NOE – 11/20

NoéRéalisé par Darren Aronofsky
Avec Russell Crowe, Jennifer Connelly, Emma Watson

Synopsis : Russell Crowe est Noé, un homme promis à un destin exceptionnel alors qu’un déluge apocalyptique va détruire le monde. La fin du monde… n’est que le commencement.

Avis : Objectivement, Noé n’atteint pas l’exigence et la complexité des précédents films d’Aronofsky. En cela, c’est une vraie déception. Paradoxalement, le principal reproche qu’on pourrait faire à son Noé, c’est son manque de risques et d’ambition (oui, paradoxal quand on sait qu’il a coûté 150m$), qui rend son scénario attendu, parfois absurde, souvent léger. A vouloir remplir le cahier des charges du blockbuster Hollywoodien, Noé y perd forcément un supplément d’âme.
Qu’il y ait des invraisemblances, c’est assez normal dans la mesure où l’axe envisagé est celui de la fable. A partir du moment où on accepte que Noé soit aidé par des anges déchus transformés en homme de pierre pour construire son arche, on peut accepter beaucoup de choses. Le problème réside plus dans les petites facilités scénaristiques qui en font un blockbuster honnête, mais pas forcément au dessus de la mêlée, comme on aurait pu l’espérer de la part du réalisateur de Black Swan et Requiem for a Dream. Ce scénario bancal affaiblit le propos du film, lui aussi un peu confus.
On devine à travers le personnage de l’intègre Noé, les thèmes chers à Aronofsky. La frontière entre le bien et le mal, le libre arbitre, le renoncement ou la prise de conscience. C’est sans doute la partie la plus réussie et la plus intéressante de ce peplum biblique, la persévérance de cette homme à poursuivre sa mission divine jusqu’au fanatisme, jusqu’à se renier lui-même, jusqu’à condamner le siens.
Plus appuyé et donc plus faible, le discours écolo frôle la démagogie en se faisant l’écho de la situation dans laquelle se trouve notre planète de nos jours. On sait, c’est pas bien, il fait réagir…
Reste une réalisation parfois un peu pompière, qui alterne entre des scènes surchargées et indigestes et d’autres à la beauté sidérantes. Le film est parcouru de morceaux de bravoure assez impressionnants, et quelques respirations inspirées élève parfois Noé au dessus du lot (la création du monde). Il s’appuie surtout sur des interprètes investis et touchants, défendant des personnages qui, à part Noé, restent traités assez superficiellement. On pense surtout à la superbe Jennifer Connely, à qui le réalisateur offre une scène bouleversante, mais aussi à la choupinette Emma Watson et au formidable Logan Lerman (Le monde de Charlie). Russel Crowe quand à lui promène sa carrure bourrue et massive avec un charisme indiscutable, que sa voix puissante et posée finit d’imposer.
En voulant à tout prix offrir un spectacle total, Aronofsky manque sans doute son film total. Si ses obsessions sont bien présentes, elles sont parasitées par les exigences d’un film à grand budget. Malgré la boue, malgré l’eau, malgré le feu et le sang, son Noé est trop propre, trop réglé pour nous pousser à la réflexion et s’attarder plus longtemps sur le sort de son personnage et de son grand dessein.

TOM A LA FERME – 15/20

Tom à la fermeRéalisé par Xavier Dolan
Avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy

Synopsis : Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

Avis : Xavier Dolan est un surdoué qui ne s’ignore pas. Il fascine ou il agace, mais ne laisse jamais indifférent. En se mettant en scène dans Tom à la Ferme, comme un défi pour prouver qu’il pouvait aussi tenir les premiers rôles, il s’expose encore et prend des risques. Il l’assume pleinement, d’autant plus qu’il choisit de sortir de sa zone de confort, délaissant le drame baroque au style foisonnant, riche, pop et coloré pour le thriller psychologique rural, sombre et crasseux. Evidemment il le fait à sa manière, en lui conférant les codes du film d’horreur, pour créer un long métrage hybride qui fonctionne diablement bien. La scène d’ouverture, magnifique et saccadé plan aérien sur un Moulins de mon cœur chanté a capella, est immédiatement identifiable au style du jeune réalisateur, mais elle l’intègre d’emblée dans un univers plus sombre, plus heurté.

