CALL ME BY YOUR NAME – 17/20

Image associéeDe Luca Guadagnino
Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg

Chronique : La légèreté d’un été en Italie, la force d’un premier amour, la confusion de sentiments irrépressibles, tout dans Call Me By Your Name sonne comme une douce et terrassante évidence.
Luca Guadanino installe son récit dans une campagne italienne qui séduit et enivre immédiatement et présente la famille d’Elio, érudite et polyglotte comme prête à succomber à toute provocation sensualiste. Sa mise en scène chaude et naturaliste, habillée de quelques charmeuses notes de piano, crée d’emblée une ambiance singulière et unique. Les couleurs, les odeurs, la lumière, les sons et les silences, tout est retranscrit avec une justesse confondante. Une sorte de langueur bienveillante qui va être progressivement balayée par la présence d’Oliver. Son arrivée et l’inverse d’une déflagration, elle va lentement, délicatement incarner le conflit entre le corps et l’esprit, la raison et les sens. Le rapprochement entre Elio et Oliver en est la manifestation la plus éloquente, mais elle va impacter l’ensemble des personnages qui les entourent (un bouleversant monologue paternel vous laissera les yeux brumeux). Toujours appuyée par des dialogues littéraires très inspirés et éclairant sur chacun des protagonistes, la réalisation de Guadanino n’en est pour autant jamais poseuse, en rien prétentieuse. Sa caméra comprend tout de ses personnages, saisit les instants, les regards qu’échangent Elio et Oliver, les postures et les contrariétés, faisant dériver son histoire vers des sommets de sensualité. Cela pourrait être provoquant, c’est évident. Le désir, l’éveil des sens, l’exploration de sa bisexualité pour Elio, la honte passagère, la plénitude d’un instant de bonheur même furtif, tout est amené avec une finesse et une subtilité assez rare jusqu’à un générique de fin qui vous serre la gorge quand il ne vous tire pas les larmes. Car le contexte social de l’époque, s’il n’est pas explicitement évoqué, est toujours présent. Le poids du silence, la peur de sortir de la norme, la certitude que cet été ne peut être qu’une parenthèse enchantée, ces éléments ne sont jamais assénés mais induits et constituants de la relation entre les deux garçons.
Si l’on devait trouver une dernière qualité à Call Me By Your Name, comment ignorer l’excellence de son interprétation, des parents d’Elio (formidable Amira Cassar, touchant Michael Stuhlbarg), à la petite amie délaissée (Esther Garrel) en passant par l’ « objet de son affection », Oliver, à qui le charisme d’Armie Hammer apporte un irrésistible pouvoir de séduction un brin désinvolte. Mais c’est bien Timothé Chalamet qui crève l’écran. Quelle révélation, quel acteur. Il se dégage de son Elio quelque chose de rare. Tour à tour lumineux, capricieux, jaloux, impatient, fiévreux, indécis, séduisant. Amoureux, tout simplement. Son interprétation (ce plan final… désarmant) est d’une richesse et d’une justesse fascinante.
Call Me By Your name, sans jamais être ostentatoire, raconte cet apprentissage de la vie, ce rite de passage, ce souvenir à la fois délicieux et douloureux. Avec légèreté tout d’abord, jusqu’à ce qu’il vous entraîne sur des territoires plus complexes et des émotions qui vous arrachent le cœur. Si l’on est saisi à ce point, c’est que ce qui rapproche Elio et Oliver cet été-là a une portée universelle. Celle de l’amour. Juste d’un amour.
Magnifique.

Synopsis : Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

LA FORME DE L’EAU – 11,5/20

La Forme de l'eau - The Shape of Water : AfficheDe Guillermo del Toro
Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins

Chronique : La Forme de l’eau est une jolie fable, un conte merveilleux et candide qui verrait Amélie Poulain jouer la Belle et la Bête. Hymne à la tolérance naïf mais à l’esthétique très prononcée, le nouveau film de Guillermo Del Toro s’appuie sur un imaginaire foisonnant rétro et kitch et un souci du détail remarquable, que ce soit dans un production design irréprochable, soignée et immersif, ou le choix de la bande son qui transforme parfois le film en une sympathique comédie musicale. Son univers gothique un brin enfantin ne cache cependant pas un récit un peu étriqué, au cœur duquel des personnages monolithiques ont du mal à évoluer. Michael Shannon est une caricature de lui-même dans un rôle de méchant pervers et violent sans nuance, excessif et fatiguant, tandis que Sally Hawkins est certes touchante dans le rôle de la Elisa, mais son personnage de femme de ménage muette offre peu de surprise et d’aspérités. Les personnages secondaires sont quant à eux des caricatures servant de faire-valoir, et nous éloignent du cœur du film, l’étrange relation amoureuse naissante entre Elisa et la créature. Le propos se veut politique ou du moins revendique une vision progressiste qu’on ne peut que partager, mais enfonce de fait des portes ouvertes de façon peu subtile.
Del Toro agrémente par ailleurs le scénario de scènes de nudité ou de violence dont on peut questionner la nécessité, alors que l’histoire est franchement naïve. D’autant plus qu’il semble rechigner à vraiment creuser ou approfondir le rapprochement entre Elisa et la bête, qu’on doit très vite accepter comme un fait.
La Forme de l’eau est formellement une réussite. Il offre un univers riche et singulier, traversé d’un onirisme incontestable. Il peine cependant à émouvoir et à dépasser ses belles intentions, engoncé dans une histoire attendue, inutilement prolongée par de faibles intrigues secondaire et au final peu spectaculaire.
C’est mignon, mais de là à cumuler 13 nominations aux Oscars…

Synopsis : Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

BLACK PANTHER – 14/20

Black Panther : AfficheDe Ryan Coogler
Avec Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong’o

Chronique : Marvel a l’habitude d’attirer des réalisateurs singuliers et à l’univers très personnel pour mettre en scène ses blockbusters. Même si leur vision est forcément un peu à l’étroit dans le MCU, chacun réussit à apporter son originalité et son savoir-faire aux super-héros dont il a la charge. Le Thor de Kenneth Branagh était shakespearien à souhait, celui de Taika Waititi délicieusement décalé, les Gardiens de la Galaxie de Gunn foisonnants et turbulents, pour ne parler que des collaborations les plus marquantes. Ça ne fonctionne pas à chaque fois, on pense au rendez-vous manqué avec Edgar Wright sur Ant-man, mais dans l’ensemble et contrairement à Star Wars, les réalisateurs peuvent mettre en œuvre ce pour quoi ils ont été embauchés, à condition de respecter le cahier des charges. Le choix de Ryan Coogler pour Black Panther va au-delà de la simple vision artistique, car il revêt un indéniable caractère politique. Que le réalisateur de Fruitvale Station, plaidoyer contre la violence policière dont est victime la communauté afro-américaine, prenne en main le destin du premier super-héros noir n’a rien d’anodin. Il embrassait déjà la cause afro-américaine dans le très réussi Creed, spin-off mainstream de Rocky, une transition idéale vers Black Panther, blockbuster monumental parmi les plus attendus de ces dernières années. Le talent de Coogler n’étant plus à démontrer, restait à savoir s’il n’allait pas être écrasé par l’ampleur de la tâche et de son poids symbolique. La réponse est dans la question. Black Panther réussit à respecter les canons du film Marvel (ça c’est la partie sans surprise) tout en s’en démarquant par l’évidence de son sujet. Assénant des messages à la portée sociale significative, sans esbrouffe mais avec une clarté éloquente, le réalisateur utilise les codes du blockbuster pour questionner sur des sujets très personnels et/ou éminemment politiques. Il met en particulier l’accent sur la richesse intrinsèque du continent africain et fait par extension le procès du colonialisme (le Wakanda est une utopie qui aurait vu un pays Africain exploiter lui-même ses ressources et prospérer), mais aussi sur les limites d’un protectionnisme exacerbé qui ne prémunit pas forcément de tensions internes et interdit de venir en aides aux opprimés en dehors de son territoire. Il questionne surtout sur un sujet qui lui est cher, la place de l’homme noir dans la société américaine, à travers le personnage de Killmonger, orphelin du Wakanda de sang royal mais n’ayant jamais connu l’Afrique. Ce dernier symbolise la lutte historique à l’intérieur du mouvement afro-américaine contre le racisme entre combat pacifiste et action violente.
En outre, Coogler infuse constamment la culture africaine dans son long-métrage, que ce soit à travers l’art, la musique, la danse, les costumes (splendides). Black Panther est pour son réalisateur autant une tribune inédite pour un discours engagé qu’un vibrant hommage aux origines de la communauté afro-américaine.
Mais il n’oublie pas d’être également un très bon divertissement. Si le récit est plutôt calibré, agréable mais peu surprenant dans son déroulé, il séduit à travers de fabuleux décors (Le Wakanda est riche, inventif et majestueux) et des personnages travaillés et attachants, conférant au passage au film une dimension féministe notoire, tant les personnages féminins sont naturellement clés dans l’intrigue.
De plus, Black Panther parvient à éviter l’écueil habituel des films de super-héros qui consiste à proposer un bad guy indigent. Les motivations de Killmonger, fondamentalement humain, en font un antagoniste hautement plus intéressant qu’un alien en CGI. Le charisme évident de Michael B Jordan joue évidemment beaucoup dans la perception de ce bad guy complexe.
D’aucuns diront que c’est le meilleur méchant Marvel, vous me permettrez de maintenir ma préférence pour Loki, mieux construit et plus ambiguë à mes yeux. Jordan n’est pas seul à briller, le casting est globalement très convaincant, partagé entre vétérans (Forest Whitaker, Angela Basset), jeunes talents habitués au cinéma indépendant et aux séries TV (Chadwick Boseman évidemment, Lupita Nyong’o, mais aussi Daniel Kaluuya de Get Out, Sterling J Brown de This is Us) et une révélation, Letitia Wright, en sœur geek surdouée du héros.
Si on n’échappe pas aux scènes de combats règlementaires qu’on écourterait bien de quelques minutes, Black Panther se positionne comme le blockbuster conscient le plus marquant depuis les deux premiers X-Men, paraboles plus imagées mais tout aussi signifiantes sur l’ostracisation des minorités.
A l’heure ou ces lignes sont publiées, Black Panther vient de signer le deuxième démarrage de tous les temps aux Etats-Unis. Au-delà des indéniables qualités divertissantes du film, le symbole parle du lui-même.

