LES PETITS MOUCHOIRS – 7/10

Réalisé par Guillaume Canet
Avec François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel

Les Petits mouchoirs

 

Synopsis : A la suite d’un événement bouleversant, une bande de copains décide, malgré tout, de partir en vacances au bord de la mer comme chaque année. Leur amitié, leurs certitudes, leur culpabilité, leurs amours en seront ébranlées. Ils vont enfin devoir lever les « petits mouchoirs » qu’ils ont posés sur leurs secrets et leurs mensonges.

Avis : Certes, Guillaume Canet avec ses petits mouchoirs enfonce des portes ouvertes. Mais ils les enfoncent avec style. Avec beaucoup de style. Se reposant sur une qualité de dialogues bien au dessus de la moyenne, fins, efficaces, drôles et aiguisés comme des couteaux, il impose rapidement ses personnages et on devine très vite les enjeux du film, un regard sans concession sur les relations humaines, en particulier amicales, des petites mesquineries aux comportements égoïstes en passant par la lassitude due à une certaine routine. Et ce, malgré les liens que l’on sent forts et sincères qui unissent les personnages. Et si cela touche autant, c’est que ça sonne vrai. On s’y retrouve forcément à un moment. Canet s’en sort d’ailleurs admirablement lorsqu’il s’agit d’amener des moments plutôt casse-gueules (dont je ne parlerais pas pour ne rien révéler). On est scotché deux ou trois fois.
S’il confirme son savoir-faire pour filmer les groupes et les personnages qui se croisent (déjà bien visible dans Ne le dis à personne), il impose surtout son impressionnant talent de directeur d’acteurs.
Ils sont tous formidablement à leur place, jouant leur partition à l’unisson, sans cabotinage. On sent une grande cohésion et une parfaite homogénéité dans cette distribution très solide, de laquelle émerge malgré tout Cluzet avec un rôle très complexe de râleur hystérique, et Cotillard, qui confirme son statut de bombe à émotions.
Alors oui, les situations ne brillent pas forcément par leur originalité, et on a déjà vu cent fois ce scénario d’une bande de potes qui finissent par se déchirer. Mais il est assez rare que cela soit fait avec autant de sincérité. La principale réussite de Canet (et pas des moindres) est de nous embarquer dans son histoire au point qu’on ne voit pas passer les 2h30 du film.

ELLE S’APPELAIT SARAH – 7/10

Réalisé par Gilles Paquet-Brenner
Avec Kristin Scott Thomas, Mélusine Mayance, Niels Arestrup

 Elle s'appelait Sarah

 

Synopsis : Julia Jarmond, journaliste américaine installée en France depuis 20 ans, enquête sur l’épisode douloureux du Vel d’Hiv.
En remontant les faits, son chemin croise celui de Sarah, une petite fille qui avait 10 ans en juillet 1942.
Ce qui n’était que le sujet d’un article devient alors, pour Julia, un enjeu personnel, dévoilant un mystère familial.
Comment deux destins, à 60 ans de distance, vont-ils se mêler pour révéler un secret qui bouleversera à jamais la vie de Julia et de ses proches ?
La vérité issue du passé a parfois un prix dans le présent…

Avis : Aux lecteurs du roman de Tatiana de Rosnais, Elle s’appelait Sarah apparaitra comme une adaptation fidèle et convaincante du best-seller. Aux autres, comme un très beau thriller historique, bien ficelé et émouvant, mêlant devoir de mémoire et quête personnelle.

Evidemment, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec La Rafle, sorti il y a quelques mois, qui évoquait également les événements du Vél d’hiv. Mais là où la rafle était un téléfilm pédagogique à la réalisation paresseuse et aux effets tire-larme compensant des dialogues simplistes et un jeu d’acteur médiocre, Elle s’appelait Sarah se distingue positivement par un traitement loin de l’outrance du premier. Une retenue d’autant plus judicieuse qu’elle renforce à la fois le témoignage historique et la trame romanesque.
En alternant efficacement entre les deux époques, le réalisateur insiste sur les répercutions des actes du passé sur le présent (et par conséquent du présent sur le futur). Le fait de proposer une fiction, loin d’amoindrir le propos, lui donne au contraire une forte résonnance à notre propre histoire et rapproche le spectateur des personnages en suscitant une vibrante et réelle émotion. Sans jamais tomber dans le pathos, Paquet-Brenner créé une sincère empathie en faisant simplement confiance à son histoire et à ses interprètes.