Si son cinéma se fait plus dur, il fait preuve tout de même de nombreuses fulgurances formelles, que le ton âpre transforme en autant de pics émotionnels. Dolan joue sur les ellipses, les zones d’ombre pour installer son huis-clos dans une ambiance hautement anxiogène. Avec pas grand-chose, si ce n’est son ingéniosité et sa maitrise insolente des cadres et du rythme, il propose des moments de tension suspendue, une danse malsaine et ambiguë entre les deux hommes, fascinante, arbitrée par l’image maternelle, figure récurrente et omniprésente du cinéma de Dolan. Moins clairement désignée comme la cause des névroses de sa progéniture, elle ne demeure pas moins l’élément clé du secret et des non-dits.

Mais Dolan laisse sa lubie au second plan, pour livrer une vision à la fois personnelle et très précise du syndrome de Stockholm, qu’on a rarement vu aussi bien traitée. Sa mise en scène millimétrée, l’intensité qui s’en dégage, donne aux réactions des protagonistes une crédibilité imparable.
Angoissant, troublant, fascinant, Tom à la ferme marque une nouvelle évolution dans le travail du réalisateur canadien. Ce garçon est assez bluffant…

QU’EST-CE QU’ON A FAIT AU BON DIEU? – 11/20

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?Réalisé par Philippe de Chauveron
Avec Christian Clavier, Chantal Lauby, Ary Abittan

Synopsis : Claude et Marie Verneuil, issus de la grande bourgeoisie catholique provinciale sont des parents plutôt « vieille France ». Mais ils se sont toujours obligés à faire preuve d’ouverture d’esprit…Les pilules furent cependant bien difficiles à avaler quand leur première fille épousa un musulman, leur seconde un juif et leur troisième un chinois.
Leurs espoirs de voir enfin l’une d’elles se marier à l’église se cristallisent donc sur la cadette, qui, alléluia, vient de rencontrer un bon catholique.

Avis : Le bruit, pour ne pas dire le vacarme, qui entourait la sortie de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu suscitait, si ce n’est de l’impatience, au moins de la curiosité. D’autant plus que la bande-annonce n’annonçait pas la comédie de l’année. Alors, le film de Philippe de Chauveron est-il à la hauteur de buzz incroyable qu’il a provoqué ? Assez loin de là quand même. Les bonnes intentions ne suffisent pas à éviter les clichés que le film essaie d’esquiver tant bien que mal, mais qu’il enfile comme des perles. S’il n’est pas indigne, et qu’il fait preuve de beaucoup d’énergie pour tenter de dénoncer le racisme ordinaire, qu’est-ce que c’est laborieux! Le principal écueil de Qu’est-ce qu’on a fait… est ce faux rythme qu’impose la recherche du bon mot qui l’emporte sur le fond et la recherche d’un axe narratif original. Si les répliques ne tombent pas toujours à côté, on sent ce petit côté satisfait de la vanne bien trouvée, parfaitement agaçant, qui finit pas rendre le tout poussif et lui donne un côté systématique. Si tout n’est pas raté, il y a vraiment des moments très drôles, le film souffre d’un jeu d’acteurs caricatural et excessif, rédhibitoire dans une comédie. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre, que ce soit chez les filles ou les gendres… Qu’est-ce qu’on a fait…. se veut audacieux et sans tabou, il est naïf, téléphoné et finalement très sage.
Une comédie à l’ancienne qui supporte mal la concurrence face à la relève qui pointe son nez, franchement autrement plus enthousiasmante.

BABYSITTING – 14/20

Réalisé par Philippe Lacheau, Nicolas Benamou
Avec Philippe Lacheau, Alice David, Vincent DesagnatBabysitting

Synopsis : Faute de babysitter pour le week-end, Marc Schaudel confie son fils Remy à Franck, son employé, « un type sérieux » selon lui. Sauf que Franck a 30 ans ce soir et que Rémy est un sale gosse capricieux. Au petit matin, Marc et sa femme Claire sont réveillés par un appel de la police. Rémy et Franck ont disparu ! Au milieu de leur maison saccagée, la police a retrouvé une caméra. Marc et Claire découvrent hallucinés les images tournées pendant la soirée.

