accrocher et d’attendre le grand final qui aura lieu la prochaine saison.

ONLY MURDER IN THE BUILDING S02 (Disney+) – 14/20

OMITB gagne encore en sympathie dans sa saison 2, le charme un peu vintage des séries à l’ancienne opère toujours aussi bien. C’est aussi amusant qu’intriguant et s’appuie sur de nouveaux personnages très bien écrits ainsi que sur une enquête largement à la hauteur de la précédente.
La parfaite série « mine de rien ». Et joli clifhanger pour annoncer la saison 3 !

SUPER PUMPED Mini-série (Canal+) – 12/20 Et encore une série sur un créateur de start-up visionnaire (ici Uber), dont l’ego surdimensionné va venir entacher son indéniable réussite. Les récentes séries Wecrashed (AppleTV+) et The Dropout (Disney+) ne racontaient pas autre chose.
Le récit très linéaire et l’écriture didactique ne font pas émerger Super Pumped, dont les seules tentatives créatives de mise en scène sont des incrustations de texte un peu cheap. En revanche, la série repose pleinement sur l’impeccable prestation de Joseph Gordon Levitt en petit con prétentieux, brillant mais trop orgueilleux pour voir quand il fonce dans le mur.
Reste un regard intéressant sur les cultures d’entreprise toxique pre-#metoo, sans doute le pan le plus intéressant de la série, mais le moins approfondi malheureusement.

Cinéma | NOPE – 14,5/20

De Jordan Peele
Avec Daniel Kaluuya, Keke Palmer, Steven Yeun

Chronique : Après Get Out et Us, Jordan Peele surprend et séduit à nouveau avec Nope et son pitch énigmatique.
Installant progressivement une intrigue aussi barrée que mystérieuse, le réalisateur multiplie les pistes narratives et expose minutieusement la richesse de son univers.
Tout en dévoilant petit à petit ce qui se passe réellement au-dessus du ranch des Haywood, il démontre une nouvelle foi tout le brio de sa mise en scène, terriblement efficace, mêlant l’imagerie du Far West et les codes de la science-fiction qu’il détourne pour livrer un survival unique et singulier. Sans oublier de faire preuve d’humour (souvent par l’ironie), Peele crée surtout une tension qui va monter crescendo, s’appuyant sur des plans inventifs et impactant, qui utilisent parfaitement le mouvement et l’espace dont il dispose.
Un blockbuster tendu et atypique dans lequel Peele partage sa vision de l’industrie du spectacle, de ce que certains sont capables de risquer pour un scoop, pour être vus par le plus grand nombre, accéder à la célébrité ou plus prosaïquement engranger le plus de profit.
Aussi inquiétant qu’intriguant, Nope confirme l’ampleur du talent et de la personnalité du réalisateur et révèle une actrice électrique, Keke Palmer.

Synopsis : Les habitants d’une vallée perdue du fin fond de la Californie sont témoins d’une découverte terrifiante à caractère surnaturel.

Séries | EN THÉRAPIE S02 – 15/20 | UNCOUPLED S01 – 14/20 | UMBRELLA ACADEMY S03 – 09/20

EN THERAPIE S02 (ARTE) – 15/20

Comme pour annoncer un nouveau départ, cette deuxième saison commence hors du cabinet. Tout en restant proche des patients du docteur Dayan, la série s’ouvre un peu sur l’extérieur, donnant au psychologue (et donc à son interprète Frédéric Pierrot, parfait) un rôle plus dynamique.
Les échanges et la progression des différentes thérapies, couplés à l’introspection de Dayan, tout est passionnant. Le nouveau cast fonctionne d’ailleurs immédiatement, il est plus attachant que le précédent, moins dans la colère. Jacques Webber est impressionnant, Eye Haïdara traduit à merveille la complexité de son personnage et Charlotte Gainsbourg est d’une infinie justesse.
Un joli voyage de 36 séances, qui s’apprécie sur la durée.


UNCOUPLED S01 (Netflix) – 14/20

Par le créateur de Sex and the City, une série fun, légère, sexy… et gay !
Bien que très classique dans son exécution, Uncoupled apporte avec un humour mainstream sa pierre à l’édifice de la représentativité LGBT à la télé. On est très loin de l’engagement de séries plus communautaires comme Queer as Folk, Banana/Cucumber ou It’s a Sin, mais le fait qu’une série Netflix reprenant les codes de shows parmi les plus populaires du petit écran ait des homos (même chics, même riches) en personnages principaux est forcément un excellent signal, comme l’était Love Victor sur Disney+.
D’autant plus qu’elle nous permet de retrouver Neil Patrick Harris dans un rôle de comédie à sa mesure. Son duo avec Tisha Campbell fonctionne très bien. Un crowd-pleaser parfait pour l’été.


