LA REINES DES NEIGES II – 09/20

La Reine des neiges 2 : AfficheDe Jennifer Lee, Chris Buck

Chronique : Déroulant un scénario parfaitement idiot et sans surprise, La Reine des Neiges II s’avère être avant tout un exercice technique, pour le coup très réussi. Les mouvements, le rendu des textures et des matières, le travail sur l’eau et la glace sont assez sidérants et démontrent un niveau d’excellence de moins en moins contestable que les studios Disney peuvent largement disputer à leurs cousins de Pixar désormais. Mais le récit est étriqué, les personnages sont figés depuis le premier opus et n’évoluent pas, l’aventure elle-même manque d’ampleur, restant confinée entre Arendelle et la forêt maudite. D’autant qu’elles chantent beaucoup, mais vraiment beaucoup. C’est la plupart du temps agaçant sans pour autant rééditer l’exploit de Let it go (let it gooo, Can’t hold it back anymo-o-ore…) qui tapait sur les nerfs, mais restait dans la tête (et finissait par se transformer en plaisir coupable). L’humour est présent mais de manière assez automatique, hormis une scène très réussie où Olaf se mue en conteur et quelques saillies d’auto-dérision en guise de clin d’œil.
La Reine des Neiges II se contente donc d’être une comédie musicale pataude, mais sauvée par une exécution irréprochable.

Synopsis : Pourquoi Elsa est-elle née avec des pouvoirs magiques ? La jeune fille rêve de l’apprendre, mais la réponse met son royaume en danger. Avec l’aide d’Anna, Kristoff, Olaf et Sven, Elsa entreprend un voyage aussi périlleux qu’extraordinaire. Dans La Reine des neiges, Elsa craignait que ses pouvoirs ne menacent le monde. Dans La Reine des neiges 2, elle espère qu’ils seront assez puissants pour le sauver…

LES MISÉRABLES – 17/20

De Ladj Les Misérables : Affiche
Avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Didier Zonga

Chronique : Prix du Jury à Cannes, Les Misérables est bien l’uppercut annoncé. Il dresse un état des lieux alarmant et rappelle 25 ans après La Haine, l’impasse dans laquelle se trouve les banlieues françaises.
Son auteur/réalisateur fait à la fois un constat lucide et un très grand film de cinéma qui doit beaucoup à la virtuosité de sa mise en scène. Ladj Ly y dépasse largement le cadre du docu-fiction ou du film à thèse. Il impose un style singulier, tendu et nerveux, au service d’un récit d’une rare densité et qui accorde à ses personnages un soin tout particulier. La finesse et la précision de l’écriture permettent au thriller social de se développer, instaurant une tension permanente et graduelle à peine perturbée par quelques rares traits d’humour.
Les caméras sont près de corps et des situations mais prennent parfois de la hauteur dans les scènes filmées par le drone, donnant une vision inédite des banlieues, une esthétique loin des clichés.
C’est d’ailleurs ce à quoi s’attache Ly tout particulièrement, malgré un propos forcément politique il évite les partis pris et se garde de tout manichéisme pour assener l’implacabilité de son constat.
L’intégralité du casting est d’une justesse remarquable, donnant corps et crédibilité à chacun des personnages qui interagissent dans cette sorte de western urbain et contemporain. Car c’est bien la photographie d’un territoire inflammable, fonctionnant sur un dangereux modèle d’autogestion dont il s’agit. Chaque corporation tente d’y conserver son influence tout en essayant de maintenir un semblant de paix terriblement fragile. Le maire auto-proclamé de la cité, les grands frères dealers, les religieux prosélytes, les flics qui tentent tant bien que mal de garder un peu d’autorité en bombant ostensiblement le torse, tous sont assis sur une poudrière autour de laquelle des gamins livrés à eux-mêmes jouent avec des allumettes.
Grâce au découpage parfait de son montage, les Misérables met en place de manière métronomique l’idée d’inéluctabilité. C’est concis, brutal, limpide, d’une maitrise impressionnante malgré la densité de sa narration foisonnante. La dernière demi-heure est d’une tension irrespirable et le plan final tétanisant.
Une grosse claque, puissante, urgente et salutaire.

