RETOUR A ZOMBIELAND – 13,5/20

Retour à Zombieland : AfficheDe Ruben Fleischer
Avec Woody Harrelson, Jesse Eisenberg, Emma Stone

Chronique : C’est un comeback réjouissant et jubilatoire auquel nous convient les survivants à l’apocalypse zombie. Certes, les morts-vivants sont un peu passés de mode, mais Retour à Zombieland s’amuse justement de ne pas être forcément dans l’air du temps. Le scenario assez proche du premier opus est un prétexte à de joyeuses retrouvailles, des dialogues politiquement incorrects et du dégommage de zombies en règle. Le film fourmille de petites trouvailles comme le concept du « Zombie : kill of the week » qui revient comme un hilarant running gag. Moins original mais tout aussi efficace, l’utilisation très méta de la voix off (par Jesse Eisenberg) et des incrustations à l’écran renforce le côté comic strip de l’aventure. Et comme les effets visuels sont réussis, en particulier lors des bastonnades, Retour à Zombieland remplit très bien son office.
D’autant plus qu’on sent chez le casting original un réel plaisir de de se retrouver. Woody Harrelson assure un show flamboyant, mais c’est aussi et surtout un film de troupe où chacun trouve sa place et peut compter sur des punchline tranchantes. Mais la plus forte valeur ajoutée de cette suite, c’est le personnage de Maddison (Zoey Deutsh), véritable voleuse de scène et littéralement irrésistible. Elle apporte juste ce qu’il faut de drôlerie et de fraicheur pour justifier à elle seule de refaire un tour à Zombieland.
Sans plus d’ambition que de délivrer une bonne farce gore à la bonne humeur communicative, Retour à Zombieland réussit son Kill of the week.
Définitivement un must de la comédie d’horreur.

Synopsis : Le chaos règne partout dans le pays, depuis la Maison Blanche jusqu’aux petites villes les plus reculées. Nos quatre tueurs doivent désormais affronter de nouvelles races de zombies qui ont évolué en dix ans et une poignée de rescapés humains. Mais ce sont les conflits propres à cette « famille » improvisée qui restent les plus difficiles à gérer…

HORS NORMES – 14/20

Hors Normes : AfficheDe Eric Toledano, Olivier Nakache
Avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Hélène Vincent

Chronique : Hors normes est à l’image du cinéma de Nakache et Toledano. Investi, exigeant, bienveillant et conscient. Il se situe dans la veine de Intouchables dans la mesure où il s’intéresse également au sujet du handicap. Mais par un biais plus dur, plus sensible, puisque les réalisateurs nous plongent dans le monde peu connu de l’autisme sévère chez les adolescents.
Ils portent un regard à la fois clinique et humain sur ces enfants dont personne ne veut ou ne peut s’occuper. Les rares structures qui acceptent de les prendre en charge doivent le faire en dehors des circuits réglementaire, à la limite de la légalité. Mais s’ils ne le font pas, que deviennent ces enfants ? C’est tout l’enjeu de Hors Normes, qui suit les leaders de deux associations venant en aide à ces laisser pour compte, une les accueillant, l’autre les encadrant avec l’aide de jeunes en insertion.
On reconnaît évidemment la touche des réalisateurs, un mélange de pudeur et de gravité allégé par un humour salutaire et un imparable sens des dialogues. Hors Normes est réaliste, parfois violent mais toujours porté par un humanisme féroce et l’espoir vivace que les choses peuvent s’améliorer si on s’écoute. A la fois délicat et factuel, rejetant tout pathos excessif, le film ne vire pas dans le docu-fiction, malgré le caméra à l’épaule de circonstance et le fait qu’il soit inspiré de faits réels. Le style est maintenant bien assuré autour d’un récit solidement structuré. Certaines scènes prennent à la gorge, mais toujours avec un certain recul, sans jugement ni manichéisme. Il ne s’agit pas de blâmer qui que ce soit, mais de faire un constat, au demeurant assez alarmant.
C’est un duo particulièrement bien assorti qui incarne ces chevaliers blancs modernes. Si la justesse de Reda Kateb n’étonne plus personne, Vincent Cassel, monstre de bienveillance et d’empathie, nous épate. Et Dieu sait que je ne suis généralement pas fan de l’acteur.
Mention également pour la formidable Hélène Vincent, déchirante mère sacrificielle et dont le personnage met en avant la terrible réalité de la gestion du handicap mental à l’âge adulte.
Maintenant le délicat équilibre entre divertissement et engagement, Nakache et Toledano confirme leur statut à part dans le cinéma français, artisans d’œuvres à l’impact populaire indéniable.

