De Géraldine Nakache
Avec Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié
Chronique : Le dernier film de Géraldine Nakache n’a rien d’une comédie. C’est un drame domestique éprouvant, qui vous garde en permanence sous tension et dont on sort lessivés.
La réalisatrice raconte l’histoire toxique qui va lier Gil à Jacques à travers un récit faisant l’aller-retour entre deux périodes, d’un côté les premiers mois de leur relation, scellés par la grossesse de Gil, et de l’autre le moment où Gil souhaite reprendre le travail cinq ans plus tard. Cette ellipse permet à Nakache de mettre en lumière les mécanismes de l’emprise et ses conséquences, mais aussi le chemin parcouru par celle qui en est victime.
La réalisatrice filme avec une clairvoyance et une précision épatante la manière dont un homme peut corrompre le sentiment amoureux pour prendre en otage une relation. On voit dans le regard et les attitudes de Gil des mécanismes de défense et d’isolement se mettre en place, vis-à-vis de ses proches ou dans son environnement professionnel. Si tu penses bien montre comment Jacques œuvre pour garder le contrôle, la plupart du temps de manière insidieuse : sa manière de souffler le chaud et le froid, d’humilier avant de cajoler, de se victimiser en permanence, de construire un sentiment de dépendance affective mutuelle, d’instrumentaliser leur enfant ou encore de sous-entendre sournoisement qu’il pourrait couper les vivres. S’il se garde bien de la frapper, la violence psychologique est tout aussi traumatisante, ce qui ressort très bien de dialogues et de situations très justes. On pense à cette scène révoltante à la maternité, ou encore lorsqu’après un geste brusque, Jacques hurle à Gil : « J’allais pas te frapper, imbécile ! ». Glaçant.
Jacques entretient également la dépendance de son épouse à travers une interprétation dévoyée de la religion (ici le judaïsme, mais cette histoire pourrait se décliner chez les catholiques ou les musulmans). Ce point est intéressant, car si la religion renforce le cadre patriarcal dans lequel Gil évolue (Géraldine Nakache, avec seulement une ou deux répliques, rend lumineuse la faible considération accordée à la parole des femmes), c’est aussi pour elle une source de réconfort et un salut potentiel, car c’est un monde dans lequel Jacques la laisse évoluer en (quasi) autonomie.
Monia Chorki porte dignement et magnifiquement le parcours de Gil sur ses épaules et rend grâce à sa résilience à travers son visage inquiet. Elle encaisse, cède parfois mais ne fait jamais de Gil une victime. Bien qu’elle montre ses faiblesses et les failles dans lesquelles Jacques s’engouffre, elle lui confère une forme de lucidité guerrière, comme pour expliquer que la volonté seule ne suffit pas pour s’en sortir et que la situation est bien plus complexe. Niels Schneider campe quant à lui un salop magnifique. Il avait déjà montré d’excellentes dispositions pour les rôles de pervers narcissique dans Un amour impossible ou la série D’argent et de sang, mais là, il est criant de vérité, c’en est troublant.
Géraldine Nakache dit avoir mûri et travaillé sur Si tu penses bien pendant plus de cinq ans. Ça se voit. Et se ressent. Son film est certes chargé mais jamais larmoyant, empreint de pudeur, de nuances et de vérité. Ce passage au drame est un très bel accomplissement
Synopsis : Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Mais l’intensité des débuts laisse place à une relation où elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu’à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle qu’il exerce sur sa vie…