Synopsis : Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…

J’ACCUSE – 11/20

J'accuse : AfficheDe Roman Polanski
Avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner

Chronique : Grand Prix du Jury à Venise et auréolé d’une critique presse dithyrambique, J’accuse a suscité un intérêt qui a vite dépassé le débat sur la séparation entre l’homme et l’artiste que les récentes accusations portées à l’encontre du réalisateur ont relancé. Le refus de passer à côté d’un chef-d’œuvre aura poussé plus d’un (dont moi) dans les salles obscures, malgré la polémique. Et j’avoue que ce qualificatif me laisse perplexe. Certes la minutieuse reconstitution sert un récit parfaitement huilé et pédagogique à propos d’une affaire qui aura marqué comme aucune autre l’histoire de la République, mais l’académisme avec lequel Polanski l’aborde en réduit considérablement sa portée.
La très bonne idée de J’accuse aura été de mener l’enquête non du point de vue de Dreyfus, qu’on voit peu, mais de celui du Colonel Picquart, qui dépassa ses propres opinions pour que triomphe la justice. La moins bonne idée fut de confier le rôle de Picquart à Dujardin, en contrôle permanent pour imposer un sérieux qui n’a rien de naturel chez lui. Son jeu prudent ne parvient pas à échapper à la caricature. Comme dans la plupart des films où il aborde un registre dramatique (Le Bruit des glaçons, Möbius ou même le Daim), il ne (me) convainc pas. D’une manière générale, la direction d’acteurs est défaillante. Hormis Gadebois et Garel, le surjeu prime, avec une mention pour la catastrophe Emmanuelle Seigner à qui le film d’époque ne sied pas du tout. Les scènes de procès sonnent faux pour la plupart, trop théâtrales et avec ici aussi quelques interprétations outrancières particulièrement pénibles (principalement Melvil Poupaud qui gesticule dans le vide, mais une fois n’est pas coutume, Podalydès semble lui aussi bien perdu)
Il faut cependant reconnaître que la reconstitution est solide et le scénario, bâti comme un thriller, nous embarque au cœur de la machination, mettant en exergue une hiérarchie militaire gangrenée par la corruption, l’élitisme, l’ambition et la terreur du scandale. En fil rouge de l’affaire Dreyfus, la montée de l’antisémitisme à la fin du 19ème siècle est un élément central de l’intrigue mais sans que ses racines ne soient explicites ni que le problème soit abordé frontalement. Globalement J’accuse reste dans les hautes sphères et n’évoque jamais l’impact que le scandale a eu sur le familles françaises, souvent déchirées entre pro et anti-dreyfusards.
Au final le réalisateur se limite à un état des lieux assez clinique, n’ayant ni l’ambiguïté de ses meilleurs thrillers, ni l’émotion terrassante du Pianiste. Sa mise en scène est à l’économie, dans une ambiance très sobre, sans effets de musique ou d’éclats autres que les rebondissements liés à l’enquête de Picard.
Pédagogique à défaut d’être trépidant, J’accuse reste une déception au regard de sa réputation.

Synopsis : Pendant les 12 années qu’elle dura, l’Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier.
Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXème siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme. L’affaire est racontée du point de vue du Colonel Picquart qui, une fois nommé à la tête du contre-espionnage, va découvrir que les preuves contre le Capitaine Alfred Dreyfus avaient été fabriquées.
A partir de cet instant et au péril de sa carrière puis de sa vie, il n’aura de cesse d’identifier les vrais coupables et de réhabiliter Alfred Dreyfus.

