Le top 15 de Cinétib 2012

En ce 31 décembre 2012 qui nous aura vu survivre à la fin du monde, il est donc de bon ton de classer les tops et flops de l’année ciné. Je vous propose donc de découvrir les 20 films qui ont marqué mes 365 derniers jours sur cette terre. En bien. Ou pas.

De rouille et d'osLaurence AnywaysSkyfall

Top 15
1 – De rouille et d’os
Parce que Audiard, Cotillard, Schoenaerts
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2 – Laurence anyways
Parce qu’un réalisateur si doué et singulier, ça se chouchoute
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3 – Skyfall
Parce que mettre de l’humain et une bonne grosse dose de cinoche chez l’agent 007, ça marche
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4 – Amour
Parce que c’est tristement beau, ou joliment triste
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5 – Les bêtes du sud sauvage
Parce qu’on aime aussi découvrir et s’émerveiller
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6 – Argo
Parce que Ben Affleck est un putain de réal
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7 – Dans la maison
Parce qu’on aime se faire manipuler au ciné
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8 – Camille redouble
Parce que c’est un feel good movie qui porte drôlement bien son nom
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9 – A perdre la raison
Parce qu’une claque
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10 – Bullhead
Parce que Matthias Schoenearts tout seul
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11 – Tyrannosaur
Parce que l’Angleterre n’a pas fini de délivrer des petits bijoux humanistes
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12 – Millenium
Parce que Fincher et le plus bel esthète du mal en activité
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13 – Hunger Games
Parce qu’il pervertit les codes du gros divertissement grand public
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14 – Margin call
Parce que le cynisme n’a pas de limite
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15 – The Amazing Spider-man
Parce que Andrew Garfield est Peter Parker (et le meilleur acteur Hollywoodien de sa génération au passage)
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15 bis – Anna Karenine
Parce que surprendre en adaptant un classique tient de la gageure
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Flop 5

1 – Holly Motors : Egotrip prétentieux et vain
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2 – Starbuck : Lourdingue, réac, facile, et d’une naïveté effrayante
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3 – Projet X : Plus idiot que ses personnages
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4 – Total Recall : Crime de lèse-majesté envers Philipp K. Dick
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5 – Tabou : Machin bobo tout vilain
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L’ODYSSEE DE PI – 13/20

L'Odyssée de PiRéalisé par Ang Lee
Avec Suraj Sharma, Irrfan Khan, Adil Hussain

Synopsis : Après une enfance passée à Pondichéry en Inde, Pi Patel, 17 ans, embarque avec sa famille pour le Canada où l’attend une nouvelle vie. Mais son destin est bouleversé par le naufrage spectaculaire du cargo en pleine mer. Il se retrouve seul survivant à bord d’un canot de sauvetage. Seul, ou presque… Richard Parker, splendide et féroce tigre du Bengale est aussi du voyage. L’instinct de survie des deux naufragés leur fera vivre une odyssée hors du commun au cours de laquelle Pi devra développer son ingéniosité et faire preuve d’un courage insoupçonné pour survivre à cette aventure incroyable.

Avis : Ang Lee n’est jamais là où on l’attend. Il s’est déjà aventuré dans la comédie culinaire (Sucré, salé), l’adaptation de classique (Raison et sentiments), le film d’arts martiaux (Tigres et dragons), le film de super-héros (Hulk), la romance gay entre cow-boys (Brokeback Mountain) ou encore la chronique hippie (Woodstock);
Il se lance avec l’Odyssée de Pi dans une entreprise ambitieuse, l’adaptation d’un roman réputé inadaptable, matériau de base d’une film familial ample et épique, emprunt d’une forte spiritualité.
Et délivre une œuvre solide, pas dépourvue de défauts, mais dont la virtuosité technique (la plus belle 3D depuis Avatar) , le beauté formelle et la rigueur narrative suffisent à en faire une belle réussite.
Les considérations religieuses, assez logiquement au cœur du récit, sont plus présentées comme constitutives du personnage central, un des piliers de ce conte initiatique. Mais Ang Lee se garde bien de demander une quelconque adhésion à son spectateur. En revanche, il l’immerge (au sens propre et figuré) dans ce conte initiatique grâce à une maestria affolante, rendant passionnant la dérive de ce garçon et de ce tigre au milieu d’un océan vivant et d’une richesse insoupçonnable.
Plus le récit avance, plus l’onirisme prend le dessus sur le réalisme initial, se dorant d’une poésie désespérée et s’achevant sur une conclusion d’une fascinante ambiguïté.
On pourra reprocher au film une mise en place un peu longuette et regretter l’utilisation du flash back, la partie actuelle étant assez faible.
Mais on se laisse facilement gagner par la force de la fable et on ne peut qu’être emporté par la richesse visuelle offerte par ce voyage surréaliste.

