TOY STORY 4 – 14/20

Toy Story 4 : AfficheDe Josh Cooley

Chronique : Ils ont refait le coup.
Pixar avait pourtant offert avec Toy Story 3 la parfaite conclusion à la saga. Intime, méta et bouleversante, elle vous laissait les yeux humides tout en plaquant un grand sourire sur les visages.
L’intérêt d’un quatrième opus semblait donc limité, pour ne pas dire nul, et pourtant…
Toy Story 4 a, comme ses prédécesseurs, un cœur énorme et peut revendiquer une certaine universalité grâce à l’expression de sentiments simples.
Si les premiers opus regardaient avec pas mal de mélancolie le temps passer, il est plus question dans cette nouvelle fable d’émancipation et de passage de témoin. Avec toujours en fond une parabole existentielle sur notre place dans le monde.
Sans surprise, l’animation est fluide et techniquement parfaite, la mise en scène fourmille d’idées géniales, tour à tour étourdissante dans la fête foraine et inquiétante dans un magasin d’antiquités, décor plutôt culotté flirtant vers l’horreur !
Mais c’est avec sa galerie de personnages si bien construite que Toy Story parvient encore une fois à nous séduire, nous amuser et nous émouvoir. En faisant d’un jouet de fortune créé par Bonnie (maintenant propriétaire de Woody et ses amis) l’enjeu central du récit, les scénaristes sortent une nouvelle fois des sentiers battus et de ce qu’on pourrait attendre d’eux et invente un personnage à la fois touchant de part son importance aux yeux de la petite fille et hilarant de part sa condition.
Il n’est pas le seul nouveau venu. D’autres jouets particulièrement bien écrits rejoignent l’aventure : une mini-figurine pearl superactive, des moutons siamois, deux peluches viriles, une poupée vintage caïd des rayons, des marionnettes creepy à souhait, un cascadeur canadien désarticulé… un régal.
Le film va à cent à l’heure et ne souffre d’aucune fausse note. Certes l’émotion gagne moins que dans le 3 (la relation entre Andy et ses jouets ayant été le fil conducteur de la saga pendant 15 ans), mais Toy Story 4 réussit quand même à faire une fin. Et une belle fin. Si Pixar s’en tient à sa nouvelle politique et ne commet plus de suite (on peut être dubitatif), alors Toy Story aura tiré sa révérence en beauté.

Synopsis : Woody a toujours privilégié la joie et le bien-être de ses jeunes propriétaires – Andy puis Bonnie – et de ses compagnons, n’hésitant pas à prendre tous les risques pour eux, aussi inconsidérés soient-ils. L’arrivée de Forky un nouveau jouet qui ne veut pas en être un dans la chambre de Bonnie met toute la petite bande en émoi. C’est le début d’une grande aventure et d’un extraordinaire voyage pour Woody et ses amis. Le cowboy va découvrir à quel point le monde peut être vaste pour un jouet…

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LE DAIM – 12/20

Le Daim : AfficheDe Quentin Dupieux
Avec Jean Dujardin, Adèle Haenel, Albert Delpy

Chronique : Le Daim est complètement barré. C’est un film de Quentin Dupieux, c’est pour ça.
Décalée à souhait, absolument déroutante, cette comédie absurde pâtit cependant de son faux rythme et de l’austérité de sa mise en scène. Son univers visuel est particulièrement peu engageant. Malgré sa durée assez resserrée, Le Daim est moins tenu, moins inventif et moins drôle que Au poste, le dernier film de son réalisateur.
Ceci dit, il est assez fascinant de voir évoluer Jean Dujardin dans ce rôle de serial killer obsédée par son blouson en daim, le voir converser avec son pardessus et lui jurer qu’il en fera l’ultime blouson porté sur terre. Quitte à décimer tout ceux qui ne seraient pas torse poil. De ce postulat impossible et sanglant, Dupieux parvient à faire émerger une rencontre. Ce n’est pas rien.

