QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS – 13,5/20

Quelques heures de printempsRéalisé par Stéphane Brizé
Avec Vincent Lindon, Hélène Vincent, Emmanuelle Seigner

Synopsis : A 48 ans, Alain Evrard est obligé de retourner habiter chez sa mère. Cohabitation forcée qui fait ressurgir toute la violence de leur relation passée. Il découvre alors que sa mère est condamnée par la maladie. Dans ces derniers mois de vie, seront-ils enfin capables de faire un pas l’un vers l’autre ?

Avis : Stéphane Brizé prend le temps. Beaucoup de temps. Il prend le temps de mettre en place son sujet, d’installer ses personnages, de les confronter, pour au final créer une ambiance très singulière. Il imprime à son film le rythme de la quotidienneté, une petite musique routinière qui accompagne de façon assez pesante ce couple mère/fils mutique, qui ne communique que par des regards méfiants et provocateurs. Le réalisateur fait appel à de longs plans-séquences, parfois exagérément étirés, pour rendre compte de ce climat parfois étouffant, laissant le temps à ses acteurs d’exprimer toutes les nuances de cette confrontation sourde. Sauf quand ça explose. On connaît le jeu parfaitement maitrisé de Lindon, remarquable d’investissement et de réalisme. On redécouvre la formidable et trop rare Hélène Vincent (Oui, Madame Le Quesnois), magistrale et bouleversante en mère d’une incroyable dureté et d’un aplomb finalement assez fragile avant d’affronter la mort. Elle porte les stigmates évidents d’une vie de frustrations et de dévouement forcé (on devine le poids énorme de la figure paternel, aujourd’hui absent, dans sa relation avec son fils)

Si la mort est le sujet du film (traité avec pudeur et sans jugement), sa principale force réside dans les tensions et l’incommunicabilité qui résident entre cette mère et ce fils, cet amour contrarié par de trop nombreux non-dits.
On peut reprocher à Quelques jours de printemps une langueur et une lenteur excessive. Mais ce choix est sans doute nécessaire pour nous accompagner jusqu’à cette dernière scène, terrassante, qui vous laissera sans voix et les jambes coupées de longues minutes après le générique de fin. Grosse poussière dans l’œil au moment de sortir de la salle…

DES HOMMES SANS LOI – 14/20

Des hommes sans loiRéalisé par John Hillcoat
Avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jason Clarke

Synopsis : 1931. Au cœur de l’Amérique en pleine Prohibition, dans le comté de Franklin en Virginie, état célèbre pour sa production d’alcool de contrebande, les trois frères Bondurant sont des trafiquants notoires : Jack, le plus jeune, ambitieux et impulsif, veut transformer la petite affaire familiale en trafic d’envergure. Il rêve de beaux costumes, d’armes, et espère impressionner la sublime Bertha… Howard, le cadet, est le bagarreur de la famille. Loyal, son bon sens se dissout régulièrement dans l’alcool qu’il ne sait pas refuser… Forrest, l’aîné, fait figure de chef et reste déterminé à protéger sa famille des nouvelles règles qu’impose un nouveau monde économique. Lorsque Maggie débarque fuyant Chicago, il la prend aussi sous sa protection. Seuls contre une police corrompue, une justice arbitraire et des gangsters rivaux, les trois frères écrivent leur légende : une lutte pour rester sur leur propre chemin, au cours de la première grande ruée vers l’or du crime