Synopsis : Après les événements qui se sont déroulés dans Captain America : Civil War, T’Challa revient chez lui prendre sa place sur le trône du Wakanda, une nation africaine technologiquement très avancée. Mais lorsqu’un vieil ennemi resurgit, le courage de T’Challa est mis à rude épreuve, aussi bien en tant que souverain qu’en tant que Black Panther. Il se retrouve entraîné dans un conflit qui menace non seulement le destin du Wakanda, mais celui du monde entier…

NI JUGE, NI SOUMISE – 13/20

Ni juge, ni soumise : AfficheDe Jean Libon, Yves Hinant

Chronique : Ni juge, ni soumise, déclinaison cinématographique de l’émission culte StripTease, se révèle être une immersion assez fascinante au cœur de la justice belge. Mais si le documentaire est aussi saisissant, c’est qu’il suit un personnage fantasque, surprenant et séduisant, au verbe haut et à la répartie imparable.
Sans filtre, ni tabou, la juge Anne Gruwez est un petit bout de femme hors norme qu’on ne penserait rencontrer que dans univers fictionnel. Mais ici tout est vrai. On la suit déterrant (au sens propre comme au figuré), une histoire de meurtre vieille de 20 ans qui sera le fil rouge du film. En parallèle, le quotidien. Des histoires de mœurs, de violences conjugales, des petits larcins aux crimes les plus abominables (le regard d’une mère infanticide crée un malaise palpable et foncièrement dérangeant dans les derniers instants du film), la juge s’en sort toujours par une pirouette ou un bon mot à l’humour très noir. Le cocasse se dispute en permanence au sordide.
Mais plus on avance dans le reportage plus on comprend que ce bagout et cette attitude parfois désinvolte face à l’horreur qu’elle côtoie constitue pour la juge Gruwez une armure indispensable. Il faut bien toute la hauteur et la distance qu’elle manifeste pour trouver la force d’y revenir chaque jour.
Certes, Ni juge ni soumise est souvent drôle, on rit, mais souvent d’un rire gêné, parfois aux dépens des prévenus, parfois même de la justice belge elle-même. Un rire embarrassé, de ces rires qui permettent d’échapper à la tension de scènes surréalistes et dérangeantes. Le rire et l’humour pour faire face à la misère et la violence du monde. Un rire qu’on ne voudrait pas condescendant, mais qui l’est un peu malgré nous, c’est la petite limite du film. Son atout majuscule est bien ce personnage inimitable qu’est la juge Gruwez.

