TOUTE PREMIERE FOIS – 13,5/20

Toute première foisRéalisé par Noémie Saglio, Maxime Govare
Avec Pio Marmai, Franck Gastambide, Camille Cottin

Synopsis : Jérémie, 34 ans, émerge dans un appartement inconnu aux côtés d’Adna, une ravissante suédoise aussi drôle qu’attachante. Le début dʼun conte de fées ? Rien nʼest moins sûr car Jérémie est sur le point de se marier… avec Antoine.

Avis : Comédie moderne, enthousiasmante, sexy et décomplexée, Toute première fois se juge à l’aune des nouvelles références du genre comme le formidable Les Gazelles ou l’étonnant Baby-Sitting, qui parviennent à franciser avec culot les codes des meilleures comédies US. Le film se réclame très légitimement de cette lignée-là.
Tout première fois fonctionne parce qu’il pose tout de suite les enjeux, présente des personnages immédiatement identifiables et attachants, intéresse dès la première scène.
On peut être sceptique sur la crédibilité du sujet. Mais au fond si c’est improbable, ce n’est pas impossible. Le scénario a d’ailleurs conscience de cette limite et en joue assez intelligemment grâce à une construction rigoureuse et concise, sans temps mort. Au passage, on ne débattra pas sur le fait qu’un homo qui vire sa cuti ça donne une comédie et l’inverse un drame, l’important reste que l’on y croit et qu’on s’amuse gaiment.
Car oui, c’est très drôle, mais sans jamais être poussif ni forcé. Les vannes percutent naturellement, les dialogues sont incisifs et on est souvent cueillis par quelques saillies drolatiques du meilleur effet.
Toute première fois évite ainsi l’écueil du mauvais goût et limite les clichés en y ajoutant une bonne dose d’humanité, incarnée par des interprètes au top. Le charme et le jeu posé et fin de Pio Marmaï sont désarmants, Franck Gastambide est hilarant, et les personnages secondaires sont loin d’être négligés, ils sont au contraire très bien construits et existent malgré leur peu de temps à l’écran (excellents parents soixante-huitards, magique Camille Cottin, bien plus qu’une Connasse).
De plus, si la réalisation n’a rien de révolutionnaire, elle est enlevée et dynamique, appuyée par une BO rock-folk séduisante avec, cerise sur la pièce montée, une reprise de Katy Perry par M en guise de dessert. Si la fin un peu convenue dans sa forme déçoit, cela ne suffit pas à altérer le plaisir que suscite cette comédie dans l’air du temps, gonflée et astucieusement construite.

LES NOUVEAUX SAUVAGES – 12/20

Les Nouveaux sauvagesRéalisé par Damián Szifron
Avec Ricardo Darín, Oscar Martinez, Leonardo Sbaraglia

Synopsis : L’inégalité, l’injustice et l’exigence auxquelles nous expose le monde où l’on vit provoquent du stress et des dépressions chez beaucoup de gens. Certains craquent. Les Nouveaux sauvages est un film sur eux.

Avis : Comédie féroce et énervée, Les Nouveaux Sauvages séduit autant qu’il agace par son excentricité, sa vulgarité assumée et son cynisme sur la nature humaine. Le postulat de chacun des sketchs est que chaque individu a en lui une part animal, une violence contenue qui ne demande qu’à exploser lorsqu’il est entouré de connards (n’ayons pas peur des mots). Le discours est limite, pas loin du populisme, suggérant presque que cette violence se justifie (ben oui, y’a tellement de cons, comment voulez-vous qu’on reste calme). On a donc vu plus élaboré comme analyse sociologique, mais il permet au réalisateur de s’en donner à cœur joie dans la surenchère et l’excès et de se lancer en roue libre à partir d’idées de départ assez simplistes. Comme tout film à sketch, c’est inégal et entre les deux excellents segments de début et de fin, le film subit de sérieuses baisses de régime que l’énergie insufflée par la mise en scène frénétique de Szifron ne parvient pas toujours à combler. Les situations souvent poussées jusqu’à la caricature entache parfois la crédibilité des protagonistes et leur potentiel comique. Le trop est l’ennemi du bien en quelque sorte.
On retiendra surtout le sketch introductif, court et tranchant et le segment de fin, un mariage qui vire au cauchemar. C’est la fable la plus complexe et la moins manichéenne, aux rebondissements les moins attendus et aux personnages les plus construits. Il s’agit par conséquent du passage le plus drôle et qui bénéficie en outre d’une mise en scène plus aboutie et plus affirmée. Les autres histoires ne brillent en effet pas par leur réalisation, la plupart du temps assez quelconque.
Satire déjantée pas toujours très finaude, Les Nouveaux Sauvages est avant tout une bouffonnerie excentrique et décapante qui ne se fixe pas de limites. C’est aussi un peu la sienne…

FOXCATCHER – 14,5/20

FoxcatcherRéalisé par Bennett Miller Avec Channing Tatum, Steve Carell, Mark Ruffalo

Synopsis : Inspiré d’une histoire vraie, Foxcatcher raconte l’histoire tragique et fascinante de la relation improbable entre un milliardaire excentrique et deux champions de lutte.