Avis : Quand le cinéma français s’essaie au cinéma de genre américain, le pire est toujours à craindre. Baby-sitting avait tout d’un décalque franchouillard de Very Bad Trip ou pire, de projet X, film de débauche idiot et sans intérêt. Hé bien pas du tout ! Parcouru de bout en bout d’une énergie folle, mais canalisée, la comédie de Philippe Lacheau est une excellente surprise. Ne cherchant pas à imiter un quelconque modèle, Baby-sitting trouve son propre ton, son propre rythme et impose un tempo infernal.
L’intelligence du film repose surtout sur une montée en puissance maîtrisée de l’hystérie collective et un crescendo létal impeccablement mené. L’introduction, plus posée, est réussie, proposant des dialogues soignés (ah la standardiste !), d’emblée très rassurants. La folie (ou l’affolement pour Franck) va gagner progressivement des personnages qui existent parfaitement chacun indépendamment, ce qui donne à Baby-sitting la légitimité de se prendre pour autre chose qu’un délire entre potes. Une très bonne comédie de cinéma par exemple.
Parce que la mécanique d’écriture est précise, que les scènes, aussi absurdes soient-elles, sont parfaitement réfléchies, se faisant même parfois échos les unes aux autres à différents moments du film, parce que les gags évitent de paraître téléphonés et surprennent la plupart du temps, et parce que l’effet Found Footage est particulièrement bien introduit et géré efficacement tout du long.
En concentrant le chaos de la fiesta sur un laps de temps réduit (mais durant lequel il n’y a clairement pas de limite) sorte de climax absolu, Baby-sitting ne tourne jamais en rond et diversifie suffisamment les lieux et les effets comiques pour délivrer son lot de ricanades et de francs fous-rire à intervalles réguliers. A la volée : une course poursuite avec les flics, les Jacskon 5 par un orchestre bavarois, une course de karts déjà culte, et donc un épilogue foisonnant en forme de fin de soirée épique, tellement riche qu’on a la frustrante impression de passer à côté d’un tas de bonnes répliques.
Contre toute attente, Baby-sitting fonctionne donc. Très bien même. Et à l’instar de l’excellent Gazelles sorti ce mois-ci, il peut compter sur une bande d’acteurs issus du petit écran (Bref, le Palmashow, la bande à Fifi, les Deschiens) qui semble avoir le rythme et le sens de la vanne dans la peau. Leur naturel contagieux donne au film une authenticité pas si évidente au départ.
Efficace, électrique, tonitruant, réjouissant et drôle surtout, très drôle, Babysitting marque les zygomatiques et les esprits. Oui, une TRÈS bonne surprise, vraiment.

THE AMAZING SPIDER-MAN 2 – 12,5/20

The Amazing Spider-Man : le destin d'un HérosRéalisé par Marc Webb
Avec Andrew Garfield, Emma Stone, Jamie Foxx

Synopsis : Être Spider-Man, quoi de plus grisant ? Peter Parker trouve son bonheur entre sa vie de héros, bondissant d’un gratte-ciel à l’autre, et les doux moments passés aux côté de Gwen. Mais être Spider-Man a un prix : il est le seul à pouvoir protéger ses concitoyens new-yorkais des abominables méchants qui menacent la ville. Face à Electro, Peter devra affronter un ennemi nettement plus puissant que lui. Au retour de son vieil ami Harry Osborn, il se rend compte que tous ses ennemis ont un point commun : OsCorp.

Avis : Si certains doutaient de l’intérêt de rebooter l’homme araignée, le premier Amazing Spider-man apportait déjà une réponse forte avec un casting rafraichissant, fun et délicieusement cool, une storyline qu’on devinait plus complexe que dans la trilogie originelle et une vision plus rom-com du tisseur. Engageant donc, bien que limité par les codes obligés de l’origine story et un Lézard bien timide.