Synopsis : Bruno et Malik vivent depuis 20 ans dans un monde à part, celui des enfants et adolescents autistes. Au sein de leurs deux associations respectives, ils forment des jeunes issus des quartiers difficiles pour encadrer ces cas qualifiés « d’hyper complexes ». Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes.

TERMINATOR : DARK FATE – 13/20

Terminator: Dark Fate : AfficheDe Tim Miller
Avec Arnold Schwarzenegger, Linda Hamilton, Mackenzie Davis

Chronique : Avait-on besoin d’un nouveau Terminor ? Non, absolument pas. Mais s’amuse-t-on ? Définitivement. Tim Miller, à qui l’on doit le premier Deadpool, est très respectueux du matériel original. Il se refuse à aseptiser la licence (des innocents meurent, le cynisme rode) en se réclamant suite directe des deux premiers volets, sans aucune référence aux trois suivants.
Dark Fate est habilement spectaculaire, son réalisateur multiplie les moments de bravoure et les scènes d’action à la fois prenantes et lisibles. Le nouveau Terminator rev-9 et sa capacité à se scinder en deux entités indépendantes est très cinégénique.
Sa faiblesse réside surtout dans l’attente placé en lui par la caution James Cameron, à nouveau producteur. On pouvait espérer une nouvelle direction, novatrice, maline et plus sophistiquée que ce que nous offre Dark Fate. Malheureusement, Miller se contente de reprendre les schémas narratifs des précédents opus. Cela dit, il le fait très bien, avec ironie lorsqu’il critique la politique migratoire de l’Amérique trumpiste et un certain talent pour actualiser son propos. La saga prend un visage plus féminin, et pas simplement pour faire joli. Le trio est particulièrement efficace et on avoue que le retour de Linda Hamilton en mamy badass est particulièrement réjouissant.
La révolution attendue n’a pas eu lieu (mais n’est-ce pas le propre de Terminator ?), mais on ne boude pas son plaisir devant ce divertissement certes attendu mais bien fagoté.

Synopsis : De nos jours à Mexico. Dani Ramos, 21 ans, travaille sur une chaîne de montage dans une usine automobile. Celle-ci voit sa vie bouleversée quand elle se retrouve soudainement confrontée à 2 inconnus : d’un côté Gabriel, une machine Terminator des plus évoluées, indestructible et protéiforme, un « Rev-9 », venue du futur pour la tuer ; de l’autre Grace, un super-soldat génétiquement augmenté, envoyée pour la protéger. Embarquées dans une haletante course-poursuite à travers la ville, Dani et Grace ne doivent leur salut qu’à l’intervention de la redoutable Sarah Connor, qui, avec l’aide d’une source mystérieuse, traque les Terminators depuis des décennies. Déterminées à rejoindre cet allié inconnu au Texas, elles se mettent en route, mais le Terminator Rev-9 les poursuit sans relâche, de même que la police, les drones et les patrouilles frontalières… L’enjeu est d’autant plus grand que sauver Dani, c’est sauver l’avenir de l’humanité.

CHAMBRE 212 – 14,5/20

Chambre 212 : AfficheDe Christophe Honoré
Avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin

Chronique : Digression fantaisiste sur le couple, l’amour et les choix que la vie nous impose, Chambre 212 renoue avec la fibre chantante et romantique de Christophe Honoré après le plus prosaïque Plaire, Aimer et Courir Vite.
Un marivaudage cérébral et stimulant, profond mais néanmoins pétillant, qui questionne avec légèreté sur le temps qui passe, sur ce qui lie un couple ou le brise. Derrière l’apparente jovialité, on voit poindre le poids des regrets, des angoisses dissimulés, des « et si » désespérés …
Dans cette fable d’une pertinence parfois décourageante sur la notion de désir et de lassitude, le réalisateur a l’excellente idée de faire converser entre eux ses personnages à des âges différents.
D’absurdes quiproquos rivalisent avec le burlesque de la situation dans une mise en scène élégante et inventive. Honoré est inspiré lorsqu’il survole ses décors et fait se répondre ses acteurs entre leur appartement et la chambre d’hôtel (212 donc) en vis-à-vis. Dans un style très littéraire qu’on irait volontiers applaudir sur scène, le réalisateur évite cependant le piège du théâtre filmé en offrant à ses personnages des écarts poétiques d’une douce dinguerie. Une folie légère parfaitement intégrée par Chiara Mastroianni, superbe héroïne désinvolte, séduisante et séductrice, dont le couple reformé à l’écran avec Biolay suscite une tendre émotion et insuffle malgré lui (?) une tonalité particulière.
Et comme les meilleurs films de Honoré sont largement définis par la musique que les parcourt, il est assez peu risqué d’affirmer que Chambre 212 fait partie de ceux-là.

Synopsis : Après 20 ans de mariage, Maria décide de quitter le domicile conjugal. Une nuit, elle part s’installer dans la chambre 212 de l’hôtel d’en face. De là, Maria a une vue plongeante sur son appartement, son mari, son mariage. Elle se demande si elle a pris la bonne décision. Bien des personnages de sa vie ont une idée sur la question, et ils comptent le lui faire savoir.

JOKER – 13/20

Joker : AfficheDe Todd Phillips
Avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz

Chronique : Bardé de référence Scorsesiennes, le Joker de Todd Phillips imagine des origines sombres et sordides au némésis mythique de Batman. Clairement et ouvertement influencé par le réalisateur de Taxi Driver et plus encore par La Valse des Pantins, Todd Phillips déploie une imagerie forte et marquante pour faire ressembler son Gotham au New York inflammable de la fin des années 70. Ce gros travail de mise en scène est doublé d’un score vrombissant et baroque qui amplifie la sensation d’une ville aux portes du chaos, prête à exploser.
C’est dans ce contexte que Phillips livre le portrait de Arthur Fleck, un homme psychologiquement instable, brimé et humilié par son quotidien quand il n’est pas la victime expiatoire de passants en mal de violence. Les fou-rires incontrôlables déclenchés par sa pathologie décuplent une asociabilité qui va progressivement le conduire sur le chemin du mal absolu.
Or c’est sa psyché dérangée qui est notre fenêtre sur Gotham. Une vision forcément partielle et déconnectée du réel, comme on finit par le comprendre lorsqu’on saisit la vraie nature de sa relation avec sa voisine.
Joker ne passe que par Arthur et sa caractérisation, le film n’est vu que par son prisme, ce qui peut limiter sa portée. Mais la genèse du psychopathe, et pas n’importe lequel, est une réussite, surtout parce qu’elle repose sur l’interprétation gigantesque (mais un peu aguicheuse, on y reviendra) de Joachim Phoenix, à la hauteur de la démence du personnage. Il faut voir comme il déplie son corps squelettique et recroquevillé au fur et à mesure qu’il devient le Joker, comme ses gestes s’allongent, son front se rehausse, comme ses pas de danses macabres gagnent en assurance alors qu’il se détache de tout ressenti. Il est phénoménal.
Autre élément central de Joker, son ultra violence. Ce n’est en soi pas gênant lorsqu’il sert entièrement son propos (Orange Mécanique étant le mètre étalon, Fight Club un bel héritier), mais Todd Phillips frôle souvent la complaisance. Sa mise en scène est certes très léchée et multiplie les plans sophistiqués immédiatement iconiques (Joker en miroirs, Joker à moitié maquillé, Joker dansant sur des marches au crépuscule), mais elle donne souvent l’impression que le réalisateur se regarde filmer. Or Joker n’est pas le grand film politique qu’il promettait d’être. La résonance avec le monde actuel n’est pas si pertinente, car il donne peu de contexte au chaos qu’annonce le mouvement « Kill The Rich ». C’est une donnée établie, sans background ni réelle incarnation. On croit difficilement qu’il ait été initié par le seul meurtre des traders. L’idée selon laquelle une société gangrenée par la corruption et le capitalisme sauvage construit ses propres monstres est plus que valable, mais elle s’applique difficilement à Joker, car le film est tellement centré sur son personnage principal que rien d’autre ne peut vraiment exister. Les personnages secondaires sont déjà quasi-inexistants, alors présenter les rouages socio-politiques de la ville tient de la gageure.
Joker ne peut parler que d’Arthur. L’accumulation des attaques, brimades et humiliations dont il est victimes (et lourdement appuyées par le scénario – tabassé par des gamins puis par les traders après avoir été trahi par son collègue, tout ça en quelques jours, ça fait beaucoup), associées à son instabilité mentale l’entrainent sur les pentes de la folie meurtrière. Joliment, mais pas subtilement. Un scenario certainement bien emballé, mais assez creux à y regarder de plus prés. On est à des années-lumière de la complexité du Dark Knight de Nolan, autrement plus politique et bien plus multi-dimensionnel.
La radicalité de la violence, très graphique, la flamboyance de son personnage, la sophistication de la mise en scène masquent une origine story assez classique et posent question sur la posture morale du film. On sort effectivement groggy par l’efficacité formelle de Joker (la brutalité esthétisante provoque des chocs nombreux), mais pris d’un certain malaise quant au traitement ambigu du cas Arthur Fleck et de l’explication de son ultra violence, entre maladie mentale et frustration sociale.

Malgré ses limites, Joker reste une proposition de cinéma ambitieuse et plutôt rassurante dans le paysage Hollywoodien actuel. Que la culture pop et plus particulièrement les adaptations de comics puisse être revisitée avec l’œil d’un auteur, sans effets numériques, en laissant toute leur place aux personnages et que cela remplisse les salles de cinéma, ça a quelque chose de rafraîchissant. Il était à craindre que le Batman de Nolan soit le dernier de son espèce, il est amusant de constater que c’est via son pire ennemi que le genre renaît. Et le Batman de Matt Reeves, toujours chez Warner, semble emprunter le même chemin. On ne peut être que curieux.

Synopsis : Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.

ALICE ET LE MAIRE – 13,5/20

Alice et le maire : AfficheDe Nicolas Pariser
Avec Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier

Chronique : Chronique enlevée sur la vie politique provinciale, Alice et le Maire porte un regard désabusé, parfois amusé, toujours intelligent sur un monde à bout de souffle, à l’image du personnage interprété par Lucchini, maire de Lyon à court d’idées se sentant de plus en plus engoncé dans sa fonction.
Mais le film de Nicolas Pariser va bien au-delà de la satire sur la conquête et l’exercice de pouvoir. S’il ne nie pas les petites mesquineries, les jalousies du microcosme politique, ce n’est pas ce qui construit Alice et le Maire. Il s’articule surtout autour des échanges entre Théraneau et Alice, les réflexions politico-philosophique sur la cité, sur la démocratie, l’humanisme. Sur ce que c’est d’être de gauche en 2019, sur l’engagement. A-t-il encore un sens ? Des discussions à bâtons rompus entre un homme destiné à exercer les plus hautes fonctions de l’état et une novice en politique. Des débats captivants sur ce que la politique peut encore apporter à la société. Captivants car incarnés et concrets. Le contexte reste très terre à terre, nous ne somme pas dans l’énième déclinaison d’un destin à la Rastignac mais sur une brillante mise en scène des idées qui fait confiance en son spectateur pour l’y suivre. Lucchini est évidemment dans ses petits souliers dans ce rôle d’homme politique éloquent et fatigué, bien épaulé par la parfaitement juste Anaïs Demoustier.
Alice et le maire stimule le cerveau, et c’est très satisfaisant.
(et ça se passe dans la plus belle ville de France, alors..)

Synopsis : Le maire de Lyon, Paul Théraneau, va mal. Il n’a plus une seule idée. Après trente ans de vie politique, il se sent complètement vide. Pour remédier à ce problème, on décide de lui adjoindre une jeune et brillante philosophe, Alice Heimann. Un dialogue se noue, qui rapproche Alice et le maire et ébranle leurs certitudes.

TU MÉRITES UN AMOUR – 13,5/20

Tu mérites un amour : AfficheDe Hafsia Herzi
Avec Hafsia Herzi, Djanis Bouzyani, Jérémie Laheurte

Chronique : Révélée par Kechiche dans la Graine et le Mulet, Hefsia Herzi reprend les préceptes de son ancien metteur en scène. Elle livre un cinéma vérité touchant et sincère, avec ses scories (caméra à l’épaule épuisantes, dialogues parfois approximatif), mais fort d’une une vraie vision. Elle a quelque chose à raconter, et elle le fait pleinement. La jeune réalisatrice se met en scène dans cette histoire de cœur brisé par un amour toxique, et la recherche, vaine ou non, désirée ou pas vraiment, de la rémission et de l’oubli. On la suit au grès des rencontres et des expériences nouvelles. C’est authentique et d’une grande justesse, Herzi évitant même la complaisance dans laquelle s’égare souvent son mentor. Surtout elle maitrise de façon épatante le rythme de son long métrage, se montrant peu explicite sur les repères temporels mais toujours très compréhensible, donnant des indices du temps qui s’écoule dans ses dialogues et sa narration. A cela s’ajoute une très convaincante direction d’acteurs révélant l’excellent Djanis Bouzyani. Jolie première.

Synopsis : Suite à l’infidélité de Rémi, Lila qui l’aimait plus que tout vit difficilement la rupture. Un jour, il lui annonce qu’il part seul en Bolivie pour se retrouver face à lui-même et essayer de comprendre ses erreurs. Là-bas, il lui laisse entendre que leur histoire n’est pas finie… Entre discussions, réconforts et encouragement à la folie amoureuse, Lila s’égare…