UMBRELLA ACADEMY S03
(Netflix) – 9/20

En sauvant la monde la saison précédente, les membres de la famille Hargreeves ont ouvert une faille temporelle. Les voilà maintenant dans une timeline où un autre clan a remplacé la Umbrella Academy. Après le voyage dans le temps, les timelines parallèles sont donc au cœur de l’intrigue, mais malheureusement, ce thème a semble-t-il moins inspiré les scénaristes…
Ça tourne très rapidement en rond, tourne en boucle, si bien qu’on ne comprend pas bien où ils veulent en venir. Les personnages ne progressent pas, en deviennent agaçants, d’autant que le jeu des acteurs est assez inégal. Une saison désincarnée, décevante et inutile. Si saison 4 il y a, ce sera sans doute sans moi. « 

Cinéma | THOR : LOVE AND THUNDER – 05/20

De Taika Waititi
Avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Christian Bale

Chronique : Mais qu’arrive-t-il au MCU ? Jusqu’à l’acmé que représentait Avengers Endgame, Marvel Studio parvenait à conférer à chacun de ses films une singularité, un sincérité même, qui les rendait au mieux passionnant, au pire intéressant. Ils étaient certes soumis à un cahier des charges stricte, mais savaient s’en servir pour délivrer des divertissements haut de gamme portés par des acteurs et des réalisateurs prestigieux. C’était plus ou moins réussi, mais c’était cohérent.
Mais depuis Engame, la machine s’enraye. Les films sont soit mal écrits soit anecdotiques (Black Widow, Shang Shi, Eternals, Strange 2), les effets spéciaux bâclés, souvent ratés et laids, les sous-textes inexistants ou opportunistes. Ils ne racontent plus grand-chose, de peur de trop en dire sur la suite (où tout doit rester possible) ou de contredire l’existant.
Avec Thor : Love & Thunder, le MCU touche le fond. Pourtant, je suis très client de l’humour absurde et décalé de Waititi, même quand il va très loin dans What we do in The Shadows. Même son Ragnarok parvenait à trouver un équilibre entre le respect de ses personnages, une intrigue correcte et le style du réalisateur. Mais Love & Thunder donne l’impression de n’avoir à foutre de pas grand-chose. L’écriture est lourdingue, l’humour tombe régulièrement à côté, le scénario est idiot alors qu’il dispose pourtant d’un solide bad guy. Mais son origin story exposée en 10 minutes barbantes au début du film donne un sérieux indice sur le fait qu’il n’aura pas le droit à un développement des plus fins… Ce nouveau Thor n’a ni queue ni tête, mais pire, il est totalement dépourvu d’âme. Il ne réussit qu’à être la caricature de ce qu’il cherche à être. Les quelques enjeux dramatiques que Waititi essaie de développer entre deux vannes ratées arrivent comme des cheveux sur la soupe et sont expédiés comme des passages obligés et presque honteux, sans être sauvés par une exécution spectaculaire.
La majorité des plans du film se résument en une bouillie numérique immonde, des scènes d’action dégueulasses, mal chorégraphiées et illisibles. Et on ne parlera pas du côté bien pratique d’avoir des personnages divins qui peuvent se téléporter à n’importe quel endroit de l’univers en 30 secondes. Coté scénario, ça simplifie pas mal le boulot quand même…
La gêne semble même gagner Chris Hemsworth par moment, alors que Natalie Portman est clairement de retour pour renflouer son compte en banque après quelques projet indés peu lucratifs.
En résumé, on s’ennuie ferme devant un écran qui dégueule de couleurs criardes et un récit aussi bordélique que vain. Sans doute le pire film du Marvel Cinematic Universe, qui arrive après une suite de faux-pas. Un MCU qui ne semble plus capable de raconter quoique ce soit d’intéressant et avoir clairement atteint les limites de son modèle. Créatif j’entends, les dollars, eux, continuent de remplir confortablement les caisses.

Synopsis : Alors que Thor est en pleine introspection et en quête de sérénité, sa retraite est interrompue par un tueur galactique connu sous le nom de Gorr, qui s’est donné pour mission d’exterminer tous les dieux. Pour affronter cette menace, Thor demande l’aide de Valkyrie, de Korg et de son ex-petite amie Jane Foster, qui, à sa grande surprise, manie inexplicablement son puissant marteau, le Mjolnir. Ensemble, ils se lancent dans une dangereuse aventure cosmique pour comprendre les motivations qui poussent Gorr à la vengeance et l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard.