La suite assoit un peu plus la légitimité du projet de Sony et de son réalisateur Marc Webb, en approfondissant le thème des racines de Peter Parker et en se démarquant très clairement de la trilogie de Sam Raimi. Ce nouvel opus enrichit l’univers du premier, nous offrant de nouvelles pistes et de nombreux indices, tout en conservant une grande part de mystère sur les travaux d’Oscorp et du paternel de Peter. Les bases d’un récit protéiforme à la Marvel sont clairement posées, mais pas au détriment des personnages, comme on aurait pu le redouter, notamment au niveau des bad guys. On a en effet en tête le douloureux souvenir du troisième film de Raimi, avec 3 vilains sans relief. Mais les scénaristes ont ici particulièrement bien géré la présence simultanée d’Electro, Rhino et du Bouffon Vert, chacun ayant son moment épique face à Spider-man. Ils expriment surtout des motivations et des aspirations clairement définies et ne semblent pas sortir de nulle part. Sans doute le fait d’être interprétés par des acteurs plus que solides aide-il à crédibiliser ces personnages essentiels à la réussite d’un film de super héros. Jamie Fox excelle en nerd tordu et solitaire avant transformation, Paul Giamatti réussit à imposer d’emblée son Rhino pour le peu qu’on le voit et enfin Dan DeHaan, nouvelle figure du ciné US exigeant, campe avec une ambigüité fiévreuse un Harry Osborn torturé.
Un point commun cependant, Oscorp, l’entreprise de l’énigmatique Norman Osborn, qui devient ostensiblement le cœur de la mythologie en train de se créer.
L’obscure firme est donc clairement le fil rouge du film (et au-delà), mais l’esprit et le ton de The Amazing Spider-man 2 restent dans l’ensemble léger et insouciant à l’image de son héros. Peter s’éclate à être Spider-Man et à sauver le monde. Joueur, à la limite de l’arrogance, il s’amuse et nargue ses adversaires avec l’insouciance du jeune adulte qui pense que rien ne lui est impossible. Surtout pas de gérer à la fois le boulot de super-héros et une vie de couple. Il va malgré tout, malgré lui, s’apercevoir progressivement que les deux ne sont pas forcément compatibles.
Et en dépit de cette apparente légèreté, Peter ne peut pas totalement échapper à son côté sombre, en particulier son rapport aux figures paternelles qui le hantent. Celles de substitution comme son oncle et le père de Gwen qu’il trahit en continuant à fréquenter sa fille, et évidemment celle de son propre père, dont il découvre petit à petit les secrets, même s’il en reste visiblement beaucoup à déterrer.

Si l’humour est très présent dans le film (c’est souvent drôle oui), il sait ne pas être envahissant et ne parasite pas la love story entre Peter et Gwen, véritable atout the The Amazing Spider-man 2. Marc Webb confirme son talent pour construire des romances dans l’air du temps, refusant toute niaiserie et furieusement modernes. C’est sans doute ce qui distingue TASM2 (c’est comme ça qu’on l’acronyme) de ses petits copains super-héroïques. Andrew Garfield est bien le Spidey parfait, un mélange de charme gauche, de séduction étrange, de cabotinage et de sensibilité et Emma Stone est désarmante en irrésistible girl next door. L’alchimie évidente entre les deux acteurs est une sorte de petit miracle et offre les meilleures scènes au film.
Mais TASM2 remplit aussi évidemment sa mission de divertissement kaboom avec des scènes d’actions impressionnantes, spécialement les passages de voltiges de l’homme-araignée. Il virevolte de building en building avec une fluidité ahurissante. Vertigineux.

Emotionnellement plus puissant que le premier, assez malin dans l’installation d’un univers partagé, , drôle et fatalement divertissant en dépit de quelques longueurs, The Amazing Spider-man a de quoi faire honneur à son statut de personnage le plus dense, le plus fun et le plus riche de l’univers Marvel.
Si le Marvelverse a installé des standards très élevés en termes de film de super-héros, Sony et son homme araignée semblent être capable de faire mieux que rivaliser.
Il semblerait que Spider-man n’ait pas fini de tisser sa toile. On s’en réjouit.
A suive donc…

LA CRÈME DE LA CRÈME – 13/20

La Crème de la CrèmeRéalisé par Kim Chapiron
Avec Thomas Blumenthal, Alice Isaaz, Jean-Baptiste Lafarge

Synopsis : Dan, Kelliah et Louis sont trois étudiants d’une des meilleures écoles de commerce de France. Ils sont formés pour devenir l’élite de demain et sont bien décidés à passer rapidement de la théorie à la pratique.
Alors que les lois du marché semblent s’appliquer jusqu’aux relations entre garçons et filles, ils vont transformer leur campus en lieu d’étude et d’expérimentation.
La crème de la crème de la jeunesse française s’amuse et profite pleinement de ses privilèges : tout se vend car tout s’achète… mais dans quelle limite ?