Car la réussite vaut également par la sobriété des acteurs, notamment des deux comédiennes qui portent le film, la jeune et incroyablement convaincante Mélusine Mayance et Kristin Scott Thomas, dont l’élégance et la grâce maintiennent constamment le film dans une dignité tenue et une justesse remarquable.

J’ai l’habitude de dire que la plus grande actrice française est anglaise, et cette nouvelle performance magistrale ne peut que me pousser à une nouvelle déclaration d’amour pour KST… Elle aborde ici un nouveau registre, plus effacée mais pas moins intense, très éloignée de la froideur et du mal être d’Il y a longtemps que je t’aime, de la passion de Partir ou de l’ambigüité de Crime d’amour, pour ne parler que de ses derniers films. Ses silences, ses gestes, ses regards, son phrasé, tout y est évident, elle habite l’écran avec un tact et une classe qui la rendent si unique, et donc si précieuse pour le cinéma français.

Elle est bien sûr le socle solide sur lequel s’appuie le film qui, s’il n’est pas exempt de défauts (quelques maladresses dans la mise en scène, des raccourcis parfois abrupts dans le scénario), réussit le pari d’une fresque populaire digne et bouleversante, à hauteur humaine, tout en remplissant le nécessaire et éclairant devoir de mémoire sur une période noire de notre histoire.

THE SOCIAL NETWORK – 7,5/10

Réalisé par David Fincher
Avec Jesse Eisenberg, Justin Timberlake, Andrew Garfield

 The Social Network

Synopsis : Une soirée bien arrosée d’octobre 2003, Mark Zuckerberg, un étudiant qui vient de se faire plaquer par sa petite amie, pirate le système informatique de l’Université de Harvard pour créer un site, une base de données de toutes les filles du campus. Il affiche côte à côte deux photos et demande à l’utilisateur de voter pour la plus canon. Il baptise le site Facemash. Le succès est instantané : l’information se diffuse à la vitesse de l’éclair et le site devient viral, détruisant tout le système de Harvard et générant une controverse sur le campus à cause de sa misogynie. Mark est accusé d’avoir violé intentionnellement la sécurité, les droits de reproduction et le respect de la vie privée. C’est pourtant à ce moment qu’est né ce qui deviendra Facebook. Peu après, Mark crée thefacebook.com, qui se répand comme une trainée de poudre d’un écran à l’autre d’abord à Harvard, puis s’ouvre aux principales universités des États-Unis, de l’Ivy League à Silicon Valley, avant de gagner le monde entier…
Cette invention révolutionnaire engendre des conflits passionnés. Quels ont été les faits exacts, qui peut réellement revendiquer la paternité du réseau social planétaire ? Ce qui s’est imposé comme l’une des idées phares du XXIe siècle va faire exploser l’amitié de ses pionniers et déclencher des affrontements aux enjeux colossaux…

Avis : Qui aurait cru qu’un film sur Facebook centré sur la personnalité d’un nerd asocial d’à peine 25 ans puisse être aussi passionnant ? Pas grand monde en vérité. Sauf qu’à partir du moment où un projet tombe entre les mains de David Fincher, ça interpelle… et à raison. Le réalisateur sait comme personne user d’un esthétisme irréprochable et d’un sens aigu du récit pour livrer des bombes horrifiques (Seven), violentes (Fight club), claustrophobiques (Panic Room), anxiogène (Zodiac)  ou romanesques (Benjamin Button) – pas grand-chose à jeter, hein ?

Avec The social network, il change de registre pour décrire l’ascension fulgurante du créateur de Facebook, à travers un récit tenu et linéaire, concis, porté par des dialogues brillants et débités à un rythme aussi intense que l’excitation suscitée par la création du réseau.