Avis : Fresque familiale empreinte d’un classicisme classieux et séduisant, Des Hommes sans loi cumule assez de qualités pour se placer dans le haut du panier des films de gangsters.
Il n’a pas l’ampleur d’un Incorruptibles ou d’un Scarface, mais l’angle fraternel apporte un petit supplément d’âme qui lui permet de dépasser la simple chronique historique.
Le récit ne s’embarrasse pas d’inutiles complexités et déroule les événements avec fluidité et rythme. Les enjeux sont clairement définis, aussi bien entre les personnages que vis-à-vis du contexte. Et le message est évident, sans pour autant être asséné : un état limitant trop drastiquement les libertés des ses concitoyens s’expose à la corruption, la violence, la contrebande et les pratiques mafieuses. Des Hommes sans loi rend parfaitement compte de l’atmosphère délétère, l’instabilité et la confusion régnant dans l’Amérique de la Prohibition. Une atmosphère que la musique de Nick Cave, également au scénario, illustre respectueusement.
On y croit d’autant plus que Hillcoat a eu l’excellente idée de faire appel à la jeunesse dorée d’Hollywood, des nouvelles têtes arborant fiérement charisme et talent, de l’impressionnant Tom Hardy à la diaphane Jessica Chastain (Tree of Life), en passant par Dane Dehan (Chronicle) ou Mia Wasikowska (Restless, Alice). Shia LaBeouf semble lui épouser le parcours de son personnage, gagnant assurance et prestance, s’affirmant de scène en scène. Ses prochaines incursions dans les univers de Lars Von Trier et Redford sont attendues avec curiosité.
Une bonne dose de bon cinoche.

KILLER JOE – 13,5/20

Killer JoeRéalisé par William Friedkin
Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple

Synopsis : Chris, 22 ans, minable dealer de son état, doit trouver 6 000 dollars ou on ne donnera pas cher de sa peau. Une lueur d’espoir germe dans son esprit lorsque se présente à lui une arnaque à l’assurance vie. Celle que sa crapule de mère a contractée pour 50 000 dollars.
Mais qui va se charger du sale boulot ?
Killer Joe est appelé à la rescousse. Flic le jour, tueur à gages la nuit, il pourrait être la solution au problème. Seul hic : il se fait payer d’avance, ce qui n’est clairement pas une option pour Chris qui n’a pas un sou en poche. Chris tente de négocier mais Killer Joe refuse d’aller plus loin. Il a des principes…jusqu’à ce qu’il rencontre Dottie, la charmante sœur de Chris.
Alors Killer Joe veut bien qu’on le paye sur le fric de l’assurance si on le laisse jouer avec Dottie.

Avis : Complètement barré, totalement trash, jusqu’au-boutiste et provocateur, Killer Joe est un polar violent et crasseux chez les rednecks américains, une sorte de conte morbide et poisseux où un frère incestueux utilise sa sœur comme caution auprès du tueur à gages (flic de surcroît) qu’il a embauché pour tuer sa génitrice et toucher l’assurance vie, et ce avec l’aval de son père et de sa nouvelle femme. Tout un programme donc.
Evidemment, rien ne va se passer comme prévu, et l’enchainement des évènements va provoquer une escalade furieuse de coups, de cris et de violence. Killer Joe, en est l’épicentre, ange du mal pervers et sanguin qui va dynamiter cette cellule familiale déjà bien foutraque.
La réalisation de Friedkin épouse son propos, nerveuse, outrancière par moment, fiévreuse, parfois too much. Ça hurle, ça cogne, sur des plans courts très travaillés et une musique typiquement ricaine (western, country).
Entre burlesque et effroi, la mise en scène saisit et choque. On peut ne pas adhérer mais difficilement rester de marbre.
Matthew McConaughey confirme son fascinant retour en hype en achevant d’exploser son image de gigolo bellâtre (il se retrouve quand même à poil un bon paquet de fois, on ne se refait pas). Il incarne un Killer Joe inquiétant, malsain et terrifiant à souhait. Autour de lui, ça en fait des tonnes (Hirsch surtout, mais on adore Juno Temple) sans que cela ne gêne outre-mesure. Cela contribue au contraire à construire cette objet cinématographie nerveux, atypique et constamment borderline.

CHERCHEZ HORTENSE – 13/20

Cherchez HortenseRéalisé par Pascal Bonitzer
Avec Jean-Pierre Bacri, Kristin Scott Thomas, Isabelle Carré

Synopsis : Damien, professeur de civilisation chinoise, vit avec sa femme, Iva, metteur en scène de théâtre, et leur fils Noé. Leur histoire d’amour s’est enlisée dans une routine empreinte de lassitude. Pour éviter à une certaine Zorica d’être expulsée, Damien se trouve un jour piégé par Iva, qui le somme de demander l’aide de son père, conseiller d’État, avec lequel il entretient une relation plus que distante. Cette mission hasardeuse plonge Damien dans une spirale qui va bouleverser sa vie…

Avis : Comédie intellectuello-bobo assez inoffensive et potentiellement un peu excluante, Cherchez Hortense se démarque par son écriture finement ciselée, servie par des interprètes en grande forme. Cette chronique bourgeoise traite surtout des états d’âmes de ses personnages, en particulier de rapport filiaux complexes et complexés, et fuit rapidement toute ambition politique, le sort des sans-papiers, point de départ de l’intrigue, n’étant qu’une des intrigues permettant de développer le personnage de Damien. Bacri l’incarne avec conviction et talent, mêlé d’une émouvante lassitude. L’acteur a depuis quelques films troqué son costume de râleur compulsif pour celui d’homme paumé et fragile (et cocu). Et il lui va très bien. A ses côtés Claude Rich régale en père distant et inhibant, Isabelle Carré est lumineuse et Kristin Scott Thomas étonnante et bluffante dans sa capacité à se réinventer à chaque film et de porter magistralement des personnages toujours très différents.
A défaut de traiter son sujet en profondeur et affaiblit par une certaine légèreté, Cherchez Hortense est cependant suffisamment bien foutu et dispose de suffisamment d’atouts (son écriture, son casting) pour être convaincant.

CAMILLE REDOUBLE – 15/20

Camille redoubleRéalisé par Noémie Lvovsky
Avec Noémie Lvovsky, Samir Guesmi, Judith Chemla

Synopsis : Camille a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric. Ils s’aiment passionnément et Camille donne naissance à une fille…
25 ans plus tard : Eric quitte Camille pour une femme plus jeune.
Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé.
Elle a de nouveau seize ans. Elle retrouve ses parents, ses amies, son adolescence… et Eric.
Va-t-elle fuir et tenter de changer leur vie à tous deux ? Va-t-elle l’aimer à nouveau alors qu’elle connaît la fin de leur histoire ?

Avis : Noémie Lvovsky est un de ces actrices majuscules abonnées aux seconds rôles, une voix, une présence, une gueule qu’on reconnaît immédiatement. Voleuse de scène redoutable pour les têtes d’affiche, elle laisse souvent un souvenir mémorable des rôles qu’elle interprète. Le simple fait qu’elle n’ait jamais porté un film sur ses épaules est une incongruité et une injustice (pour elle comme pour nous) que Camille Redouble répare enfin. Et comme on est jamais aussi bien servi que par soi-même, elle endosse également le costume de réalisatrice et de scénariste. Et s’offre un savoureux terrain de jeu à son image.
Son film porte son empreinte, à la fois drôle, ludique, inventif, mais surtout d’une grande tendresse, jamais cynique. On entre avec délice dans cette folle histoire, qui pourra rappeler les grandes comédies américaines des années 80 comme Un jour sans fin ou Big. Mais son traitement est tout autre, refusant la frénésie comique et préférant à l’hystérie la douceur et une autodérision culottée. La réalisatrice s’amuse de son sujet et nous amuse, s’appuyant sur une écriture solide, des dialogues évidents et un montage redoutablement efficace et d’une grande fluidité. Cette approche lui permet de quitter subtilement la légèreté pour aller par moments vers la nostalgie et l’émotion, délivrant de jolis instants suspendus. Mais toujours avec beaucoup de tact et de pudeur.
Si son personnage est au cœur du film, Lvovsky n’en a pas pour autant négligé les rôles gravitant autour de Camille, s’entourant d’un casting rafraichissant (les jeunes) et touchant (les parents, formidables Yolande Moreau et Michel Vuillermoz). L’affection évidente de la réalisatrice pour ses personnages et ses acteurs transpire à chaque scène.
A ces nombreuses et rares qualités s’ajoute une BO enthousiasmante, mélange de hits des années 80 (Ah, 99 Luftballons…) et musique originale de Gaëtan Roussel.
On se sent définitivement très bien avec Camille, et on redoublerait volontiers avec elle….
Un vrai gros coup de cœur.

SUPERSTAR – 13,5/20

Réalisé par Xavier Giannoli
Avec Kad Merad, Cécile de France

Synopsis : Un anonyme devient soudain célèbre, sans savoir pourquoi.

Avis : Après le remarqué et remarquable Quand j’étais chanteur, Xavier Gianolli poursuit en quelque sorte son étude sociétale des affres de la célébrité. Si le personnage de Depardieu la vivait et la recherchait, celui de Kad Merad en revanche la subit et la fuit.
Le réalisateur parvient à admirablement scénariser un point de départ absurde (un homme se retrouve célèbre du jour au lendemain, sans raison apparente), jalonnant son propos d’un tas de questions auxquelles il ne répond pas forcément, mais qui titillent la cervelle. Un mot revient d’ailleurs comme un leitmotiv tout au long du film : Pourquoi ?
Naturellement, le film interroge sur notre société de l’image, sur la médiatisation, sa futilité et plus globalement sur le sens et l’utilisation que l’on peut faire de la notoriété. Au final, si les médias sont attaquables pour leur cynisme et leur peu de scrupule à consommer, exploiter puis abandonner ce qu’ils ont construit ou récupéré, c’est surtout l’inconstance et la volatilité de l’opinion publique qui est au cœur du film. Qu’est ce qui fait qu’un homme, un événement, un fait a priori banal, passionne puis lasse?
La réalisation de Gianolli est à l’avenant, nerveuse, intense, jamais complaisante, transformant cette intrigue kafkaïenne en un thriller existentiel, comme il avait pu le faire avec le passionnant A l’origine. Un climat de malaise plane constamment sur le film, ce qui ne le rend pas forcément très agréable, mais agrippe l’attention.
Cette tension tient surtout par la force de la réalisation et de l’interprétation (casting parfait qui réhabilitera sans doute Kad Merad après qu’il se soit égaré dans de trop nombreux projets indignes). L’histoire elle-même finit en effet par tourner en rond et par s’enliser dans son concept une fois intégré qu’il est inutile d’attendre l’explication de cette fulgurante notoriété.
Superstar n’est pas un film facile, mais assez passionnant dans sa forme et son traitement.

MOI, DEPUTE – 13/20

Moi, députéRéalisé par Jay Roach
Avec Will Ferrell, Zach Galifianakis, Jason Sudeikis

Synopsis : rsque le député chevronné Cam Brady commet une gaffe monumentale en public à l’approche des élections, un tandem de PDG milliardaires entend bien en profiter pour placer leur candidat et étendre leur influence sur leur fief, en Caroline du Nord. Leur homme n’est autre que le candide Marty Huggins qui dirige l’office du tourisme du coin. Si, au départ, Marty ne semble pas le candidat idéal, il ne tarde pas à se révéler un redoutable concurrent pour le charismatique Cam grâce à l’aide de ses bienfaiteurs, d’un directeur de campagne sans vergogne et des relations de ses parents dans la politique. Alors que le jour du scrutin approche, les deux hommes s’engagent dans un combat impitoyable : désormais, tous les coups sont permis entre Cam et Marty qui n’hésitent plus à s’insulter et à en venir aux mains dans un affrontement à mort. Car dans cet univers où la déontologie n’existe plus depuis bien longtemps, la politique prouve qu’on peut encore faire reculer les limites des pires bassesses…

Avis : Prétexte pour associer deux des plus délirants porte-drapeaux de la comédie US barrée, Moi, député est également opportuniste, surfant sur la campagne présidentielle américaine qui fait actuellement rage de l’autre côté de l’Atlantique.
Et pour le coup, le film offre un formidable terrain de jeu pour Ferrel et Galifianakis qui s’en donnent à cœur joie dans l’humour trashy et les répliques tantôt débiles tantôt assassines.
Si tout est exagérément poussé jusqu’à l’absurde et s’il respecte scrupuleusement les codes de la comédie potache, le film n’est pas aussi futile qu’il en à l’air et aborde mine de rien et sous couvert de la gaudriole des sujets sensibles comme l’appétit sexuel des politiciens, le poids des conseiller en image et le peu de constance des idéaux, le racisme ordinaire et surtout l’omnipotence des groupes industriels qui tirent les ficelles du grand jeu politique.
Portée de bout en bout par ce duo très en forme et déchainé, Moi, député faiblit cependant assez rapidement, se contentant de se reposer sur leur puissance comique et renonçant à l’originalité et à une part de subversion. Mais comme on se marre, on pardonne assez aisement.