Cinéma | BULLET TRAIN – 13/20

De David Leitch
Avec Brad Pitt, Joey King, Aaron Taylor-Johnson

Chronique : Un déchaînement de bastons et de fun à bord du Tokyo-Kyoto, voilà ce que propose Bullet Train, comédie d’action portée par une Brad Pitt en grande forme et une troupe de comédiens qui semble s’amuser tout autant. Si on frôle l’hystérie par moment, le film de David Leitch peut s’appuyer sur des punchlines efficaces et une construction en poupées russe intrigante.
Le voyage s’interrompt ainsi fréquemment pour raconter de petites histoires plus sanglantes les unes que les autres, et qui finiront par se répondre (ou pas) dans le train. Si toutes les backstories ne fonctionnent pas et qu’il ne faut pas être trop à cheval sur la logique et le réalisme des intrigues, la construction du film en gigogne est plutôt bien fichue et réserve quelques surprises. Déroulant son récit pop et frénétique au son d’un BO disco énervée, Bullet Train est un magnifique terrain de jeu pour ses acteurs, Brad Pitt en tête, on l’a dit, mais aussi Joey King, la révélation du film, et le duo Aaron Taylor-Johnson / Brian Tyree Henry dont la complicité est aussi évidente que leurs noms sont compliqués. La mise en scène est à l’image du film, exubérante et parfois excessive, mais pleine d’énergie. Ajoutons que les scènes d’action sont dans l’ensemble bien chorégraphiées et plutôt lisible malgré les contraintes du huis-clos. Leitch n’a jamais caché s’inspirer du cinéma de Tarantino, il lui emprunte quelques codes graphiques, la cool attitude et les giclées de sang, mais n’approche jamais, ni de près, ni de loin, son génie narratif. On retrouve en revanche l’humour potache et décalé et la violence outrée d’un Deadpool dont Leitch a réalisé le 2ème opus. Au final, Bullet Train s’avère être un vrai bon divertissement estival, qui prouve que le genre peut encore exister en dehors des licences installées.

Synopsis : Coccinelle est un assassin malchanceux et particulièrement déterminé à accomplir sa nouvelle mission paisiblement après que trop d’entre elles aient déraillé. Mais le destin en a décidé autrement et l’embarque dans le train le plus rapide au monde aux côtés d’adversaires redoutables qui ont tous un point commun, mais dont les intérêts divergent radicalement… Il doit alors tenter par tous les moyens de descendre du train.

Cinéma | AS BESTAS – 16/20

De Rodrigo Sorogoyen
Avec Marina Foïs, Denis Ménochet, Luis Zahera

Chronique : Thriller rural haletant et tétanisant, As Bestas se révèle être aussi un drame familial d’une surprenante profondeur. Rodrigo Sorogoyen construit son film autour de l’animosité que peuvent susciter de nouveaux arrivants dans un environnement refermé sur lui-même. Ici un couple de néo-agriculteurs français récemment installé en Galice. Les conflits vont se cristalliser autour d’un désaccord entre les anciens du village et le couple sur l’installation d’éoliennes (et de l’argent qui va avec). Les relations avec la famille voisine, deux frères célibataires rustres et brutaux vivants avec leur mère, vont s’envenimer jusqu’à rendre la situation invivable.
La manière dont le réalisateur espagnol gère la montée en tension pour atteindre un climax étouffant, quasi irrespirable est épatant. A travers sa mise en scène sharp, sèche, d’une précision d’orfèvre mais jamais ostentatoire, il installe progressivement une atmosphère pesante et menaçante. Grâce à sa gestion parfaite des ellipses, il maitrise le temps qui passe, le fait ressentir à son spectateur sans qu’il le subisse. Aidé par la finesse et l’authenticité des dialogues et de regards qui en disent parfois encore plus long, il capture avec une précision terrifiante le harcèlement dont sont victimes Antoine et Olga, le climat malsain qui s’empare de ce petit village et transforme un cadre de vie en apparence apaisant en cauchemard. Les performances des acteurs, que ce soit Marina Foïs (dans un de ses meilleurs rôles) Denis Ménochet ou les Espagnols Luis Zahera et Diego Anido, n’y sont pas évidemment pas étrangères. Ils dégagent tous une véracité qui vous prend aux tripes et se matérialise notamment en deux plans-séquence monstrueux, l’un autour d’une bouteille d’eau de vie et l’autre dans une cuisine. Des moments forts, de pur cinéma.
As Bestas prend alors parfois des airs de Deliverance, parcouru par le sentiment que n’importe quoi peut arriver n’importe quand. Eprouvant, anxiogène, il éreinte, fascine et passionne jusqu’à son dénouement. Une acuité féroce et une maîtrise totale.

Synopsis : Antoine et Olga, un couple de Français, sont installés depuis longtemps dans un petit village de Galice. Ils ont une ferme et restaurent des maisons abandonnées pour faciliter le repeuplement. Tout devrait être idyllique mais un grave conflit avec leurs voisins fait monter la tension jusqu’à l’irréparable…