Fincher se concentre donc plus sur ses personnages que sur le style général du film, bien que certaines scènes (création de Facematch, recrutement des stagiaires, course d’aviron…), rappellent quel incroyable cinéaste il est. Mais c’est surtout la concision avec laquelle les personnages principaux sont croqués, sans jugement, sans manichéisme, qui frappe. Emportés dans un tourbillon qui les dépasse, ils sont le reflet d’une révolution en marche, inéluctable, et forcément dévastatrice.

Les protagonistes étant au cœur du récit, l’excellence de l’interprétation est donc pour beaucoup dans la réussite du film. Fincher, en filmant leurs parties de ping pong verbal leur offre une complicité évidente et donne une authenticité étonnante à cette histoire pourtant récente. Andrew Garfield, déjà impressionnant dans Boy A, domine un casting où se révèle Jesse Eisenberg en nerd revanchard et désintéressé dont la principale ambition est de reconquérir son ex, représentation crédible de Zuckerberg, et Justin Timberlake, parfait en jeune Tycoon tête à claques.

Au final, The social network est une fable fascinante mêlant subtilement les thèmes de la réussite, du pouvoir, de l’amitié, des trahisons, de l’amour, chacun d’entre eux se répercutant sur les autres.

Et qui se termine sur une morale imparable. On peut avoir 500 millions d’amis et se retrouver désespérément seul…

MOI, MOCHE ET MECHANT – 6,5/10

Réalisé par Pierre Coffin, Chris Renaud
Avec Steve Carell, Jason Segel, Russell Brand

 Moi, moche et méchant

Synopsis : Dans un charmant quartier résidentiel délimité par des clôtures de bois blanc et orné de rosiers fleurissants se dresse une bâtisse noire entourée d’une pelouse en friche. Cette façade sinistre cache un secret : Gru, un méchant vilain, entouré d’une myriade de sous-fifres et armé jusqu’aux dents, qui, à l’insu du voisinage, complote le plus gros casse de tous les temps : voler la lune (Oui, la lune !)…
Gru affectionne toutes sortes de sales joujoux. Il possède une multitude de véhicules de combat aérien et terrestre et un arsenal de rayons immobilisants et rétrécissants avec lesquels il anéantit tous ceux qui osent lui barrer la route… jusqu’au jour où il tombe nez à nez avec trois petites orphelines qui voient en lui quelqu’un de tout à fait différent : un papa.
Le plus grand vilain de tous les temps se retrouve confronté à sa plus dure épreuve : trois fillettes prénommées Margo, Edith et Agnes.

Avis : Nouveau venu sur le segment de l’animation, Universal frappe fort d’entrée avec son équipe à majorité française (petit cocorico au passage).

Si Pixar est encore à des années-lumière, Moi moche et méchant est nettement plus drôle et inventif que la plupart des films Dreamworks ou Fox.

Un anti-héros en guise de personnage principal, magistralement doublé par Steve Carel, des petites filles adorables et attachantes, et les minions, ce petit peuple jaune hilarant tout acquis à la cause du méchant Gru, sont autant d’atouts auxquels viennent s’ajouter une 3D judicieuse, de nombreux gags, des trouvailles visuels et une histoire rondement menée à un rythme qui ne faiblit jamais.

On passe vraiment un très agréable moment, fun et distrayant. C’est manifestement la principale ambition de Moi, Moche et méchant, et c’est méchamment bien fait.

KABOOM – 6,5/10

Réalisé par Gregg Araki
Avec Thomas Dekker, Juno Temple, Roxane Mesquida

 Kaboom

 

Synopsis : Smith mène une vie tranquille sur le campus – il traîne avec sa meilleure amie, l’insolente Stella, couche avec la belle London, tout en désirant Thor, son sublime colocataire, un surfeur un peu simplet – jusqu’à une nuit terrifiante où tout va basculer. Sous l’effet de space cookies ingérés à une fête, Smith est persuadé d’avoir assisté à l’horrible meurtre de la Fille Rousse énigmatique qui hante ses rêves. En cherchant la vérité, il s’enfonce dans un mystère de plus en plus profond qui changera non seulement sa vie à jamais, mais aussi le sort de l’humanité.