Avis : Avant la Crème de la Crème, Kim Chapiron avait réalisé 2 films. L’affligeant Sheitan et le puissant et très réussi Dog Pound. Où se situe son nouvel effort ? Encore ailleurs, serait-on tenté de répondre. Car le seul point commun qu’on peut leur trouver, c’est une vision chaque fois particulière de la jeunesse : foutraque et bordelique dans Sheitan, rageuse et violente dans Dog Pounds, cynique, insouciante et désabusée dans la Crème.
Dans son dernier film, Chapiron démontre une nouvelle fois la belle maturité qu’il avait exprimé dans Dog Pound et qu’on était à mille lieux de deviner après Sheitan. Indéniable faiseur, il maîtrise son art et lui insuffle idées, rythme et style, réussissant fréquemment à créer de la tension par un montage nerveux et une utilisation très appropriée d’une bande son electro pop.
Malgré une installation un poil caricatural (mais pas tant que ça, les Lacs du Connemara sont plus vrais que nature), Chapiron ne passe pas à côté de son sujet, la modélisation économique de la choppe. Le propos est clair et fluide, ça fonctionne. Le jeune réalisateur a également le bon goût de ne pas tomber dans le graveleux (contrairement à ce que pourrait laisser penser l’affiche), pour rester concentré sur le développement et la croissance de leur petite entreprise. Quelques faiblesses dans le jeu des acteurs peuvent alourdir le propos, mais dans l’ensemble ça tient très bien la route.
Et le France découvre avec la choupinette Alice Isazz son Ellen Page.
Kim Chapiron poursuit donc son parcours iconoclaste, tout en nous encourageant à continuer à le suivre à l’avenir. On n’y manquera pas.

EASTERN BOYS – 15/20

Eastern BoysRéalisé par Robin Campillo
Avec Olivier Rabourdin, Kirill Emelyanov, Danil Vorobyev

Synopsis : Daniel aborde Marek dans une gare parisienne où ce dernier traine avec sa bande. Il lui propose de le retrouver chez lui le jour suivant. Mais lorsque Daniel ouvre la porte de son appartement le lendemain, il est loin d’imaginer le piège dans lequel il s’apprête à tomber et qui va bouleverser sa vie.

Avis : La scène d’introduction, fascinant jeu du chat et de la souris Gare du Nord, nous embarque volontairement sur une fausse piste. Si le drame des filières d’immigration clandestines, constitue le cadre de l’intrigue et son point de départ, l’attention se porte rapidement ailleurs. Eastern Boys se concentre sur la relation ambigüe, troublante, voir dérangeante entre Daniel et le jeune Marek.
En découpant son film en chapitres comme autant d’étapes dans leur relation, le réalisateur renforce habilement l’acuité psychologique avec laquelle il raconte son histoire. Une histoire de rapport de force, la jeunesse et la séduction d’un côté, l’argent et le statut social de l’autre. La force du film réside en cet affrontement mouvant, qui penche d’un côté puis de l’autre en permanence. En toile de fond, le peur de la solitude bien sûr, elle sera ce qui déclenchera cette rencontre, c’est elle qui provoquera le piège dans lequel tombera d’abord Daniel et qui changera profondément la vie de Marek et sa vision des choses. Le désir charnel comme instinct primal, cèdera sa place au besoin d’être responsable de et pour quelqu’un chez Daniel et la peur de l’abandon chez Marek. C’est parce que chacun est au départ prisonnier d’une situation inconfortable, si ce n’est intenable, que leur histoire est crédible et qu’on croit au fait qu’ils s’y jettent tous deux totalement. Campillo dresse avec finesse et subtilité le portrait de ces deux hommes, dessine brillamment l’évolution de leur relation. Cela passe par des jeux de regards, des gestes qui se font plus francs, moins automatiques. La nature de leur relation est certes au départ d’une grande brutalité, mais il en émane paradoxalement une certaine douceur, qui doit sans doute beaucoup au jeu d’Olivier Rabourdin, dont la voix calme et la présence rassurante crée un climat d’étonnante sérénité.
Mais outre la parfaite description des liens qui se tissent entre Daniel et Marek, Eastern Boys se démarque surtout par des scènes uppercuts, d’une tension et d’une maîtrise folle, du ballet Gare du Nord en introduction, à l’hallucinante scène de « déménagement » qui lui succède. L’haletante et dérangeante dernière scène fera naître chez le spectateur des sentiments contradictoires. Finalement, cette légère impression de malaise et ce trouble demeure tout au long du film, ce qui, au-delà de l’exigence formelle et narrative, le place au-dessus du lot de beaucoup de productions hexagonales. Eastern Boys secoue et brusque autant qu’il séduit. Ce n’est pas la moindre de ses qualités.