Synopsis : Georges, 44 ans, et son blouson, 100% daim, ont un projet.

SÉDUIS-MOI SI TU PEUX – 12/20

Séduis-moi si tu peux ! : AfficheDe Jonathan Levine
Avec Charlize Theron, Seth Rogen, O’Shea Jackson Jr

Chronique : Séduis-moi si tu peux (titre français commercialement suicidaire, soit dit en passant) est une amusante comédie romantico-politique à l’humour assez potache et régulièrement en dessous de la ceinture, mais qui se révèle suffisamment pertinente sur les sujets qu’elle aborde pour dépasser sa légèreté assumée.
Piques bien senties aux gouvernants actuels, stature féministe revendiquée, petits airs de bluettes sentimentales, Séduis-moi navigue entre les genres, trop longuement certes (plus de 2h pour une comédie, come on !), mais avec du cœur et un couple star aussi improbable que charmant. Seth Rogen est aussi drôle que ce qu’on peut attendre de lui et Charlize Theron est aussi plastiquement splendide que parfaite d’auto-dérision
Le rythme repose beaucoup sur leur évidente alchimie, mais la comédie peut aussi compter sur des seconds rôles piquants, majoritairement tenus par des figures de séries TV (Saul Goodman de Breaking Bad, Briana de Grace and Franckie, Phoebe…)
Une comédie relativement inoffensive, mais enlevée, sensée et pleine de bons sentiments. Un très honnête feel good movie.

Synopsis : Fred, un journaliste au chômage, a été embauché pour écrire les discours de campagne de Charlotte Field, en course pour devenir la prochaine présidente des Etats-Unis et qui n’est autre… que son ancienne baby-sitter ! Avec son allure débraillée, son humour et son franc-parler, Fred fait tâche dans l’entourage ultra codifié de Charlotte. Tout les sépare et pourtant leur complicité est évidente. Mais une femme promise à un si grand avenir peut-elle se laisser séduire par un homme maladroit et touchant ?

PARASITE – 16/20

Parasite : AfficheDe Bong Joon Ho
Avec Song Kang-Ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong

Chronique : Il l’avait déjà brillamment montré avec The Host, et à un degré (bien) moindre avec Okja, mais Bong Joon Ho confirme qu’il est un virtuose du mélange des genres. Il parvient à balader ses spectateurs avec une déconcertante facilité entre rires, larmes et effroi. Parasite est autant une comédie qu’un drame familial, un thriller aux allures de Home Invasion autant qu’une pertinente satire sociale.
A travers cette fable moderne que n’aurait pas renié Claude Chabrol, le réalisateur coréen expose en effet avec férocité l’affrontement de classe qui sévit dans son pays.
D’abord sur un ton badin et ludique, puis de manière plus pernicieuse, il décrit comment une famille des quartiers populaire va parvenir à s’immiscer dans le quotidien d’une famille bourgeoise. Les rapports d’abord courtois vont progressivement se tendre et créer une atmosphère de plus en plus anxiogène qui culminera dans un final angoissant et violent.
La mise en scène de Bong Joon Ho est au cordeau, faisant se percuter l’élégance de plans larges traduisant l’opulence de la demeure des Park et le burlesque que provoque l’urgence de la condition de la famille de Ki-Taek. A la fois drôle et saisissante, elle est faite de fulgurances et offre des scènes mémorables (une nuit d’orage, une inondation, un goûter d’anniversaire…), trop nombreuses pour toutes les citer. Le réalisateur coréen orchestre ce jeu de dupe comme un ballet qui commencerait par quelques pas de danse feutrés et s’achèverait dans une chorégraphie opératique et macabre.
C’est si bien construit qu’on passe sur les heureuses coïncidences et les facilités scénaristiques (l’«intrusion» est étrangement simple) pour profiter pleinement de son rythme parfait.
La diversité de ton de Parasite est sa richesse, son style protéiforme qui pourrait être déroutant est au contraire le gage de sa fluidité narrative et l’expression d’une indéniable intelligence. Un tour de force. La Palme 2019. Evidemment.