Avis : Benett Millet s’empare avec Foxcatcher d’un fait divers sinistre pour délivrer une puissante et dérangeante peinture de personnages borderline, une valse malsaine et mortifère menée par des hommes engoncés dans leurs névroses. Une histoire d’emprise psychologique, de manipulation perverse, un thriller mental minimaliste capturé par une mise en scène glacée magistrale (Prix Cannois, une évidence), Foxcatcher fascine par la précision redoutable avec laquelle il dépeint les rapports baisés qui lient les trois protagonistes. Jouant sur les ellipses, fuyant toute extravagance, le réalisateur aligne des plans qui émerveillent ou terrifient avec une virtuosité qui ne se perd jamais dans l’ostentatoire, capte des regards qui suggèrent plus qu’ils n’imposent. N’hésitant pas à allonger les scènes, misant habilement sur les silences ou le bruit (ou son absence), Miller installe progressivement ce climat anxiogène, met en place son petit théâtre macabre dont le dénouement pourtant connu reste profondément choquant.

Parce que le gros travail au préalable du réalisateur sur ses personnages dérangés nous conduit doucement à ce point d’orgue dramatique. Pas comme dans un fauteuil cependant, Foxcatcher est à l’image du trio, pas forcément aimable. Leurs motivations troubles distillent un malaise constant, les dialogues sont chiches, les visages fermés. Si bien qu’on devine plus que l’on nous présente la complexité et les déséquilibres psychotiques des personnages, et principalement de John du Pont, héritier mégalo et narcissique que l’ambition et les frustrations conduisent à exercer une emprise pernicieuse sur Mark, à la fois psychologique et financière. Ses raisons ne sont pas explicitement dévoilées, mais si on ne peut nier une dimension sexuelle, on perçoit surtout un œdipe dévastateur chez de Pont, une volonté jusqu’au boutiste de prouver à sa mère qu’il n’est pas le raté qu’elle voit en lui. Le dégoût de soit comme justification à l’horreur.

On ne saurait trop louer la performance mesuré d’un Steve Carell métamorphosé pour incarner ce despote pourri d’orgueil et terrifiant de névroses, mais il serait injuste de ne pas relever celle de Channing Tatum, acteur caméléon audacieux et sous-estimé, qui campe, mâchoire serrée et démarche pataude, ce lutteur massif et simplet pris dans un piège dont il n’arrive pas à s’extraire. Le film est à l’image de ses personnages, peu aimable, pas immédiatement accessible. Le spectateur ne se trouve jamais en empathie avec eux, ce qui rend l’adhésion peu évidente, tout comme les longueurs qui servent néanmoins à les cerner. Foxcatcher est ce qu’on pourrait qualifier de feel bad movie, avec son rythme lancinant et oppressant, et son ambiance étouffante. On est très loin d’un divertissement léger, et peut parfois sortir du récit, ce qui peut constituer sa limite. Ceci dit, sa construction est sa force et il n’aurait pas cette portée sans cette mise en scène exigeante.

Foxcatcher est aussi et surtout un nouveau témoignage des dérives du rêve américain, une nouvelle charge politique qui fait écho au récent A most violent Year. En se regardant dans le miroir, Oncle Sam en prend une nouvelle fois pour son grade.

LES SOUVENIRS – 13/20

Les SouvenirsRéalisé par Jean-Paul Rouve
Avec Michel Blanc, Annie Cordy, Mathieu Spinosi

Synopsis : Romain a 23 ans. Il aimerait être écrivain mais, pour l’instant, il est veilleur de nuit dans un hôtel. Son père a 62 ans. Il part à la retraite et fait semblant de s’en foutre. Son colocataire a 24 ans. Il ne pense qu’à une chose : séduire une fille, n’importe laquelle et par tous les moyens. Sa grand-mère a 85 ans. Elle se retrouve en maison de retraite et se demande ce qu’elle fait avec tous ces vieux.
Un jour son père débarque en catastrophe. Sa grand-mère a disparu. Elle s’est évadée en quelque sorte. Romain part à sa recherche, quelque part dans ses souvenirs…

Avis : Jolie surprise que ces Souvenirs. Jean-Paul Rouve adapte avec délicatesse et humour le roman de Foenkinos, et dépeint avec tendresse cette chronique familiale ordinaire mais pas sans piquant.
C’est certes plein de bons sentiments, mais le jeune réalisateur se garde bien de trop en faire et aborde son sujet avec une humilité assez admirable. Naïfs par moment, mais pas mièvres, il se dégage de ses Souvenirs une certaine bonté et le film se pose comme une expression assez fidèle du feel good movie.
Sans être trépidant, le rythme est enlevé, les dialogues solides et souvent pertinents. L’écriture est efficace dans l’alternance humour/émotion et ne cherche pas le bon mot à tout prix, c’est assez rare dans la comédie française pour être préciser. On apprécie également la galerie de personnages secondaires assez savoureuse (de Rouve lui-même au colloc), qui accompagne des acteurs tous très justes dans leur interprétation, portés par la bonhomie d’Annie Cordy et le charme évident du jeune Mathieu Spinosi.
Simple, honnête, drôle et touchant.

WILD – 10/20

WildRéalisé par Jean-Marc Vallée
Avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffmann, Laura Dern

Synopsis : Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force.Une femme qui essaye de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.

Avis : Après nous avoir emballé avec CRAZY, déconcerté avec Café de Flore , impressionné avec Dallas Buyer Club, on attendait beaucoup du nouveau film de Jean-Marc Vallée. Mais c’est plutôt de l’ennui qu’on ressent avec Wild. Non que le périple de Cheryl ne soit pas admirable, mais son récit ne suscite qu’un intérêt poli. On constate après l’avoir accompagnée pendant sa longue marche qu’il ne lui est finalement pas arrivé grand-chose… Mais là où le réalisateur rate principalement le coche, c’est dans sa volonté de rendre compte du voyage intérieur de la jeune femme. On devine ses motivations, on comprend son passé, mais on n’est jamais en empathie avec elle. Les flashbacks volontairement décousus et désordonnés créent l’inverse de l’effet escompté. Bien loin d’entourer le personnage d’un voile mystérieux qui serait levé au fur et à mesure, ils rendent Cheryl lointaine et floue. La surutilisation de la voix off, l’abondance de sons étouffés ou exagérés comme pour masquer la frontière entre passé et présent, tous ces artifices fonctionnent mal et sont même parfois pas loin d’être désagréables.
Wild ne se distingue même pas par la beauté de ses paysages, les décors que Cheryl traverse n’étant pas particulièrement mis en valeur. Le film souffre évidemment de la comparaison avec Into the Wild, le film de Sean Penn qui outre une remarquable étude de personnage, cadençait le périple de son héros de rencontres marquantes et proposait des tableaux d’une formidable majesté.
En revanche, quelle plaisir de retrouver la présence lumineuse de la trop rare Laura Dern
Très beau programme sur le papier, Wild laisse finalement de glace…

A MOST VIOLENT YEAR – 15/20

A Most Violent YearRéalisé par J. C. Chandor
Avec Oscar Isaac, Jessica Chastain, Albert Brooks

Synopsis : New York – 1981. L’année la plus violente qu’ait connu la ville. Le destin d’un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l’époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.