Avis : Foutraque, sexy et inspiré, Kaboom débute comme une comédie ado trash et se termine en trip apocalyptique faussement cheap.

Plus maitrisé et consistant que Smiley face, (beaucoup) plus léger que Mysterious Skin, le nouveau Araki donne dans le decomplexé et l’anxiogène à la Lynch (référence avouée du réalisateur sur ce film, même si on en est quand même assez loin), tout en misant (juste) sur ce qu’il fait de mieux, la description d’une jeunesse libérée en quête de plaisir, mais aussi de repères et de vérités.

Répliques savoureuses, casting séduisant (à la fois par la plastique et un jeu très juste), Kaboom nous entraîne dans un joyeux bordel, halluciné et jouissif.

TOUT VA BIEN, THE KIDS ARE ALL RIGHT – 6,5/10

Réalisé par Lisa Cholodenko
Avec Annette Bening, Julianne Moore, Mark Ruffalo

 Tout va bien, The Kids Are All Right

Synopsis : Maintenant que Joni a l’âge légal pour accéder à leur dossier à la banque du sperme, son frère et elle décident de retrouver le donneur dont ils sont tous deux issus. Papa-donneur est rapidement séduit par les deux adolescents qui frappent à sa porte.

Spontanément, ils l’invitent à dîner pour la présentation aux parents : deux mamans qui vivent ensemble depuis 20 ans. Mais l’arrivée d’un papa sexy peut causer beaucoup de dégâts…

Avis : Assez paradoxalement,  The kids are all right est à la fois improbable pour maintes raisons et notamment certaines simplifications scénaristiques (arrivée très rapide du père, adhésion quasi immédiate des enfants, coup de foudre pour une des mères…), et en même temps d’une grande authenticité.  Or c’est plutôt cette dernière impression qui domine. Le couple formé par Annette Bening et Julianne Moore est évident, tellement juste, qu’on adhère complètement à leur histoire. Il fallait deux actrices exceptionnelles pour incarner ce modèle familiale (encore) atypique et lui donner la véracité nécessaire. Avec ce duo d’actrices, la réalisatrice s’offre un casting parfait, émouvant et drôle (car on rit beaucoup également).

Sans jamais occulter les problèmes et les difficultés liés à la construction d’une famille homoparentale, la réalisatrice parvient, grâce à un équilibre subtil entre drame et comédie, à imposer ses personnages dans une réalité sociale et par conséquent à leur offrir une visibilité assez rare, car dénuée de tout trait caricatural et ancrée dans cette réalité.

On en sort sous charme.

LES AMOURS IMAGINAIRES – 7/10

Réalisé par Xavier Dolan
Avec Monia Chokri, Niels Schneider, Xavier Dolan

 Les Amours Imaginaires

Synopsis : Francis et Marie, deux amis, tombent amoureux de la même personne. Leur trio va rapidement se transformer en relation malsaine où chacun va tenter d’interpréter à sa manière les mots et gestes de celui qu’il aime…

Avis : Dolan dépeint avec une infinie justesse et un style déjà bien assuré pour son jeune âge les tourments et les attractions adolescents. Il parvient à parfaitement rendre compte des sentiments qui affluent dans la tête du duo d’amis rivaux, tout en gardant efficacement le mystère sur les intentions du bellâtre blond.

Voilà pour le fond. Sur la forme, le jeune réalisateur confirme la virtuosité entrevue dans J’ai tué ma mère, en y ajoutant pas mal de maîtrise et une touche d’humour bienvenue. Bien sûr, il ne faut pas être allergique aux ralentis… Il en abuse certainement un peu, et certaines scènes très appuyées sont sans doute superflues, atténuant la force d’autres à la beauté formelle fascinante. Ceci dit, cela confère au film un esthétisme propre au jeune prodige, un style très personnel qui donne envie de découvrir la suite du travail du talentueux québécois.