TABOU – 4/20

TabouRéalisé par Miguel Gomes
Avec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira

Synopsis : Une vieille dame au fort tempérament, sa femme de ménage Cap-Verdienne et sa voisine dévouée à de bonnes causes partagent le même étage d’un immeuble à Lisbonne. Lorsque la première meurt, les deux autres prennent connaissance d’un épisode de son passé : une histoire d’amour et de crime dans une Afrique de film d’aventures.

Avis : Archétype du film intello-chiant bobo ayant tendance à verser facilement dans la prétention, Tabou a pourtant mis à genoux la majorité des critiques parisiennes qui y ont vu un chef-d’œuvre intemporel d’une audace folle. Autant vous dire que je ne partage pas du tout cet enthousiasme béat.
Sur le fond, Tabou s’articule autour d’un canevas classique, la révélation des secrets d’une vielle dame au crépuscule de sa vie. Le film est divisé en deux parties, la première de nos jours au Portugal, racontant le quotidien de cette femme entourée de sa domestique et de sa voisine. La seconde narre le fameux secret, qui se révèle être une banale histoire d’adultère, le réalisateur jouant simplement la carte de l’exotisme en la situant en Afrique.
Tabou se veut ambitieux dans la forme, en optant pour un noir et blanc austère et un format 4/3 réducteur. Le résultat est terriblement terne. L’image est triste, souvent à contre-jour, étriquée et peu lisible. A cela s’ajoute une lenteur infinie et un jeu affreusement stéréotypé des acteurs. On hésite entre surjeu ou sousjeu, toujours est-il que les personnages sont soporifiques et totalement désincarnés. La deuxième partie joue de manière très appuyée et maladroite sur une transposition «cinégénique» d’une époque de carte postale, essayant de retranscrire à l’écran ces images d’une Afrique coloniale en papier sépia. Pas du tout cliché. On se contente donc d’une voix off et des sons de la savane pour rythmer un récit d’une banalité confondante, qui tente tant bien que mal d’insuffler une émotion factice. Dans ce théâtre artificiel, les personnages jouent leur partition en mode muet, aussi expressifs que des pantins. Le procédé est d’autant plus critiquable que le format 4/3 et ce très vilain noir et blanc appauvrissent et rapetissent des paysages que l’on devine pourtant sublimes.
Un chef-d’œuvre donc pour beaucoup, une escroquerie cinématographique pour moi.

MAIN DANS LA MAIN – 13,5/20

Main dans la mainRéalisé par Valérie Donzelli
Avec Valérie Lemercier, Jérémie Elkaïm, Béatrice de Staël

Synopsis : Quand Hélène Marchal et Joachim Fox se rencontrent, ils ont chacun des vies bien différentes. Hélène dirige la prestigieuse école de danse de l’Opéra Garnier, Joachim, lui, est employé d’un miroitier de province.
Mais une force étrange les unit. Au point que, sans qu’ils puissent comprendre ni comment, ni pourquoi, ils ne peuvent plus se séparer.

Avis : Après le brillant, inimitable et plébiscité La Guerre est déclarée, Donzelli évite la redite en délaissant le drame familial pour s’aventurer sur le terrain de la comédie romantique un brin absurde et décalée. Le charme délicat de sa mise en scène protéiforme subsiste, même si son propos plus léger rend Main dans la main forcément moins claquesque que son prédécesseur. Mais l’inventivité de la réalisation, l’adéquation toujours parfaite des images et de la musique, la finesse de l’interprétation, le soin apporté aux personnages le maintient dans le haut du panier de la production française.
Écrits pour le duo Lemercier / Elkaïm, les dialogues très travaillés font fonctionner efficacement cet improbable couple. L’actrice se fond dans l’univers de la réalisatrice avec une belle humilité et ça lui va très bien. Certes, leur jeu un peu théâtral peut décontenancer, mais il fait parti intégrante de cet univers. Burlesque, mais pas dénué d’émotion, Donzelli impose un style singulier qui prouve qu’il peut voyager dans différents genres.
Frais, touchant, décalé et attachant.

LES BETES DU SUD SAUVAGE – 15/20

Les Bêtes du sud sauvageRéalisé par Benh Zeitlin
Avec Quvenzhané Wallis, Dwight Henry, Levy Easterly

Synopsis : Hushpuppy, 6 ans, vit dans le bayou avec son père.
Brusquement, la nature s’emballe, la température monte, les glaciers fondent, libérant une armée d’aurochs.
Avec la montée des eaux, l’irruption des aurochs et la santé de son père qui décline, Hushpuppy décide de partir à la recherche de sa mère disparue.

Avis : Concentré d’énergie et de vie à la beauté électrisante, Les bêtes du Sud Sauvage mérite assez largement les louanges dressées au fil des ses projections dans les divers festivals. Grâce à une grande maîtrise narrative, le film passe progressivement d’un style quasi-documentaire à une fable onirique au propos fort et intense. Sans complaisance et avec une saisissante poésie, le jeune réalisateur s’intéresse au sort d’une communauté de laissés pour compte vivant dans une extrême pauvreté, mais refusant de quitter ses terres reculées du bayou, même lorsque la nature dévaste le peu de biens qu’ils possèdent.
Cette histoire est racontée à travers les yeux d’une épatante gamine de 6 ans qui va voir sa vision du monde transformée par l’ouragan. Elle va devoir repenser sa relation à une nature qu’elle pensait avoir apprivoisée, mais aussi son rapport à un père violent et taciturne, mais aimant, qui va doucement évoluer alors qu’elle quitte le monde de l’enfance. Le film porte aussi l’empreinte de ses peurs enfantines, qu’elle affronte avec un regard qui vous happe, vous bouleverse. La fascinante présence et l’incroyable maturité de la jeune actrice qui incarne Hushpuppy sont évidemment les plus marquants des nombreux atouts du film. Encadrant le parcours de la fillette, le récit se met en place progressivement, des scènes quotidiennes pré-apocalyptiques aux combats parfois fantasmés menés pour se remettre des balafres causés par la tornade, rythmé par la voix off de la petite Hushpuppy et une musique aérienne parfaitement adaptée.
Joliment simple. Emotionnellement fort.

ANNA KARENINE – 14/20

Anna KarenineRéalisé par Joe Wright
Avec Keira Knightley, Jude Law, Aaron Taylor-Johnson

Synopsis : Russie, 1874, la belle et ardente Anna Karénine jouit de tout ce à quoi ses contemporains aspirent : mariée à Karénine, un haut fonctionnaire du gouvernement à qui elle a donné un fils, elle a atteint un éminent statut social à Saint-Pétersbourg. À la réception d’une lettre de son incorrigible séducteur de frère Oblonski, la suppliant de venir l’aider à sauver son mariage avec Dolly, elle se rend à Moscou. Au cours de son voyage, elle rencontre la comtesse Vronski que son fils, un charmant officier de la cavalerie, vient accueillir à la gare. Quelques brefs échanges suffisent pour éveiller en Anna et Vronski une attirance mutuelle…

Avis : Après une parenthèse mitigée dans le film d’action (Hanna) Joe Wright retrouve sa muse Keira Knightley et revient à ce qu’il sait faire de mieux, la fresque romantique. Et signe une adaptation impériale du classique de Tolstoï, moderne sans pour autant dénaturer l’œuvre grâce à une réalisation inspirée et vigoureuse. Un souffle romanesque et épique balaie le film de bout en bout. Wright réinvente le genre en faisant preuve d’une créativité bouillonnante, tout en conservant un certain classicisme. Une scène de bal étourdissante, des acteurs qui évoluent comme des danseurs au milieu d’une foule figée, un train électrique qui devient réel, autant d’idées originales et stimulantes pour le spectateur, comme cet audacieux pari de créer tous les décors intérieurs dans un même lieu, si bien qu’ils donnent l’impression de bouger autour des personnages et non l’inverse.
La mise en scène magnifie les thèmes du classique, la fulgurance de la passion, l’émancipation féminine, le poids des apparences et de la respectabilité de la haute bourgeoisie dans la Russie impériale… On est très loin du théâtre filmé, on assiste plutôt à un travail sur l’espace et le rythme qui fait immanquablement penser dans la démarche au Dogville de Lars Von Trier, même si le résultat est très différent, la flamboyance d’Anna Karenine s’opposant à l’austérité du danois.
Les acteurs sont au diapason et incarnent remarquablement ses grandes figures classiques. Keira Knightley enfile les (superbes) tenues de Anna Karenine comme une seconde peau et traduit avec passion les émois de le jeune femme. En face, le très charismatique Aaron Johnson donne chair à un Vronski fiévreux tandis que Jude Law est d’une sobriété épatante en mari cocu. Mais aussi la très précieuse Olivia Williams, l’intriguante Ruth Wilson (Luther), Matthew McFadyen…
Une fresque romanesque en forme de valse tourbillonnante fort convaincante.

MAIS QUI A RE-TUE PAMELA ROSE – 12/20

Mais qui a re-tué Pamela Rose ?Réalisé par Kad Merad, Olivier Baroux
Avec Kad Merad, Olivier Baroux, Audrey Fleurot

Synopsis : Quand il reçoit un appel du shérif de Bornsville lui annonçant que le cercueil de Pamela Rose a été volé, l’agent Douglas Riper voit là une occasion de renouer les liens avec son ancien coéquipier Richard Bullit. Un ex-ami avec lequel il est brouillé, depuis des années, suite à une fâcheuse histoire de femme et de Fuego. Les deux anciennes gloires du FBI, devenus des purs has been, se retrouvent donc pour enquêter sur cette profanation, sans savoir qu’ils sont en réalité attirés dans un piège par un homme qui leur en veut beaucoup. Sans se douter non plus qu’ils seront bientôt les seuls à être au courant que la présidente des Etats-Unis of America est sur le point d’être assassinée. Rien que ça…

Avis : Kad et O reforment leur duo culte sur grand écran pour la suite des aventures des agents Riper et Bullit. On sent un réel plaisir de se retrouver et de partager leur délire avec leur public. Car le film s’adresse exclusivement aux fans de l’humour absurde et régressif de leurs débuts. En cela, Mais qui a retué Pamela Rose est plutôt réussi. Kad et O font et disent beaucoup de conneries. Parfois ça fonctionne, parfois pas du tout, mais on sent au moins une réelle sincérité dans la démarche, jusqu’à un sens très poussé de l’assomption du bide. Si les deux compères ne se sont pas emmerdés avec le scénario, se contentant d’une succession de sketchs plus ou moins fendards, il y a suffisamment de moments drolatiques pour garantir de passer un moment fun et distrayant. D’autant plus que les rôles secondaires assurent, Omar et Lafitte en tête.
On est donc dans l’ensemble plutôt contents de ces retrouvailles!
Re-con, re-drôle.