Avis : Œuvre intime et magistrale, à la fois peu spectaculaire mais d’une maîtrise impressionnante, A most violent year impose définitivement J.C. Chandor comme l’un des jeunes réalisateurs les plus talentueux et audacieux qu’Hollywood compte actuellement. Après les déjà remarquables Margin Call et All is lost, le réalisateur américain passe un nouveau cap, en bâtissant une fresque ambitieuse, minutieusement construite, dont la puissance se dessine progressivement. S’il utilise les codes du film de gangster (les docks new yorkais, la banlieue cossue, le poids des communautés), c’est pour mieux aller à contre-courant des classiques du genre et raconter le destin d’Abel, self made man pétrit d’ambition, mais pour qui le crime est l’arme des lâches. A most violent year se déroule pendant l’année la plus violente qu’ait connu un New-York gangréné par la peur et l’insécurité et voit Abel se débattre avec les usages mafieux de sa corporation, auxquels il se retrouve confrontés lorsque ses camions citernes sont attaqués et leurs cargaisons volées.
Le sujet n’est pas forcément des plus sexys, mais Chandor y apporte une telle humanité qu’il prend une dimension assez universelle. Le récit est d’autant plus prenant qu’il présente un personnage assez singulier, riche et complexe. S’il se bat pour bâtir son entreprise selon ses principes, Abel se voit opposer des choix cornéliens, qui pourraient le contraindre à se renier. D’autant plus qu’autour de lui ses proches, sa femme, son conseiller, s’ils respectent les positions d’Abel, ont moins de scrupules à contourner les règles…
Le dilemme permanent de son personnage permet à Chandor de traiter un sujet qui lui tient à cœur. Il aborde les effets pervers d’un capitalisme exacerbé et le revers de la médaille de l’American dream, où l’intégrité n’est finalement qu’une chimère.
Le jeune réalisateur ne se contente pas d’élaborer un récit dense et ample, il soigne également la forme, avec une mise en scène racée recourant aux plans fixes, généralement larges, sauf lorsqu’elle s’attarde sur le couple d’Abel, et soutenue par une photographie jaunie qui rappelle l’époque à laquelle se déroule le film, offrant des tableaux magnifiques. Si le rythme peut sembler un peu lent, il se passe toujours quelque chose à l’écran, et chaque scène à un sens et une utilité. La musique soul, discrète mais appropriée, sert de guide à un récit d’une grande clarté.
Le jeu d’acteur est magistral, dominé par la classe et le charisme d’Oscar Isaac (malgré la choucroute sur la tête), tout en nuance. Jessica Chastain, avec un personnage plus en retrait, parvient à tirer son épingle du jeu en bonifiant comme à son habitude chaque scène dans laquelle elle apparaît. L’évidence d’un couple de cinéma.
A most violent year, en détournant habilement les codes d’un genre hautement cinématographique et en se les réappropriant, se révèle une œuvre complète et audacieuse, mais ne laissant jamais rien au hasard. Du bon, du très bon cinéma.

THE RIOT CLUB – 11/20

The Riot ClubRéalisé par Lone Scherfig
Avec Sam Claflin, Max Irons, Douglas Booth

Synopsis : Le Riot Club est réservé à l’élite de la nation. Ce cercle très secret d’Oxford fait de la débauche et de l’excès son modèle depuis 3 siècles. Miles et Alistair, deux étudiants en première année, ne reculeront devant rien pour avoir l’honneur d’en faire partie…

Avis : Il y a toujours quelque chose de fascinant à pénétrer dans les arcanes des élites, celles qui ont le pouvoir et l’argent, leur fonctionnement, leurs lois, leurs règles. En cela, the Riot Club offre une lecture ludique et bon enfant d’une société plus ou moins secrète avec l’hédonisme comme seule ligne de conduite. Enfin bon enfant, dans un premier temps du moins… Dans sa première partie en effet, on suit avec amusement et un brin d’envie, avouons-le, le processus de recrutement de ce club si privé, le folklore et les légendes qui l’entourent, et on se prend même de sympathie pour ces petits cons nés avec une cuillère d’argent dans la bouche. Jusqu’à ce qu’à l’occasion d’un dîner d’initiation qui doit matérialiser tous les excès et l’absence de limite du groupe, la face sombre et odieuse de ses membres n’apparaisse au grand jour et que ce qui s’apparente à un bizutage en mode premium ne dérape dans l’obscène et le monstrueux. Malheureusement, il n’y a pas que la situation qui dérape, le film aussi. Le repas est interminable, les scènes répétitives, le scénario vire à l’absurde et s’enlise dans une surenchère peu crédible si tant est qu’on accorde aux protagonistes un minimum d’intelligence au-delà de leur vanité et de leur prétention. Le personnage du novice, interprété par le très fade Sam Claflin, est particulièrement forcé et exagérément détestable. La thèse de la brebis galeuse est intéressante, mais de là à priver les autres de tout libre arbitre… Sans doute l’intrigue aurait gagné à s’étendre un peu plus dans le temps, afin de jouer sur les ressorts du vers qui s’immisce doucement dans la pomme et gâte le fruit, plutôt que de jouer sur une brutalité soudaine et artificielle.
Au final, la réalisatrice ne fait qu’effleurer son sujet, et en élude rapidement toute la dimension sociale, corporatiste et politique.
Dommage, parce qu’elle avait prouvé avec Une éducation que sa jolie mise en scène empreinte de classicisme pouvait se révéler très efficace pour dénoncer l’archaïsme de certaines coutumes et les dégâts que pouvait causer certaines pensées rétrogrades, en particulier dans un pays aussi marqué par les traditions que l’Angleterre.