LE ROI – 10/20 (Netflix)

Le Roi : AfficheDe David Michôd
Avec Timothée Chalamet, Robert Pattinson, Ben Mendelsohn

Chronique : Le Roi fait partie de ces films qui ne s’embarrassent pas trop de la vérité historique et préfèrent la tordre pour mieux se concentrer sur le romanesque qui entoure les grandes figures qu’ils dépeignent. Si on n’est pas trop à cheval sur l’exactitude des faits, on pourra apprécier cette grande fresque martiale, un peu bavarde, mais à l’exécution solide. La mise en scène est chiadée, notamment en extérieur et pour les rares scènes de bataille et peut s’appuyer sur un sacré casting. A sa tête, Timothée Chalamet se révèle très à l’aise dans la peau de ce Roi par dépit, sa démarche chaloupée et son regard perdu se durcissant face aux secrets d’alcôve, aux complots et trahisons de la cour. Un intérêt limité, mais une production value suffisante pour justifier de se plonger un moment dans la guerre de 100 ans.

Synopsis : Hal, jeune prince rebelle, tourne le dos à la royauté pour vivre auprès du peuple. Mais à la mort de son père, le tyrannique Henri IV d’Angleterre, Hal ne peut plus échapper au destin qu’il tentait de fuir et est couronné roi à son tour. Le jeune Henri V doit désormais affronter le désordre politique et la guerre que son père a laissés derrière lui, mais aussi le passé qui resurgit, notamment sa relation avec son ami et mentor John Falstaff, un chevalier alcoolique.

LE TRAÎTRE – 15,5/20

Le Traître : AfficheDe Marco Bellocchio
Avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Ferracane

Chronique : Marco Bellocchio filme avec maestria le crépuscule de Cosa Nostra dans une fresque magistrale, riche et aride. Au cœur du Traitre, le destin du repenti Tommaso Buscetta, pièce maîtresse de l’enquête du juge Falcone contre la mafia italienne. Le sort funeste du magistrat (la reconstitution de l’attentat dont il a été victime est d’ailleurs une incroyable fulgurance), est certainement plus célèbre que l’investigation elle-même, on est donc reconnaissant au réalisateur italien d’éclairer d’un œil expert cette période sanglante et brutale. Car le Traitre est une fascinante plongée au cœur de la pègre Sicilienne et surtout une passionnante entreprise de « déglamourisation » de Cosa Nostra, tant ces mafieux sont montrés comme des hommes assez ordinaires, avec peu d’envergure et aucun code moral. La plupart sont des petits soldats engagés dans un combat absurde, puisque très vite le business n’est plus qu’un prétexte pour laisser parler les égos et les guerres de territoires. Une cour d’école où l’on tire à balle réelle…
La mise en scène très rêche, ultra-réaliste contribue à donner cette image finalement assez pathétique d’une organisation dont l’aura souvent fantasmée est largement entamée.
Précieusement documenté, le film souffre de légères longueurs avant que ne commencent le(s) procès, mais est captivant tout le reste du temps, et ce malgré la profusion de personnages qui gravitent autour de Buscetta.
Dès la première scène de banquet (qui peut en rappeler une autre…), Bellocchio agrippe un auditoire dont il conserve l’attention lorsque Buscetta s’exile au Brésil, d’où il ne peut que constater enchaînement des exécutions en Italie. Mais c’est surtout à son retour pour les confrontations et le procès que Le Traître prend de l’ampleur, dans ce petit théâtre d’opérette où s’égosillent des clowns aux mains couvertes de sang. Il est saisissant d’y voir évoluer Buscetta, personnage hors norme, complexe et romanesque dont le réalisateur et son interprète (Pierfrancesco Favino, énorme) explorent la psyché avec une minutie incroyable. La manière dont il pèse ses choix, anticipe la fin d’une époque et justifie sa trahison est un modèle de caractérisation.
Il sert un thriller historique exemplaire, qui expose le visage le plus crasse de la mafia.
Puissant.

Synopsis : Au début des années 1980, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne est à son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil. Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s’enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres. Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta, prend une décision qui va changer l’histoire de la mafia : rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait à Cosa Nostra.