Synopsis : Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne…

ROCKETMAN – 14,5/20

Rocketman : AfficheDe Dexter Fletcher
Avec Taron Egerton, Jamie Bell, Richard Madden

Chronique : Rocketman est tout ce que Bohemian Rhapsody n’était pas. Une réjouissante fantaisie musicale, chargée de cœur, remplie d’énergie et surtout forte d’un parti pris artistique. Fletcher parvient à s’extirper du réel pour en extraire une vision fantasmée d’Elton John, tout en rendant hommage à l’artiste et à son œuvre. Il n’a pas la prétention de vouloir tout raconter en deux heures, Rocketman est un accéléré fictionnel, une exaltante comédie musicale « à la broadway » dans laquelle ses interprètes chantent et dansent. Les réorchestrations sont pleinement au service d’une mise en scène aux chorégraphies créatives et emballantes, riche en clins d’œil aux tenues et albums les plus iconiques de la star.
Un peu à la manière d’un conte, Fletcher s’appuie sur les évènements et les aspects les plus marquants de la vie d’Elton pour mieux les amplifier, les torde, les glamouriser, et servir un récit over the top à l’image du chanteur. Le sentiment d’abandon vis-à-vis de son père, les brimades répétées d’une mère peu aimante, l’angoisse de la solitude qui le conduit à tous les excès, la peur de ne pas être aimé pour ce qu’il est et surtout son indéfectible lien avec son parolier et ami Bernie Taupin, autant d’éléments sur lesquels le réalisateur se base pour raconter son Elton John. Et son répertoire, évidemment, incroyablement populaire et stimulant.
Rocketman assume son côté feel good, il est gentiment émouvant, jamais plombant et quasiment toujours entraînant. Il doit aussi beaucoup au charisme insolent de Taron Egerton, totalement investi, parfaite incarnation fictionnelle d’Elton, aussi convaincant dans sa manière d’endosser ses tenues extravagantes que d’interpréter ses chansons.
C’est finalement ce qu’on attend d’un biopic sur une pop star de cette ampleur, qu’il traduise à l’écran son extravagance, qu’il touche à l’essence de son œuvre, sans chercher à la copier. En cela, Rocketman tape dans le mille.

Synopsis : Rocketman nous raconte la vie hors du commun d’Elton John, depuis ses premiers succès jusqu’à sa consécration internationale.
Le film retrace la métamorphose de Reginald Dwight, un jeune pianiste prodige timide, en une superstar mondiale. Il est aujourd’hui connu sous le nom d’Elton John.
Son histoire inspirante – sur fond des plus belles chansons de la star – nous fait vivre l’incroyable succès d’un enfant d’une petite ville de province devenu icône de la pop culture mondiale.

DOULEUR ET GLOIRE – 15/20

Douleur et gloire : AfficheDe Pedro Almodóvar
Avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia

Chronique : Tout en raffinement et en sobriété, Pedro Almodovar livre son film le plus personnel, le plus doux, avec la délicatesse que son cinéma autrefois excentrique tend à épouser depuis une décennie (à l’exception notable du très mauvais Les Amants Passagers).
Douleur et Gloire frise l’excellence, que ce soit dans sa manière de construire son récit dans l’auto-fiction, genre éminemment casse-gueule, que dans sa direction artistique, chaleureuse et picturale.
Almodovar trimballe son spectateur dans son passé, ses souvenirs, réels ou fantasmés, et ses rêveries créatrices. Sans que les frontières entre eux ne soient jamais vraiment étanches…
Il gratifie son spectateur de plans larges toujours aussi sublimes, de réminiscences lumineuses et de décors chatoyants alors que Salvador se réconcilie progressivement avec son passé.
Douleur et Gloire est un grand film apaisé sur le désir. Le désir de créer qui s’est tari et qu’on tente de ranimer ou de compenser par une addiction nouvelle, le désir à la fois douloureux et réconfortant des passions d’antan…
Les obsessions Almodovariennes sont bien présentes, la fièvre créatrice, l’angoisse du temps qui passe et du corps qui lâche, la figure maternelle tour à tour inspirante et castratrice. Mais la mélancolie à remplacer l’hystérie. Le réalisateur enchaine les moments simples mais bouleversants. Une réconciliation après vingt ans d’une brouille que les égos d’alors n’avait pu surmonter, les retrouvailles nostalgiques et dépassionnées avec un amant qui n’a jamais été oublié, un dessin retrouvé au hasard qui fait renaître la confusion du premier désir charnel … Salvador croise ses fantômes du passé pour mieux trouver la paix.
S’il n’a jamais caché que Salvador était son double fictionnel, Almodovar brouille habilement les pistes et les esprits pour ne jamais totalement se dévoiler. Ce qui fait de Douleur et Gloire certes son film le plus personnel, mais aussi l’un des plus pudique. Son usage de la mise en abîme s’avère de plus en plus maîtrisée, discrète mais omniprésente, entraînant son spectateur dans un grand huit émotionnel.
Almodovar fini par lâcher dans son dernier plan un message d’espoir poignant et s’autorise une déclaration d’amour passionnée au cinéma, à son cinéma.
On la partage entièrement.

Synopsis : Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie de Salvador, un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner.

SYBIL – 12,5/20

Sibyl : AfficheDe Justine Triet
Avec Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel

Chronique : Portrait complexe d’une femme compliquée (et dont la rareté lui confère par conséquent une grande valeur), Sybil marque les retrouvailles précoces entre Justine Triet et Virginie Efira après l’enlevé Victoria.
La réalisatrice intrigue avec une mise en scène troublante, mettant en place une espèce de puzzle aussi bien temporelle que sonore, jouant de flash-backs et de plans muets. Elle met ainsi en exergue les multiples dimensions du personnage de Sybil, sa force et ses failles, donnant l’impression qu’elle est toujours sur un fil, que la maitrise apparente de son quotidien, de la gestion de ses patients, de sa famille, peut se briser à tout moment. On guette le moment où elle finira par perdre pied.
L’arrivée de Margot dans sa vie va être ce déclencheur.
Malheureusement à partir du départ de Sybil sur le tournage, le scénario n’est plus vraiment à la hauteur de ses personnages. Comme s’il devait absolument refléter la confusion qui fait rage dans la tête de son héroïne, quitte à perdre son spectateur. Sybil vire alors au thriller erotico-psychologique assez grossier, faussement provocateur et peu nuancé. Son style narratif un peu surécrit convenait bien mieux à la distance très à propos de sa première partie, plus littéraire.
Reste l’impressionnante performance de Virgine Efira, qui semble tirer le meilleur de ses précédents rôles pour composer magistralement sa Sybil, mélange de douceur, de violence enfouie et de lâcher prise.
A défaut d’un prix d’interprétation cannois, espérons que les prochains César récompense enfin son talent protéiforme.

Synopsis : Sibyl est une romancière reconvertie en psychanalyste. Rattrapée par le désir d’écrire, elle décide de quitter la plupart de ses patients. Alors qu’elle cherche l’inspiration, Margot, une jeune actrice en détresse, la supplie de la recevoir. En plein tournage, elle est enceinte de l’acteur principal… qui est en couple avec la réalisatrice du film. Tandis qu’elle lui expose son dilemme passionnel, Sibyl, fascinée, l’enregistre secrètement. La parole de sa patiente nourrit son roman et la replonge dans le tourbillon de son passé. Quand Margot implore Sibyl de la rejoindre à Stromboli pour la fin du tournage, tout s’accélère à une allure vertigineuse…