Synopsis : Ni Juge ni soumise est le premier long-métrage StripTease, émission culte de la télévision belge. Pendant 3 ans les réalisateurs ont suivi à Bruxelles la juge Anne Gruwez au cours d’enquêtes criminelles, d’auditions, de visites de scènes de crime. Ce n’est pas du cinéma, c’est pire.

JUSQU’À LA GARDE – 16,5/20

Jusqu’à la Garde : AfficheDe Xavier Legrand
Avec Denis Ménochet, Léa Drucker, Mathilde Auneveux

Chronique : Une claque. De celles qui vous laissent engourdi quand les lumières se rallument. Avec Jusqu’à la garde, Xavier Legrand procède à la terrifiante autopsie d’un drame conjugal. Tranchante et implacable.
Il y a deux ans, son court métrage Avant que de tout perdre portait déjà les germes de ce cinéma anxiogène, entre drame social et thriller. Il racontait, en 30 minutes irrespirables, la tentative d’une femme pour fuir avec ses enfants l’emprise d’un mari violent. Jusqu’à la garde en est un prolongement. Il débute chez la juge qui doit rendre le verdict pour la garde de leur plus jeune fils. Cette scène expose sans artifice toute l’ambiguïté et la complexité de son sujet. Comment appréhender le degré de vérité chez chacun des protagonistes, mais aussi comment mesurer le poids d’une décision qui peut littéralement être une question de vie ou de mort. Les discours plus ou moins adroits des avocats, les silences, les regards vides ou apeurés, Xavier Legrand nous fait entrer d’emblée dans l’intime torturé de ce couple détruit. Son film va se poursuivre avec la même volonté d’exposer les conséquences de la décision de justice rendue peu après avec un habile mélange de proximité et de hauteur. Pour peu à peu se muer en un thriller terrifiant. La mise en scène du jeune réalisateur est chirurgicale et d’une affolante maîtrise pour un premier long-métrage. Son sens du cadre est d’une assurance remarquable, conférant à certains plans fixes une intensité effroyable. L’absence de musique additionnelle et le travail minutieux sur le son rendent l’usage du hors-champ particulièrement pertinent lorsqu’il s’agit d’accentuer l’angoisse qui étreint ses personnages. Peu de mots, mais des bruits de pas, d’objets, de portes qu’on percute, des respirations…
Les effets minimalistes renforcent le sentiment d’une sourde urgence, d’une menace omniprésente, un sentiment d’insécurité permanent qui atteint son climax lors d’une fête d’anniversaire tétanisante, où les dialogues couverts par la musique sont à peine audibles, mais où les regards terrifiés en disent plus que certains cris.
Appuyé par des interprètes investis et tous épatants (Léa Drucker et Denis Ménochet, très subtils et si loin des caricatures, mais aussi le jeune Thomas Gioria, impressionnant de naturel) Xavier Legrand opère un crescendo effrayant, jusqu’à un final qui vous laissera groggy. Glaçant.

Synopsis : Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive.

CALL ME BY YOUR NAME – 17/20

Résultat de recherche d'images pour "call me by your name"De Luca Guadagnino
Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg

Chronique : La légèreté d’un été en Italie, la force d’un premier amour, la confusion de sentiments irrépressibles, tout dans Call Me By Your Name sonne comme une douce et terrassante évidence.
Luca Guadanino installe son récit dans une campagne italienne qui séduit et enivre immédiatement et présente la famille d’Elio, érudite et polyglotte comme prête à succomber à toute provocation sensualiste. Sa mise en scène chaude et naturaliste, habillée de quelques charmeuses notes de piano, crée d’emblée une ambiance singulière et unique. Les couleurs, les odeurs, la lumière, les sons et les silences, tout est retranscrit avec une justesse confondante. Une sorte de langueur bienveillante qui va être progressivement balayée par la présence d’Oliver. Son arrivée et l’inverse d’une déflagration, elle va lentement, délicatement incarner le conflit entre le corps et l’esprit, la raison et les sens. Le rapprochement entre Elio et Oliver en est la manifestation la plus éloquente, mais elle va impacter l’ensemble des personnages qui les entourent (un bouleversant monologue paternel vous laissera les yeux brumeux). Toujours appuyée par des dialogues littéraires très inspirés et éclairant sur chacun des protagonistes, la réalisation de Guadanino n’en est pour autant jamais poseuse, en rien prétentieuse. Sa caméra comprend tout de ses personnages, saisit les instants, les regards qu’échangent Elio et Oliver, les postures et les contrariétés, faisant dériver son histoire vers des sommets de sensualité. Cela pourrait être provoquant, c’est évident. Le désir, l’éveil des sens, l’exploration de sa bisexualité pour Elio, la honte passagère, la plénitude d’un instant de bonheur même furtif, tout est amené avec une finesse et une subtilité assez rare jusqu’à un générique de fin qui vous serre la gorge quand il ne vous tire pas les larmes. Car le contexte social de l’époque, s’il n’est pas explicitement évoqué, est toujours présent. Le poids du silence, la peur de sortir de la norme, la certitude que cet été ne peut être qu’une parenthèse enchantée, ces éléments ne sont jamais assénés mais induits et constituants de la relation entre les deux garçons.
Si l’on devait trouver une dernière qualité à Call Me By Your Name, comment ignorer l’excellence de son interprétation, des parents d’Elio (formidable Amira Cassar, touchant Michael Stuhlbarg), à la petite amie délaissée (Esther Garrel) en passant par l’ « objet de son affection », Oliver, à qui le charisme d’Armie Hammer apporte un irrésistible pouvoir de séduction un brin désinvolte. Mais c’est bien Timothé Chalamet qui crève l’écran. Quelle révélation, quel acteur. Il se dégage de son Elio quelque chose de rare. Tour à tour lumineux, capricieux, jaloux, impatient, fiévreux, indécis, séduisant. Amoureux, tout simplement. Son interprétation (ce plan final… désarmant) est d’une richesse et d’une justesse fascinante.
Call Me By Your name, sans jamais être ostentatoire, raconte cet apprentissage de la vie, ce rite de passage, ce souvenir à la fois délicieux et douloureux. Avec légèreté tout d’abord, jusqu’à ce qu’il vous entraîne sur des territoires plus complexes et des émotions qui vous arrachent le cœur. Si l’on est saisi à ce point, c’est que ce qui rapproche Elio et Oliver cet été-là a une portée universelle. Celle de l’amour. Juste d’un amour.
Magnifique.

Synopsis : Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

GASPARD VA AU MARIAGE – 7/20

Gaspard va au mariage : AfficheDe Antony Cordier
Avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret

Chronique : Chronique familiale barrée (certainement), drôle (épisodiquement), émouvante (rarement), ratée (un peu oui), Gaspar va au mariage passe en fait à côté de son sujet. A trop vouloir surprendre et ne pas rentrer dans le moule, Antony Cordier rate le portrait de cette famille dysfonctionnelle. Son intrigue faussement mystérieuse qui suit ce fils prodigue s’inventant une fiancée on ne sait pourquoi retombe comme un soufflet. Et les personnages excentriques qui l’entourent, sa sœur qui se prend pour une ourse, son Dom Juan de père (sic), n’aident pas à donner une direction ou une cohérence à cette histoire. Le réalisateur n’arrive jamais à mettre un semblant d’ordre, ni même à instaurer une vague folie (à laquelle on pourrait pourtant s’attendre) qui légitimerait le côté foutraque et légèrement j’menfoutiste de Gaspar va au mariage. Au final, c’est un mou, sans vraiment d’autre intérêt que de se passer dans un zoo. Qui est effectivement un lieu original pour une comédie. Mais une comédie bouffée par un concept pas suffisamment travaillé, paresseux et qui s’estime suffisamment maline et audacieuse pour se satisfaire de l’outrance plutôt que la profondeur. Sur les fratries, Ce qui nous lie étaient hautement plus signifiant. Après, Félix Moati est toujours aussi charmant et Christa Théret fait ce qu’elle peut avec un rôle impossible. C’est peu.

Synopsis : Après s’être tenu prudemment à l’écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l’annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l’ont vu grandir… Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n’a pas conscience qu’il s’apprête à vivre les derniers jours de son enfance.