LA BELLE EPOQUE – 14/20

La Belle époque : AfficheDe Nicolas Bedos
Avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Doria Tillier, Fanny Ardant

Chronique : Nicolas Bedos signe avec La Belle Epoque un film malin et ambitieux. A l’image de son premier film, M. et Mme Adelman,  qui racontait les tourments d’un couple sur plusieurs décennies, le réalisateur prend des risques dans sa narration, mais grâce à une jolie discipline, un certain goût pour les dialogues et une mise en scène solide et inspirée au service de son concept, La Belle Epoque garde le cap tout du long, même si le récit tient parfois sur un fil.
Les personnages naviguent entre les époques avec énergie, donnant au film des atours tantôt ludiques, tantôt émouvants. Bedos fait renaître les années 70 avec une excitation contagieuse, et sans doute avec elles la jeunesse de son père, à qui on ne peut s’empêcher de penser.
L’auteur n’a d’ailleurs jamais été très pudique sur sa propre vie, et la relation conflictuelle entre le scénariste joué par Canet et son actrice (Doria Tillier) est assez explicitement un décalque de sa relation avec la comédienne.
C’est  sans surprise la partie la plus faible du film, qui a par ailleurs de nombreuses qualités. Ces allers retours entre le fantasme et le réel sont propices à une intéressante réflexion sur la théâtralité, le jeu, et par conséquence sur le mensonge, mais aussi sur le pouvoir réconfortant de la fiction.
En définitive les enjeux sont très simples, mais les sentiments beaucoup moins, surtout lorsqu’ils se télescopent avec les souvenirs. Il est question de passion et de lassitude, on se frotte à la complexité de la mémoire, de ce qu’elle modifie, et Bedos le fait avec un certain lyrisme et sans angélisme.
Ce film concept est aussi un formidable terrain de jeu où s’éclatent des acteurs investis comme rarement. Auteuil retrouve une intense expressivité, exprimant parfaitement à la fois l’amusement et le trouble de Victor face à cette jeune femme sensée jouer sa femme. Le naturel de Doria Tillier est désarmant et Canet n’est jamais aussi bon que lorsqu’il joue les parfaits connards, sans doute bien aiguillé par son réalisateur dont il est assez clairement l’incarnation à l’écran. Ils sont entourés d’admirables seconds rôles, Arditi et Podalydès en tête, mais c’est Fanny Ardant qui marque le plus les esprits, magnifique, débarrassée de certains de ses tics et assenant ses répliques avec un débit et une justesse qu’on ne lui connaissait pas. Elle est bouleversante.
Les dialogues claquent (parfois avec un peu de vulgarité, on ne se refait pas), les personnages se débattent entre euphorie et brutal retour sur terre, passent de l’émotion du coup de foudre aux dégâts du temps qui passe…
La Belle Epoque est une comédie romantique d’une rare exigence dans sa narration et l’exécution de son scénario. Bedos confirme qu’il a un style et le talent de son ambition. Après Mon Inconnu récemment, c’est une nouvelle preuve que la comédie française, lorsqu’elle est confiée à des auteurs, a de la ressource.

Synopsis : Victor, un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée le jour où Antoine, un brillant entrepreneur, lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, cette entreprise propose à ses clients de replonger dans l’époque de leur choix. Victor choisit alors de revivre la semaine la plus marquante de sa vie : celle où, 40 ans plus tôt, il rencontra le grand amour…

J’AI PERDU MON CORPS – 16/20

J'ai perdu mon corps : AfficheDe Jérémy Clapin
Avec Hakim Faris, Victoire Du Bois, Patrick d’Assumçao

Chronique : Un petit bijou d’animation traversé par une poésie folle et décalée. En à peine une heure, J’ai Perdu mon Corps laisse l’émotion gagner les cœurs. Des flash-backs poignants éclairent progressivement notre compréhension des personnages et en particulier de cette main à la recherche de son corps. Un dessin subtil et une musique magnifique élève une mise en scène déjà impressionnante, riche et inventive, aux cadres d’une diabolique précision. Mêlant dans un parfait équilibre mélo, romance et fantastique, Jérémy Caplin signe un grand film (qui se trouve être de l’animation). Certaines scènes amusent (la drague par interphone), d’autres émeuvent (l’enfance de Naoufel) ou fascinent (la main dans le métro), mais rien de ne laissent indifférent.
Laissez vous transporter par cette main baladeuse, le voyage est mémorable.

Synopsis : A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire…